Les Chrétiens du moyen-Ortient : Interessant INFORMATIEF

 

 

dikke lijn

LUMIÈRE DU THABOR

  Bulletin des Pages Orthodoxes La Transfiguration                                                                                            Numéro 34 ● avril 2008

LES CHRÉTIENS
DU MOYEN-ORIENT
2 / Portrait des Églises
du Moyen-Orient
4 / Les chrétiens
du Moyen-Orient (tableau)
5 / Les martyrs oubliés
par Michel Gurfinkiel8 / La diaspora9 / Les chrétiens
du Moyen-Orient aujourd’hui
Articles et Comptes-rendus19 / Prière de Shénouté19 / Pour aller plus loin20 / Matta el-Maskîne :
Un père du désert
de notre temps
20 / Un seul Christ et
une seule Église universelle
24 / La prière,
accès auprès du Père
25 / L’action spirituelle26 / Le repentir chrétien
par le père Wadid31 / Pape Shénouda III :Dieu et rien d’autre37 / Mgr Georges Khodre :Appel aux chrétiensMéditations de l’aube

LES CHRÉTIENSDU MOYEN-ORIENT

_______________________________________________________________

Enlèvements et assassinats d’évêques, de prêtres et de fidèles, menaces de toutes sortes contre les chrétiens, fuite de leurs foyers et de leurs terroirs traditionnels, dépeuplement de quartiers et de villages, appels des chefs religieux de rester sur place pour témoigner du Christ : que se passe-t-il chez les chrétiens du Moyen-Orient ? Pris en otages entre les islamistes, l’état d’Israël et les puissances occidentales, victimes de toutes les guerres, du terrorisme, des représailles dirigées contre les uns ou les autres, les chrétiens du Moyen-Orient encaissent la haine et l’agressivité de tous cotés. Est-il surprenant qu’ils aient peur, qu’ils soient en voie de disparition des lieux mêmes où le christianisme est né et a connu son premier rayonnement ? La situation désespérante des chrétiens des pays situés entre l’Égypte et la Turquie, trop longtemps les oubliés de tous les conflits du Moyen-Orient, fait de plus en plus le sujet d’articles, voire même de manchettes de journaux.Exceptionnellement, ce numéro du Bulletin Lumière du Thabor traite d’un sujet d’actualité, cela à cause justement de l’urgence de la situation. L’évolution historique du christianisme dans cette région s’échelonne sur deux millénaires et est d’une grande richesse – et d’une grande complexité. Nous présentons en ce Bulletin un bref aperçu des différentes Églises présentes au Moyen-Orient, à l’aide de descriptifs des Églises et d’un tableau des populations chrétiennes de la région. Une sélection d’articles fournit un instantanée de la situation actuelle dans les différents pays, notamment an Irak, où la situation des chrétiens est incontestablement dramatique et tragique.Plus proche de la vocation habituelle du Bulletin, nous présentons aussi des textes de trois grands spirituels et chefs religieux du Moyen-Orient, le Pape et patriarche de l’Église orthodoxe copte Shenouda III, le père Matta El-Maskîne et Mgr Georges Khodre, les deux premiers étroitement associés au renouveau de l’Église copte, le troisième à celui de l’Église orthodoxe d’Antioche.________________________________________________________Nos remerciements à
Robert Karout, Monique Vallée
et Valère De Pryck


 

PORTRAIT DES ÉGLISES DU MOYEN-ORIENT

ÉGLISES ORTHODOXES ORIENTALES


 

Les Églises orthodoxes orientales comprennent les Églises du Moyen-Orient qui n’ont pas accepté les déclarations christologiques du IVe Concile œcuménique de Chalcédoine en 451 (figurent aussi parmi ces Églises l’Église orthodoxe tewahédo d’Éthiopie et l’Église orthodoxe syrienne d’Inde). Le concile de Chalcédoine condamna le monophysisme, doctrine qui affirmait que la nature humaine du Christ est « absorbée » par la nature divine du Verbe incarné, ne laissant qu’une nature, la divine. On a longtemps pensé que les Églises orthodoxes orientales étaient « monophysites » du fait qu’elles avaient refusé d’accepter les conclusions de Chalcédoine, mais les dialogues théologiques entre ces Églises et les Églises orthodoxes « byzantines » d’une part, et l’Église catholique d’autre part, ont révélé qu’il n’a pas de différence de foi entre les familles d’Églises, même si le langage utilisé pour exprimer le mystère du Christ ne soit pas toujours identique. Si la pleine communion n’a pas encore rétablie entre ces Églises, il existe néanmoins au Moyen-Orient une étroite collaboration pastorale entre elles. (Pour plus d’information sur les Églises orthodoxes orientales, voir le Bulletin Lumière du Thabor No 14, décembre 2003.) Église orthodoxe copte : Le pape et patriarche d’Alexandrie et d’Afrique, Shendouda III, a son siège à Alexandrie, bien qu’il réside au Caire. Les Coptes sont les descendants des peuples de l’Égypte pharaonique. L’Église copte suit le rite alexandrin en arabe et en copt
e. Les estimations du nombre de Coptes en Égypte varient d’environ 3 millions jusqu’à 8 millions. L’Église copte a plusieurs missions en Afrique ; la diaspora copte est très nombreuse, environ 400 000, en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.
Église apostolique arménienne : Tous les Arméniens reconnaissent le Catholicos d’Étchmiadzine (Arménie) comme chef spirituel de l’Église d’Arménie. Cependant, le Catholicosat de Cilicie, dont le siège se trouve au Liban, est indépendant, alors que deux patriarches arméniens, siégeant à Jérusalem et à Constantinople, dépendent d’Étchmiadzine. Le Catholicosat de Cilicie est responsable de l’Église arménienne au Liban, en Syrie, Chypre, l’Iran et la Grèce ; le Patriarcat de Jérusalem : Israël, Palestine et Jordan ; le Patriarcat de Constantinople : la Turquie ; alors qu’Étchmiadzine a juridiction en Égypte et Iraq et ailleurs dans le monde. Les Arméniens sont environ 350,000 au Moyen-Orient et 125 000 en Turquie, les descendants des survivants du génocide des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. Église orthodoxe syrienne : Le patriarche a son siège à Damas ; les fidèles vivent principalement en Syrie (90 000) et il y a aussi des populations importantes en Irak (37 000 avant l’exode depuis l’invasion américaine), au Liban (15 000) et en Turquie (entre 10 et 20 000), principalement dans la région frontière avec la Syrie. La diaspora est aussi nombreuse que les fidèles au Moyen-Orient. L’Église syrienne suit le rite d’Anti­oche et utilise le syriaque ainsi que l’arabe.


 

ÉGLISES ORTHODOXES (BYZANTINES)


 

Les Églises orthodoxes de rite byzantin présentes au Moyen-Orient font partie des Églises en communion avec le Patriarche œcuménique de Constantinople. Ces Églises ont reçu les décisions des sept Conciles œcuméniques (325 à 787) et sont unies par la communion dans la foi et les sacrements. Les Églises orthodoxes du Moyen-Orient sont les quatre anciens patriarcats de Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Ces Églises suivent le rite byzantin.Église orthodoxe de Constantinople : Le patriarcat œcuménique de Constantinople a juridiction sur la Turquie, des parties de la Grèce et les nombreuses Églises grecques des pays d’immigration, ainsi que certains autres diocèses non grecs. Après l’expulsion et le massacre d’une bonne partie de la population grecque de la Turquie après la Première Guerre mondiale et une émigration soutenue après la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de fidèles demeurant en Turquie n’atteint pas 10 000.Église orthodoxe d’Alexandrie : Le patriarcat d’Alexandrie a juridiction sur l’Égypte et toute l’Af­rique. Le nombre d’orthodoxes en Égypte est très limité, environ 5 000. Le grec est la principale langue liturgique, avec l’anglais et des langues locales en Afrique. Église orthodoxe d’Antioche : Le patriarcat d’Anti­oche (siège à Damas) a juridiction sur le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Le patriarcat d’Antioche, grec à l’ori­gine, est devenu surtout arabe, notamment au XXe siècle. Le patriarcat d’Antioche est très présent en Amérique du Nord et en Europe. Église orthodoxe de Jérusalem : Descendante de la première Église chrétienne, l’Église orthodoxe de Jérusalem a juridiction en Israël, la Palestine et la Jordanie et est responsable des lieux saints de l’Église orthodoxe en Terre Sainte. La hiérarchie est grecque et la grande majorité de fidèles, arabe.


 

ÉGLISE ASSYRIENNE


 

Église assyrienne d’Orient : L’Église assyrienne d’Orient est l’ancienne Église de Perse, qui n’a pas reçu la christologie du concile de Chalcédoine, mais as retenu le dogme christologique proposé par Nestorius. Toujours minoritaire en Perse, cette Église a connu un grand rayonnement en Asie, s’étendant jusqu’en Inde et en Chine, mais elle a été affaiblie par l’arrivée de l’islam et pratiquement anéantie par les Mongols de Tamerlan au XIVe siècle. Suite à une dure répression en Irak en 1933, la plupart des fidèles et des chefs religieux ont immigrés aux États-Unis. En 1994 le patriarche résident aux États-Unis a signé une déclaration de foi christologique commune avec le Pape de Rome. Il subsiste environ 122,000 fidèles aux Moyen-Orient, principalement en Irak, et environ le même nombre ailleurs.


 

ÉGLISE CATHOLIQUE


 

Après la s&ea
cute;paration des Églises orientales et occidentales dès le XIe siècle, aucune Église du Moyen-Orient n’était en communion avec l’Église catholique romaine. L’Église catholique s’est établie au Moyen-Orient en premier lieu pendant les Croisades, avec l’établissement des royaumes latins au Moyen-Orient. Par la suite, le nombre d’Églises en communion avec l’Église catholique a augmenté au fils des siècles, suite à divers événements historiques, dont l’accueil de fidèles et de membres du clergé en rupture avec les Églises orientales orthodoxes. C’est ainsi que furent fondées les Églises catholiques syrienne, arménienne et copte.
Église catholique maronite : Cette Église puise ses origines dans des communautés monastiques formées autour de saint Maron au IVe siècle. Au VIIIe siècle les moines et les laïcs maronites se sont retirés dans les montagnes du Liban, devenant autonomes à toutes fins pratiques. En 1182, l’Église maronite a confirmé sa communion avec l’Église catholique, suite aux liens établis avec les Latins des Croisés. Les maronites sont la plus importante communauté chrétienne du Liban (environ 500 000 membres), avec une très nombreuse diaspora, peut-être un à deux millions, partout dans le monde.Église catholique melkite : Formée au XVIIe siècle suite à une scission dans le Patriarcat orthodoxe d’Antioche, l’Église melkite se trouve au Liban, en Syrie en Israël et en Jordanie (environ 450 000 au Moyen-Orient), avec une diaspora un peu plus nombreuse. L’Église melkite utilise le rite byzantin en arabe, parfois en grec.Église chaldéenne : L’Église chaldéenne, qui comptait vers 2000 environ 420 000 membres au Moyen-Orient, la grande majorité en Irak, a été formée en 1552 suite à une scission dans l’Église assyrienne. Une grande proportion des chaldéens, pris en otage, comme tous les chrétiens d’Irak, entre les islamistes et les envahisseurs, ont fui le pays après l’invasion américaine en 2003. Église catholique romaine : Le rite latin de l’Église de Rome a été établi au Moyen-Orient pendant les Croisades, mais ce n’est qu’au XIXe siècle que les communautés prendront un certain essor. Le Patriarche latin de Jérusalem fut restauré en 1847 et a juridiction sur les catholiques romains d’Israël, la Palestine, la Jordanie et Chypre ; le nombre de fidèles s’élèvent à environ 86 000.Église catholique syrienne : Fondée en 1662 suite à la séparation de fidèles et de clergé de l’Église orthodoxe syrienne, cette Église compte environ 100 000 fidèles au Moyen-Orient, principalement en Irak et en Syrie. Église catholique arménienne : L’Église catholique arménienne a été établie au XVIIe siècle suite à la séparation de fidèles et de clergé du Patriarcat arménien de Cilicie. Il y a environ 51 000 fidèles au Moyen-Orient et 100 000 ailleurs dans le monde.Église catholique copte : Fondée au XVIIIe siècle suite à la séparation de fidèles et de clergé de l’Église orthodoxe copte, l’Église catholique copte compte environ 150 000 membres en Égypte.


 

ÉGLISES ET DÉNOMINATIONS PROTESTANTES


 

Les Églises, dénominations et communautés protestantes sont présentes au Moyen-Orient depuis le XIXe siècle, suite aux activités de missionnaires européens et américains. Environ une douzaine de dénominations font partie du Conseil des Églises du Moyen-Orient, qui regroupe l’Église luthérienne, l’Église presbytérienne, et des églises évangéliques. Il y a aussi au Moyen-Orient des mouvements évangéliques récents. Les communautés protestantes sont les plus nombreuses au Liban et en Égypte.


 


LES CHRÉTIENS DU MOYEN-ORIENT (en milliers c.1995)

ÉGLISES Égypte Liban Syrie Irak Jordanie Israël Palestine TOTAL4 Turquie
Églises orthodoxes orientales
Copte 3 098,9 1,9 0 1,8 1,2 0,8 2,8 3 107,5 0
Arménienne 7,6 196,4 111,8 25,0 3,5 1,3 2,9 348,4 67,0
Syrienne 0,2 14,7 89,4 37,2 2,2 0,1 2,5 146,3 10-20,0
Églises orthodoxes (byzantines)
Orthodoxes1 4,4 294,8 503,0 0,8 81,4 33,0 41,6 959,1 5-7,0
Église assyrienne
Assyrienne 0 4,9 16,8 87,7 0 0 0,9 110,3 1,5
Églises catholiques
Maronite 2,5 490,9 28,0 0 0 7,3 0,3 529,1 0
Melkite 4,7 255,2 111,8 0,7 22,1 43,9 4,4 442,8 0
Chaldéenne 0,5 4,9 6,7 390,3 0 0 0 402,4 3,0
Romaine 3,8 2,9 11,1 5,2 34,9 13,2 15,2 86,3 6,0
Syrienne cath. 1,3 19,7 22,4 55,5 0 0,1 0,5 99,4 1,6
Armén. cath. 0,6 19,7 24,6 5,5 0,4 0,1 0,3 51,2 5-7,0
Copte cath.2 190,0 0 0 0 0 0 0 190,0 0
Églises et dénominations protestantes
Protestantes3 20,9 20,2 20,1 5,8 4,4 4,5 4,8 80,8 4,5
TOTAL 3 335,6 1 326,3 945,6 615,5 150,0 104,3 76,3 6 553,6 103,6-117,6
% de la
population
5,7 43,8 6,4 2,9 4,2 2,1 3,8 6,1 0,15

 NOTESTous les chiffres sont approximatifs. Les estimations du nombre de Coptes en Égypte varient énormément, d’environ 3 millions jusqu’à 8 millions.1 Juridictions des Églises orthodoxes : Patriarcat de Constantinople : Turquie ; Patriarcat d’Alexandrie : Égypte ; Patriarcat d’Antioche : Syrie, Liban, Irak ; Patriarcat de Jérusalem : Israël ; Palestine, Jordanie.2 Église copte catholique : Source : Ronald G. Roberson, The Eastern Christian Churches, A Brief Survey, Éd. Orientale Christiana, Rome 1995.3 Églises protestantes : Toutes dénominations confondues.
4. Sont exclus du tableau l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats Arabes Unis – voir l’article « Les chrétiens repeuplent l’Arabie, quatorze siècles après Mahomet ».
Sources : Philippe Fargues, « The Arab Christians of the Middle East : a Demographic Perspective » in : Andrea Pacini, ed., Christian Communities in the Arab Middle East : The Challenge of the Future, Clarendon Press: Oxford, 1998. p. 61. Turquie: Chiffres très approximatifs. Andrea Pacini, ed., Christian Communities in the Arab Middle East : The Challenge of the Future, Clarendon Press: Oxford, 1998, pp. 314-326. Catholiques romains : Voir Jean-Michel Billioud, Histoire des chrétiens d’Orient, Harmattan, 1995.

LES CHRÉTIENS DU PROCHE-ORIENT :

LES MARTYRS OUBLIÉS

par Michel Gurfinkiel


 

Les chrétiens du Proche-Orient, coptes en Egypte, maronites au Liban, chaldéens en Irak, Arméniens en Turquie, melkites ou orthodoxes en Syrie, ou encore Palestiniens de Bethléem, connaissent depuis un demi-siècle un exode silencieux. Chassés de leurs terres natales par la guerre et le flux de l’islam. Retour sur une tragédie occultée.


 

_______________________________________


 

La principale population de réfugiés, au Proche-Orient, ce ne sont pas les Palestiniens musulmans, victimes de la première guerre israélo-arabe en 1948, ni même les juifs des pays arabes et d’Iran, contraints à un exode symétrique entre 1945 et 1979, mais les chrétiens de culture arabe, araméenne, arménienne ou grecque. Près de dix millions de ces derniers ont en effet été amenés à abandonner leurs foyers ou à émigrer depuis la Première Guerre mondiale : le rapport, avec les réfugiés musulmans de Palestine (un demi-million d’âmes à l’origine) est donc approximativement de vingt à un ; avec les juifs des pays d’islam (près d’un million d’expulsés), il serait environ de dix à un. Ces données, étrangement, sont mal connues. Plus étonnant encore : l’exode des chrétiens se poursuit sous nos yeux, à l’aube du XXIe siècle, sans susciter beaucoup de compassion ni même de curiosité médiatique. Le cas le plus flagrant est celui des Palestiniens chrétiens de Cisjordanie : voici une vingtaine d’années, ils formaient 15 % de la population locale ; depuis la mise en place d’un pouvoir palestinien autonome en 1994, ils ne sont plus que 2 à 3 %. Une situation analogue se dessine en Égypte, où la minorité chrétienne copte, hier florissante, en est peu à peu réduite à émigrer. Le journaliste américain Joseph Farah, lui-même d’origine arabe chrétienne, estime qu’à ce rythme, on pourrait passer au Proche-Orient d’une population chrétienne actuelle de quinze millions d’âmes à six millions à peine vers 2020. Ce serait le dernier acte de l’effacement du christianisme dans la région même où il est né, où il a fixé sa doctrine et où il s’est doté des structures qui, aujourd’hui encore, régissent sa vie communautaire dans le reste du monde : épiscopat, conciles œcuméniques, clergé, monachisme.

Pourquoi cette situation ? Dans un article publié en octobre dernier par un journal proche du Saint-Siège, Civilta Cattolica, l’analyste italien Giuseppe de Rosa rappelle que l’islam est avant tout « la religion du djihad », « une interminable entreprise guerrière en vue de conquérir les territoires » qui ne lui appartiennent pas encore. Il ne raisonne donc qu’en termes binaires : membres du groupe contre étrangers, amis contre ennemis, auxiliaires utiles ou populations inutiles, fidèles ou infidèles.

Immense différence avec la plupart des autres religions, à commencer par le judaïsme et le christianisme, qui, même quand elles recourent à la guerre, donnent la priorité à des considérations non guerrières, telles que le droit naturel ou la société civile. Les chrétiens ont pu être tolérés par les pouvoirs musulmans à certaines époques et dans certains lieux ; quand les circonstances changent, cette tolérance disparaît.

Jusqu’au VIIe siècle, le Proche-Orient était presque exclusivement chrétien. L’islam l’a supplanté par la force. Deux grandes étapes : la conquête arabe qui islamise l’Égypte et le Levant en six ans à peine, de 636 à 642 ; la conquête turque qui grignote l’Asie mineure entre le Xe et le XVe siècles. Une seule et même stratégie : quelques opérations militaires décisives permettent aux musulmans de prendre le contrôle politique d’une province ou d’un état ; le nouveau pouvoir joue ensuite des divisions entre chrétiens (jacobites contre melkites, coptes contre orthodoxes, Grecs contre Latins) ; enfin, le régime de la « dhimma » (« protection »), mélange de mesures discriminatoires et d’oppression financière, incite peu à peu les chrétiens à se convertir, en général par familles ou parentèles entières. Au bout de quelques générations,
un pays qui était chrétien à 90 % au moment de la conquête ne comporte plus que quelques minorités chrétiennes, soit dans les villes, où elles exercent des professions jugées « utiles » par le pouvoir islamique, soit dans des régions difficiles d’accès, notamment les montagnes.

À deux reprises, une modification du rapport de forces global entre islam et chrétienté a permis aux Églises d’Orient de reprendre souffle et même de connaître une brève renaissance : les Croisades, du XIe au XIIIe siècles ; et surtout l’expansion européenne moderne, du XVIIIe siècle au second tiers du XXe siècle. Pendant cette seconde période (« la plus heureuse de leur histoire » selon l’universitaire chrétien George Hintlian de Jérusalem), les communautés chrétiennes sont « adoptées » par les puissances occidentales : la Russie veille sur les orthodoxes, la France sur les Églises rattachées à Rome, et la Grande-Bretagne sur toutes les autres communautés ; l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis et même la Grèce interviennent également. Les pouvoirs musulmans sont donc contraints d’accorder aux minorités une pleine liberté religieuse et une égalité sociale ou politique presque complète. Les chrétiens d’Orient ont en outre accès plus largement que les musulmans à une éducation de type occidentale, elle-même facteur de réussite économique : ils forment l’essentiel de la classe moyenne dans l’Empire ottoman jusqu’à la Première Guerre mondiale, avant de jouer un rôle analogue, jusque vers 1970, dans la plupart des pays arabes.

Mais la fin de la domination occidentale (ou la décolonisation) annule ces acquis du jour au lendemain. Les Occidentaux y consentent au nom de leurs propres principes, judéo-chrétiens ou laïques : droit naturel, droits de l’homme. Les musulmans n’y voient qu’un retour de balancier géopolitique en leur faveur, même s’il est moins dû à une victoire militaire qu’à la simple démographie (en moyenne, le taux de natalité des musulmans est deux fois plus élevé que celui des chrétiens au Proche-Orient). Dans certains pays islamiques, les chrétiens, ou certains groupes chrétiens, sont expulsés. Ailleurs, on les ramène, en droit ou en fait, à un statut de seconde zone, ce qui les amène à émigrer. Le phénomène s’accélère avec la montée au sein de la société musulmane de mouvements dits intégristes ou islamistes, prônant un « djihad » permanent et l’exclusion totale des non musulmans des zones anciennement islamisées, comme le monde arabe.

TURQUIE. La Turquie ottomane avait entrepris en 1915, de liquider la minorité chrétienne arménienne d’Anatolie orientale (1,5 million d’âmes). En 1922, Mustafa Kemal expulse la communauté grecque orthodoxe d’Asie mineure (1,5 millions d’âmes), mesure suivie, il est vrai, par un « échange de populations » : le transfert en Anatolie des Turcs vivant encore en Grèce (cinq cent mille personnes). Quelques trois cent mille Grecs vivaient encore dans la région d’Istanbul et de la mer de Marmara, rassurés par le régime républicain et laïque institué par Kemal à partir de 1923 : des discriminations, au début des années 1940, puis une série de pogromes au début des années 1950, entraînent des départs en masse. Du moins la République turque a-t-elle châtié les instigateurs des pogromes : allant jusqu’à condamner à la potence le premier ministre de l’époque, Adnan Menderes. Il ne reste plus aujourd’hui en Turquie que cent mille chrétiens environ.

SYRIE. Les communautés chrétiennes (grecque orthodoxe, melkite, arménienne, araméenne) formaient le quart de la population syrienne au début du XXe siècle. Elles représentent encore 7 % de la population actuelle : 1,5 million sur près de vingt millions. Cette survie relative tient aux particularités de la politique locale : le régime Assad, en place depuis 1970, s’appuie sur la minorité musulmane alaouite qui, afin de contrebalancer la majorité sunnite (un peu plus de 50 % de la population), a passé des alliances avec les autres minorités du pays, chrétiens mais aussi druzes ou sunnites kurdophones. Pour autant, les chrétiens n’ont pas cessé de s’interroger sur l’avenir. Et d’émigrer, quand l’occasion leur en était donnée. Au besoin, ils se font passer pour Palestiniens à l’étranger, afin de bénéficier d’aides caritatives ou de sympathies politiques. Un « mensonge honnête » : une partie des Palestiniens sont d’origine syro-libanaise récente.

LIBAN. En 1932, 800 000 chrétiens formaient 55 % d’une population libanaise évaluée à 1,5 million d’âmes. Aujourd’hui, après diverses turbulences et surtout la longue guerre civile de la fin du XXe siècle (1975-1990), les chrétiens sont 1,5 millions, soit 27 % sur 4,5 millions. Plus de la moitié d’entre eux sont des « réfugiés de l’intérieur », chassés de leur ville ou village d’origine et contraints de se réinstaller dans les derniers bastions à majorité chrétienne, comme la banlieue est de Beyrouth. Une diaspora libanaise chrétienne s’est constituée en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique subsaharienne, en Australie. Au total, elle compterait six millions d’âmes, dont deux millions aux États-Unis. Si le président de la République est toujours un chrétien (une tradition remontant à 1943), le pouvoir réel est désormais aux mains des musulmans sunnites ou chiites. Certains clans chrétiens se sont alliés aux alaouites syriens, « protecteurs » et occupants du Liban depuis 1990. D’autres, notamment le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, militent pour la restauration de l’indépendance nationale.

PALESTINE. Les chrétiens formaient au début du XXe siècle près du quart de la population arabe palestinienne, soit un peu plus de cent mille âmes sur un total d’un demi million. En 1948, ils en formaient probablement 20 %, soit trois cent mille
âmes sur 1,2 million. Après la première guerre israélo-arabe, on a compté environ soixante-dix mille personnes déplacées chrétiennes, en sus des cinq cent mille réfugiés musulmans. Entre 1949 et 1967, le régime jordanien, puissance occupante en Cisjordanie, a multiplié les vexations à l’égard des chrétiens et favorisé leur émigration : la population chrétienne de Jérusalem-Est passe alors de 28 000 âmes à 11 000, ce qui signifie que 17 000 personnes (61 % de la population) ont été chassés. Le régime israélien, de 1967 à 1993, favorise au contraire le maintien des chrétiens sur place, mais sans aller jusqu’à rattacher à Jérusalem les localités chrétiennes de la périphérie, comme le souhaitait le maire chrétien de Bethléem, Elias Freij. La mise en place en 1994 de l’Autorité palestinienne, le quasi-état musulman dirigé par Yasser Arafat, est une catastrophe : des persécutions perpétuelles conduisent au départ des trois quarts de la communauté. Certains d’entre eux trouvent refuge en Israël, les autres en Europe ou aux États-Unis. À Bethléem, on ne compte plus que 15 % de chrétiens en 2003, contre 62 % en 1990 : les habitants chrétiens expulsés ont été remplacés par des Bédouins islamistes de la région de Hébron.

ISRAEL. Seul état non arabe et non musulman du Proche-Orient, Israël compte aujourd’hui trois cent cinquante mille habitants chrétiens sur 6,5 millions, alors qu’il n’en recensait en 1951 que trente mille sur 1,5 million : en chiffres absolus, cette population a donc été multipliée plus de onze fois ; en chiffres relatifs, par rapport à une population en très forte croissance, elle est passée approximativement de 3 % à 6 %. Au cours des vingt premières années qui ont suivi l’indépendance (1948-1968), de nombreux chrétiens israéliens de culture arabe ont émigré. Aujourd’hui, on assiste au contraire à une immigration de Palestiniens chrétiens de Cisjordanie en Israël. Les communautés catholique et orthodoxe ont en outre été renforcées dans les années 1990 par l’arrivée de nombreux chrétiens de l’ex-URSS autorisés à immigrer en raison de liens familiaux avec des juifs. Le Vatican a signé un concordat avec Israël en 1998 et a créé un évêché catholique de langue hébraïque.

JORDANIE. Lors de sa création en 1923, l’émirat de Transjordanie ne comptait qu’un demi million d’habitants, dont quelques milliers de Bédouins chrétiens, descendants des tribus christianisées attestées en Arabie jusqu’à l’époque de Mahomet. Après 1948, cette communauté a été grossie par des réfugiés chrétiens palestiniens des environs de Jérusalem, qui lui étaient liés par des cousinages et des mariages depuis le XVIIe siècle. Elle représente aujourd’hui 10 % environ de la population totale. Depuis 1970, la dynastie hachémite protège ses sujets chrétiens afin de se concilier l’opinion publique occidentale. L’un des confidents du feu roi Hussein, le journaliste Rami el-Khouri, était chrétien.

IRAK. Près de 10 % de chrétiens en Irak en 1920 (300 000 sur 3 millions d’habitants), 3 % aujourd’hui (un million sur vingt-quatre millions d’habitants). L’un des « actes fondateurs » du nationalisme irakien a été le massacre en 1932 de plusieurs milliers d’Assyriens chrétiens du nord du pays, de langue araméenne, et l’expulsion de plusieurs dizaines de milliers de survivants. Il est vrai que cette communauté réclamait la création d’un état autonome. Le premier roi, Faycal Ier, personnage romantique venu du Hedjaz, est mort de chagrin et de dégoût quelques mois plus tard après ce génocide, tandis que son fils Ghazi organisait une parade pour célébrer l’événement. Les autres chrétiens irakiens, notamment les Chaldéens catholiques, ont émigré à 50 %, ou s’en tiennent depuis à une attitude de soumission absolue envers le pouvoir musulman. Saddam Hussein avait pour ministre des Affaires étrangères un catholique, Tarik Aziz, aujourd’hui prisonnier des Américains. Fondateur du Baath, le parti nationaliste arabe dont se réclamait Saddam, le chrétien syrien Michel Aflak a été contraint de se convertir à l’islam quand il s’est réfugié en Irak dans les années 1970.

ARABIE SAOUDITE. Le christianisme et le judaïsme sont interdits dans le royaume, sous le prétexte que la Péninsule arabique, terre sainte de l’islam est « analogue à une mosquée ». Les juifs ne peuvent obtenir de visa d’entrée, sauf s’ils détiennent un passeport diplomatique. Les chrétiens étrangers en situation régulière – diplomates, hommes d’affaires – ne peuvent célébrer leur culte qu’en privé. Le prosélytisme entraîne l’expulsion immédiate, s’il s’agit d’un étranger, et la mort, s’il s’agit d’un Saoudien ou du ressortissant d’un pays musulman..

PAYS DU GOLFE, YEMEN. Les citoyens ne peuvent pratiquer une autre religion de l’islam : les minorités, naguère nombreuses, ont été progressivement expulsées. Les étrangers (y compris les résidents permanents) sont autorisés à pratiquer le christianisme en privé. Quelques familles juives autochtones jouissent du même privilège à Bahreïn et au Yémen.

IRAN. Officiellement, la population chrétienne n’atteint pas 0,2 %. On l’évalue parfois à 0,5 %. Bien traitée sous la dynastie Pahlavi, elle bénéficie d’une certaine indifférence de la part de la République théocratique instituée par Khomeini en 1979, et dispose d’un député au parlement. Tout acte de prosélytisme est puni de mort, ainsi que toute relation sexuelle avec une femme musulmane. Les élèves des écoles chrétiennes doivent assister à des cours d’initiation à l’islam, destinés à «&nb
sp;hâter leur conversion à la religion véritable ». Les autorités de Téhéran préfèrent les chrétiens « nationaux », comme les Arméniens, installés dans le pays depuis le XVIe siècle, aux « étrangers », arrivés plus tard.. Les catholiques sont particulièrement mal vus, notamment depuis la conversion de la princesse Ashraf, sœur jumelle du dernier chah. La moitié des chrétiens iraniens auraient fui depuis 1979. La plupart se sont réfugiés en Californie.

ÉGYPTE. Ce sont les coptes égyptiens qui, en se ralliant aux conquérants arabes en 642 par haine envers les Byzantins orthodoxes, ont rendu irréversible la progression de l’islam en Orient. Cette communauté a connu une brillante renaissance au XIXe siècle et au début du XXe siècle, sous la monarchie d’origine turque fondée par Mehemet Ali. Elle représentait alors 15 à 20 % de la population et défendait l’idée d’une civilisation « pharaonique », propre à l’Égypte et différente de la culture arabe. La révolution nassérienne, à partir de 1952-1953, lui a été fatale : les coptes ont été exclus de la classe politique, sauf quelques personnalités symboliques (comme le ministre d’état Boutros Boutros-Ghali, devenu secrétaire général de l’Onu puis secrétaire international à la Francophonie) puis dépouillés de leur pouvoir économique. Sous Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 1981, les violences en tout genre (de l’attentat à la bombe au viol) se sont multipliées, incitant les jeunes gens et les jeunes filles à émigrer vers la Grande-Bretagne, le Canada et les États-Unis. Les coptes ne seraient plus aujourd’hui que cinq millions environ en Egypte, soit 6 à 7 % d’une population égyptienne globale évaluée à 65 millions d’âmes.

© Michel Gurfinkiel & Le Spectacle du Monde, 2004.


 

_____________________________________________________________________________________________

LA DIASPORA


 

Irriguée par les séismes historiques récurrents et la répression quotidienne plus sourde, la diaspora, la colonie de chrétiens orientaux, étudiants, travailleurs, réfugiés politiques, ne cesse de grossir en Europe, aux Amériques et en Océanie principalement. Aujourd’hui les chrétiens de la plupart des Églises du Moyen-Orient sont plus nombreux dans la diaspora que dans leur nation d’origine.

Sur le continent américain, l’archidiocèse syro-antiochien de New York et d’Amérique du Nord possède plus de cent paroisses. À ses côtés se trouve l’archidiocèse orthodoxe de Tolédo, situé non loin de Colombus dans l’État de l’Ohio. Les arméniens apostoliques sont conduits par un évêque à New York, à Montréal, à Los Angeles et en Amérique du Sud à Buenos Aires et à Sao Paulo (500 000 fidèles). Les Eglises jacobite (50 000 personnes aux USA et 5 000 au Canada) et assyrienne sont moins représentées en nombre mais restent vivaces. Du côté des orientaux catholiques, les maronites à Brooklyn, les melkites catholiques à Boston, les chaldéens à Detroit, les arméniens, les coptes qui possèdent un monastère, Saint-Antoine en Californie, sont également présents sur le continent américain.

En Europe, l’Église apostolique arménienne du catholicossat d’Étchimiadzine compte plusieurs diocèses à Londres, Paris, Marseille, Lyon et Bucarest-Sofia alors que le catholicossat d’Antélias veille sur les diocèses asiatiques. Les maronites comptent de nombreux fidèles en particulier en France et l’Eglise syrienne possède sa plus forte représentation en Suède (Sodertalge) et aux Pays-Bas (Losser). En octobre 1986, la Documentation catholique estimait à 300 000 le nombre des chrétiens orientaux en France (y compris les fidèles des Églises russe et roumaine) dont 90 000 catholiques (principalement maronites, arméniens et chaldéens) et 240 000 non catholiques (arméniens et grecs). En France, la diaspora se trouve principalement à Paris, Lyon, Marseille, dans les régions industrielles du Centre, de l’Est et du Nord et dans la région de Carcassonne.

« C’est la jeunesse, l’avenir du pays, la sève du peuple qui s’en va », déclarait en 1906 l’évêque maronite Mgr Pharès. Depuis, la fuite a continué, alimentée par les déchirures historiques nombreuses et l’oppression sociale rencontrée par les chrétiens pendant tout le XXe siècle. Un message inquiet des patriarches orientaux catholiques en 1992 porte cependant en lui une large part d’espoir :

Les chrétiens de la diaspora se doivent de perpétuer leur tradition et leur culture, de transmettre à leurs enfants déracinés le témoignage du christianisme du Proche-Orient, tout en assimilant, sous peine de graves problèmes d’insertion, la culture de leur pays d’adoption.

Il existe bien sûr une multitude d’expressions au sein des communautés au sens large mais l’Église, par un rôle réel ou symbolique, a permis en bien des cas de fédérer les diversités.

Dhimmis de fait s’il ne le sont plus juridiquement, les fidèles des chrétientés d’Orient, min
uscules micro-sociétés accrochées à une terre qui leur échappe de plus en plus, n’ont que peu de chance de résister à la pression musulmane, voire, dans le cas particulier d’Israël, à la double pression juive et musulmane intégriste. Cet intégrisme qui ne cesse de monter est assurément l’un des dangers les plus importants pour la survie des chrétiens mais l’ignorance, le désintérêt, voire une attitude équivoque des Occidentaux prêts à les sacrifier, les inquiètent peut-être plus encore.

Quelle est la situation pour un chrétien de base entre ce statut réducteur de minorité protégée qui en fait un citoyen de seconde classe et la montée de l’intégrisme islamique ? Des cris d’angoisse sont fréquemment lancés par les autorités ecclésiastiques et les personnalités du monde chrétien oriental. Ce texte de la journaliste libanaise Jana Tamer apporte différemment un témoignage récent de la situation d’une chrétienne ordinaire au Moyen-Orient :

Le sentiment des chrétiens d’Orient est que leur situation est triplement précaire :

1. Vis-à-vis des groupuscules islamisés qui les assimilent souvent à l’Occident, mais recourraient aux agressions surtout pour embarrasser les gouvernements arabes concernés.

2. Vis-à-vis des gouvernements de leurs pays, dont ils ne savent pas jusqu’à quand ils seraient disposés à aller les protéger et les défendre; ni dans quelle mesure ils ne finiraient pas par voir en eux une nuisance.

3. Vis-à-vis des instances religieuses occidentales, engagées dans des réflexions et des actions destinées à établir un dialogue avec l’islam et l’islamisme. Que le dialogue réussisse ou échoue, les chrétiens d’Orient craignent de faire les frais de la démarche.

Adapté de Jean-Michel Billioud,
Histoire des chrétiens d’Orient,
Harmattan, 1995, pp. 235-236.


 

___________________________________________

L’EXODE DES CHRÉTIENS DU MOYEN-ORIENT

Réponse à l’article d’Henri Tincq, « Les chrétiens et le Proche-Orient »


 

Courrier postal envoyé le 17 décembre 1997 à M. Henri Tincq, journal Le Monde :

Dans votre article « Chrétiens en terre d’islam, musulmans en terre d’Occident » (Le Monde, 13 décembre 1997), vous vous demandez pourquoi « tant de chrétiens continuent de fuir le Proche-Orient, berceau de leur tradition », sans prendre la précaution de vous interroger sur les effets éventuellement désastreux des politiques occidentales dans la région :

·  Le Proche-Orient connaît depuis des décennies une situation de tension permanente. La plupart de ces tensions, quoiqu’on en dise, trouvent leur origine dans la décision de l’ONU de créer en 1947 dans la région et contre la volonté de la population locale un état sur la base de critères ethnico-religieux (Israël), c’était l’aboutissement de la « politique Balfour » mise en œuvre par la Société des nations au cours des décennies précédentes ;

·  Le refus de l’Occident d’aider la région à retrouver la paix est caractérisé par sa complaisance envers la politique agressive israélienne, notamment sur les points suivants :

– déstabilisation continuelle du Liban par Israël depuis 1968, avec une terrible guerre civile en conséquence ;

– occupation et colonisation de territoires par Israël depuis 30 ans, cette occupation concerne pourtant Jérusalem-Est, berceau de la tradition chrétienne, et de ce fait de très nombreux habitants chrétiens de cette ville ont effectivement dû fuir ;

– blocus israélien contre les ghettos palestiniens (les responsables occidentaux dénomment ce blocus sous l’appellation de « bouclage des Territoires ») ;

·  L’Occident fait preuve d’une réelle complaisance politique envers le régime fondamentaliste musulman d’Arabi
e Saoudite ;

·  L’Occident, à travers l’ONU, impose un blocus meurtrier contre l’Irak depuis plus de 7 ans avec la famine pour conséquence alors que ses capacités de destruction massive censées le justifier ne sont, à l’évidence, qu’une fable ;

Si les chrétiens fuient le Proche-Orient, c’est que les guerres, les blocus, les occupations territoriales et les tensions politiques en résultant ont rendu la région invivable, tout particulièrement pour les minorités ainsi fragilisées.

Auteur : Yves Lemarié
http://www.presse-palestine.org/article.php3?id_article=59


 

CHRÉTIENS D’ORIENT :

DES COMMUNAUTÉS EN SURVIE

Henri Tincq, Le Monde, 12 mai 2006


 

Les minorités chrétiennes d’Orient, on a souvent cru qu’elles seraient balayées par le vent de l’histoire. Que leurs divisions, les discriminations dont elles souffrent et l’émigration finiraient par avoir raison de leur résistance puisée, depuis deux millénaires, dans une histoire prestigieuse et une foi radicale. Venus principalement du Proche-Orient, héritiers des premières communautés chrétiennes (Jérusalem, Antioche, Alexandrie, Constantinople, etc.), onze patriarches et chefs d’Eglises catholiques – dont le cardinal Nasrallah Sfeir, chef spirituel des maronites, Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, Mgr Grégoire III Laham, patriarche de l’Eglise melkite – seront en France, du 15 au 24 mai [2006], pour répéter que les chrétiens d’Orient sont un « enjeu de civilisation » dans des pays terrassés par la guerre, les désastres économiques et la montée de l’extrémisme islamiste. […]Ils seront reçus, lundi 15 mai, par Jacques Chirac, avant de sillonner la France et les communautés de l’émigration. L’invitation vient de l’Œuvre d’Orient, réseau d’entraide (100 000 donateurs) créé il y a 150 ans à Paris, alors que la France avait encore rang de puissance protectrice des chrétiens de l’Empire ottoman. La délégation comptera aussi des chrétiens de l’Inde (issus de l’extension vers l’Asie des premières communautés syriennes) et d’Ethiopie, des catholiques de rite byzantin ("uniates") d’Ukraine et de Roumanie. Mais l’attention va se concentrer sur la situation, jugée "catastrophique", des chrétiens d’Irak, d’Egypte et de Palestine, voire de Turquie et du Liban. Le chaos irakien, l’isolement iranien depuis la crise nucléaire, les manifestations contre les caricatures de Mahomet (publiées dans des pays « chrétiens ») ont aggravé la marginalisation de ces minorités. Présente en Mésopotamie depuis deux mille ans, la population chrétienne d’Irak a diminué d’un tiers depuis le conflit Iran-Irak et les deux guerres contre Saddam Hussein (1991 et 2003). Elle n’est plus que de 650 000, soit moins de 3 % de la population. Des églises ont été attaquées à Bagdad, Kirkouk, Mossoul. Les chrétiens continuent de se réfugier au Kurdistan irakien, en Jordanie, en Syrie, au Liban et, pour les plus aisés, en Amérique du Nord.En Egypte, les coptes aussi se disent victimes des gains des Frères musulmans. Aux élections de novembre 2005, un seul député chrétien a été élu contre… 88 Frères. Cinq autres ont été « nommés » par le président Hosni Moubarak en vertu de son privilège constitutionnel. « Il y a une mainmise des islamistes sur un pays qui tourne à la dictature héréditaire », se lamente un responsable copte sous couvert d’anonymat. Aux discriminations dans l’accès aux emplois publics s’ajoute la radicalisation religieuse. La Haute-Egypte est, depuis longtemps, le théâtre d’agressions antichrétiennes (et de règlements de comptes entre confessions), mais des heurts – 1 mort et 50 blessés – ont aussi eu lieu, mi-avril, à Alexandrie. Et l’exode continue.Il se poursuit également dans les territoires occupés de Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Les chrétiens palestiniens ne seraient plus qu’entre 50 000 et 80 000. Aux dernières élections, la majorité s’est portée sur les listes du Fatah, mais des chrétiens ont aussi voté pour le mouvement islamiste victorieux du Hamas. Et le maire chrétien de Bethléem a été élu grâce à son soutien. Les chrétiens jouent un rôle dans la direction de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, et six sièges sur 88 leur sont réservés au Conseil législatif. Mais ils s’inquiètent de l’islamisation de la société, des restrictions à la circulation (le mur israélien) et de la menace du terrorisme.Au Liban et en Turquie, des progrès sont signalés. « Les maronites se sentent plus forts dans le nouveau contexte politique libanais », estime un responsable. La voix du patriarche Sfeir est l’une de celles qui se sont fait le plus entendre pour un retour à l’indépendance du Liban contre l’occupation syrienne. Quarante pourcent des chrétiens (maronites, melkites, etc.) auraient quitté le pays depuis le début de la guerre, en 1975, mais la diaspora, à Paris ou à Lyon, est active et garde des liens puissants avec leur patrie.Enfin, dans un pays comme la Turquie qui fait des efforts pour être fréquentable, les chrétiens (arméniens, chaldéens, syriaques, assyriens) constatent de « petites ouvertures » : restauration d’églises, autorisation de chanter dans les langues d’origine etc. Mais le génocide arménien, la laïcisation et l’islamisation ont vidé le pays de sa population chrétienne (0,1 %). Le souvenir pèse aussi dans des villages chrétiens du Sud-Est qui, pris en otage entre la guérilla kurde et l’armée turque, ont été rasés.Au-delà de leurs divisions confessionnelles et rituelles – qui sont autant de moyens d’affirmer leur enracinement -, la plupart des patriarches et évêques orientaux encouragent leurs fidèles à militer pour la démocratisation, le développement de leurs pays et à vivre avec les musulmans « sous le regard de Dieu ». Encore faut-il que leurs dirigeants politiques respectent leurs droits dans des sociétés où le pluralisme confessionnel ne devrait pas être faiblesse mais richesse, non pas naïveté mais fidélité.


 

_____________________________________________________________________________________________

QUEL AVENIR POUR LES CHRÉTIENS D’ORIENT ?

Compte rendu de Christine Chaillot


 

L’Institut européen en sciences des religions rattaché à l’Ecole pratiques des hautes études en Sorbonne à Paris a organisé les 16 et 17 novembre 2007 un séminaire sur la situation et l’avenir des chrétiens d’Orient. Cet institut se donne pour tâche de développer une intelligibilité des phénomènes religieux pour connaître et comprendre l’histoire via la recherche universitaire dans les sciences religieuses. Ce sujet est d’une brûlante réalité au Proche-Orient où les chrétiens sont une minorité de plus en plus restreinte à cause d’émigrations massives de ces populations. La question se pose donc de maintenir à l’avenir une présence chrétienne dans les pays du Proche-Orient très majoritairement musulmans. Ont participé à ce colloque des chercheurs et des universitaires, des diplomates et des représentants d’association, ainsi que des personnalités issues des Églises du Proche-Orient et témoins directs de la situation.

Dans son discours d’ouverture, le ministre des affaires étrangères de la France, Bernard Kouchner, relève que « de tous les drames du Moyen-Orient le drame des chrétiens n’est pas le mieux perçu. Ces méconnaissances et indifférences sont un grand danger. Les chrétiens du Proche Orient sont des citoyens de seconde zone alors qu’ils sont les citoyens les plus anciens de la région et que le christianisme y est partie intégrante. Les temps sont difficiles pour les chrétiens avec la montée de l’islamisme et nous avons des responsabilités à l’égard de ces chrétiens ». Il signale que dans quelques semaines un consulat de France va s’ouvrir à Irbil, dans le Kurdistan irakien, et qui pourra accueillir les demandes des réfugiés plus facilement qu’à Bagdad.

Signalons que la moitié des chrétiens d’Irak ont déjà fuit leur pays.

Régis Debray souligne que la mémoire des chrétiens d’Orient est en crise en Europe. Ces chrétiens ont peu de visibilité internationale ce qui empêche de parler d’eux d’une seule voix. Pourtant les chrétiens d’Orient ont le droit de vivre en paix au Moyen-Orient. « Leur condition minoritaire d’ex-soumis (dhimi) est pourtant d’intérêt général et le sort des minorités est un thermomètre. »

Pour le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, les chrétiens du Moyen-Orient sont ignorés dans le jeu de la politique mondiale. Les espoirs sont réduits, mais on espère toujours avec la foi. On a besoin d’une action. La paix est possible mais les hommes compliquent tout. Selon lui les chrétiens doivent rester dans leur pays d’origine, conscients de leur vocation, et y construire la société. Mais les dirigeants ne donnent pas à tous égalité et il faut mettre fin aux injustices. Les chrétiens ne comptent pas et ils doivent se faire valoir par la qualité, par leur force de penser et d’action. C’est un combat quotidien. Il faut aussi plus de cohésion entre tous les chrétiens (par exemple via le Concile œcuménique des chrétiens du Moyen-Orient). 

Le père Shoufani, « le curé de Nazareth », y a créé une école où des jeunes des trois religions étudient ensemble. Pour lui sans le dialogue on ne peut rien faire. Selon lui les chrétiens sont appelés à un réveil, pour faire toutes choses nouvelles, avec un amour sans borne pour les musulmans et les juifs. « Je n’aime pas une Église qui pleure sur elle-même ; en Christ on ne fait pas faillite ! » dit-il.

Pour le père Olivier Thomas de l’École biblique de Jérusalem, ces chrétiens anciens doivent faire entendre leurs voix de citoyens et développer la force spirituelle intérieure.

En Turquie les minorités chrétiennes se sentent menacées. Philippe Kalfayan, d&
rsquo;origine arménienne, juriste et membre d’une association pour les droits de l’homme (FIDH), dit qu’en Turquie il y a prééminence du nationalisme sur le religieux et que l’Union européenne n’a pas encore eu le courage de demander à la Turquie de revoir sa constitution en ce qui concerne les minorités.

En Jordanie, où Géraldine Chatelard travaille à l’Institut français du Proche Orient, elle constate que les chrétiens y sont les mieux traités au Moyen Orient, même si l’islam y est religion d’état. En effet, dit elle, « les chrétiens au Moyen-Orient peuvent s’épanouir dans la stabilité ».

Pour Jean-François Colosimo, les chrétiens sont devenus indésirables au Moyen-Orient et se trouvent dans une position d’isolement complet.

Selon l’archevêque de Bagdad pour les Latins, Jean Sleiman, le fondamentalisme qui devient culture ne supporte pas la différence, ce qui ne permet pas la coexistence et empêche la coexistence et la liberté. Les fondamentalistes ne peuvent dialoguer qu’avec leur propre narcissisme. La modernité c’est le retour de la « personne », dans la démocratie et les droits de l’homme.

D’autres spécialistes de qualité ont pris la parole pour parler de l’histoire des chrétiens au Moyen-Orient, dont Henri Laurens, professeur au Collège de France, qui a fait un historique de l’évolution des chrétiens au Moyen-Orient ; le père Samir Khalil Samir de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, qui a parlé des relations islamo-chrétiennes en perspective historique, et Bernard Heyberger, historien, directeur d’études à l’École pratique des hautes études (EPHE) et l’un des organisateurs du colloque, qui pense que l’historien peut aider à faire accepter le principe de réalité en donnant des arguments objectifs.

Selon Pierre Morel, ambassadeur de l’Union européenne en Asie centrale, il faut comprendre et reconnaître la douleur des chrétiens d’Orient, apprendre à connaître les autres et à les écouter, les soutenir, et aussi accentuer le travail culturel, aider au développement économique et social des pays du Moyen Orient, et également soutenir les diasporas chrétiennes vivant à présent hors du Moyen Orient.

Conclusion : Les chrétiens ne peuvent vivre en paix que dans des pays de démocratie de droit. A présent il faut faire respecter les droits fondamentaux des minorités chrétiennes et autres. Comme l’a dit un participant, quand les chrétiens quittent le Moyen-Orient, ils affaiblissent ceux qui restent. A l’avenir un observatoire de la situation des chrétiens sera dirigé à Paris par le père Joseph Maïla, ancien recteur de l’Institut catholique de Paris. Rappelons que les orthodoxes sont nombreux au Moyen-Orient, mais que la plus grande communauté est celle des coptes (environ 7 millions sur 10 millions) et que les communautés catholiques et protestantes ne représentent qu’un petit nombre de fidèles en comparaison.


 

_____________________________________________________________________________________________

LES CHRÉTIENS D’ORIENT ET L’ISLAM RADICAL

Henri Tincq, Le Monde, 8 décembre 2007


 

Les bulletins de santé alarmants, les listes de migrants n’en finissent pas de s’allonger. Dans l’avalanche de nouvelles venues d’Irak, du Liban, de Palestine ou de Turquie, qui s’intéresse encore à la minorité des chrétiens d’Orient – 10 millions, en incluant les 6 millions de coptes d’Egypte -, à ces Arabes qui ne sont pas musulmans, qui brouillent le jeu international binaire (Israël-Palestine, Occident-Islam), sont « trop orientaux » pour être compris des Occidentaux, « trop chrétiens » pour l’être des courants laïques et progressistes ? « Qui se préoccupe du destin de ce tiers exclu du grand récit Occident versus Orient ou McDo contre djihad », a demandé Régis Debray lors d’un colloque que l’Institut européen en sciences des religions (IESR), qu’il préside, et l’École pratique des hautes études (EPHE) viennent d’organiser à Paris.

Que l’université française s’empare d’un tel sujet prouve qu’au moins une partie de la bataille de l’opinion est gagnée. La survie des chrétiens d’Orient est une affaire de civilisation plus que de religion. « Notre propre avenir est en jeu dans le vôtre », lance Régis Debray à ses interlocuteurs. Leurs communautés sont divisées, émiettées, leurs rites archaïques, mais s’inquiéter pour leur avenir, comme l’ont fait à Paris chercheurs, historiens, diplomates et autorités religieuses, c’est renoncer au fatalisme, refuser aux chrétiens d’Orient un destin de fossiles ou de survivances folkloriques. « Les chrétiens ont été les catalyseurs de la modernité arabe. Ils sont d’autant plus chez eux en terre d’islam qu’ils sont antérieurs à l’islam », rappelle l’historien Henry Laurens.

Mais, entre le calvaire des chrétiens irakiens (500 000 chaldéens ont quitté le pays depuis la première guerre du Golfe) et l’autorité politique réaffirmée du patriarche maronite libanais, entre l’apparente satisfaction des chrétiens de Jordanie et de Syrie et la marginalisation des religions minoritaires (arméniens, grecs-orthodoxes, syriaq
ues, juifs, etc.) en Turquie, comment évaluer aujourd’hui la situation des chrétiens orientaux ?

La règle a longtemps été celle de la peur et de la plainte. Derrière Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, les chrétiens palestiniens mettent en cause l’inaction de la communauté internationale et l’« occupation » israélienne. Les chrétiens irakiens ne voient pas d’issue à la stratégie américaine. Il ne reste que 500 familles chrétiennes à Mossoul sur 2 000. « Les chrétiens de Mossoul et Bassora doivent choisir entre le retour à la dhimmitude (régime de protection des minorités sous l’Empire ottoman, assorti de la soumission et du versement d’un impôt), l’émigration ou la mort. La terreur et le sang ont brisé la coexistence », se lamente Mgr Jean-Benjamin Sleiman, archevêque latin de Bagdad.

La nouveauté est que s’exprime, à voix haute, l’impensé des chrétiens d’Orient à l’égard de l’islam radical. L’insécurité, les guerres, Israël, l’attraction de l’Occident ne sont plus seuls à expliquer les regrets et les exodes. Longtemps épargnés, par peur, par loyauté obligée à l’égard de l’islam ou par mémoire de siècles de coexistence, le « fondamentalisme » est dénoncé. Le fondamentalisme musulman n’est plus un « courant » politique ou religieux, il est devenu une « culture », une « façon d’être », une « mentalité ».

Évêque copte catholique du Caire, Mgr Youhanna Golta décrit une Égypte où les extrémistes gagnent du terrain dans la vie publique, les écoles et universités, les médias (60 % de programmes religieux à la télé). Pour eux, « la première citoyenneté est l’islam ». Une « guerre sourde » les oppose à un courant moderniste et laïque qui ne veut pas que l’Égypte retourne au Moyen Age. « Et pourtant, il n’y a pas deux Égypte, insiste Mgr Golta. Il n’y a pas deux peuples. Le fondamentalisme, le terrorisme ne font pas partie de la culture égyptienne. Ce sont des importations de l’extérieur. »

UNE « ARABITÉ DÉMOCRATIQUE ET LAÏQUE »

Le nationalisme laïc à la turque n’est pas non plus épargné. L’idéologie kémaliste est restée celle du « pouvoir profond », investi dans les administrations et les tribunaux, qui contrôle les minorités ethno-religieuses non reconnues. « Ce n’est pas une question de différence religieuse, mais de définition de la citoyenneté », précise Philippe Kalfayan, de la Fédération internationale des droits de l’homme, étonné du manque de « courage politique » de l’Europe devant une discrimination qui fait le jeu des musulmans radicaux.

En un an, ont été tués en Turquie un prêtre catholique et trois missionnaires protestants. Professeur à l’Institut Saint-Serge (Paris), Jean-François Colosimo dénonce la situation faite au patriarche Bartholomée de Constantinople, primat d’honneur de l’orthodoxie (250 millions de fidèles), reconnu dans le monde entier, sauf à Istanbul, où, pour les Turcs, il n’est que le « curé de quelques milliers de grecs orthodoxes », interdit de rouvrir son unique séminaire de Halki.

Quelle issue ? Lors du colloque parisien, les chrétiens orientaux ont rejeté toute hypothèse de retour à un régime de « dhimmitude » réclamé par certains radicaux. L’émigration n’est pas davantage la solution : les chrétiens d’Orient sont désormais plus nombreux à l’étranger (Europe, Amérique, Australie) que dans leur pays d’origine et leur disparition donnerait raison aux tenants du « choc de civilisations ». « Nous ne pouvons plus passer notre temps à nous lamenter, affirme Mgr Michel Sabbah. Nous ne sommes pas des chrétiens face aux musulmans, mais des chrétiens et des musulmans ensemble, face à l’extrémisme qui se développe dans l’islam. » Autre voix forte au Proche-Orient, Mgr George Khodr, évêque du Mont-Liban, espère la renaissance d’une « arabité démocratique et laïque » où chrétiens et musulmans feraient à nouveau cause commune. Quant à Emile Shoufani, prêtre melkite de Nazareth, il invite ses coreligionnaires à se faire les « interprètes » entre l’Occident et le monde musulman.

À Alep (Syrie), haut lieu du christianisme historique, la population chrétienne a fondu de 50 % à 6 % en un demi-siècle. Son évêque, Jean-Clément Jeanbart, propose un sursaut d’énergie pour endiguer la « vague islamiste ». Énergie pour préserver des modèles de convivialité (famille, quartiers, associations) entre chrétiens et musulmans. Pour s’attaquer ensemble au vrai terreau de l’islamisme, la misère, la pauvreté, le chômage, l’analphabétisme. Écoles, dispensaires, hôpitaux, centres de formation professionnelle : le « petit reste » de chrétiens d’Orient entend mettre la main à la pâte, convaincu que le vrai défi, comme dit l’évêque du Caire, est de « planter l’amour » en terre d’islam, de montrer que « la loi de la charité est plus forte que la loi de la haine ».

 


 

LA MINORITE CHRETIENNE D’IRAK

PROCHE DE LA « DESESPERANCE »

Henri Tincq, Le Monde, 11 décembre 2007


 

Hémorragie, exode : les mêmes mots reviennent pour désigner la même réalité, celle d’un Irak en train de se vider de sa minorité chrétienne. Des évêques irakiens, syriens, jordaniens, égyptiens sont venus sonner l’alarme à Paris, lors de rencontres organisées en novembre par l’Institut européen des sciences de la religion (IESR) et par l’Œuvre d’Orient. Les Églises de France, le mouvement international Pax Christi et des associations (Chrétiens en Méditerranée…) préparent une campagne de solidarité qui devrait culminer en 2008 pour Pâques.

Pour ces religieux irakiens, l’une des plus vieilles « chrétientés » au monde, née en Mésopotamie six siècles avant l’arrivée de l’islam, est en voie de disparition. Le pays ne compterait plus que 400 000 chrétiens, soit une chute de plus de la moitié depuis la première guerre du Golfe (1991).

Enlèvements et libérations contre rançon, menaces de mort, spoliations de maison : Mgr Georges Casmoussa, archevêque syriaque de Mossoul [Irak], évoque des pressions « insoutenables » pour faire partir la population chrétienne. « Des centaines de familles, des médecins, des ingénieurs, des hommes d’affaires, des commerçants continuent de se réfugier dans des régions plus sûres, dans les villages chrétiens au Kurdistan, ou à l’étranger », explique-t-il.

À entendre l’évêque de Mossoul, la pression des islamistes ne fait que croître : elle va de menaces téléphoniques jusqu’à des enlèvements, de prêtres en particulier. À Mossoul, l’un d’entre eux a été tué et mutilé à Noël 2006. Le 3 juin, un jeune prêtre de 31 ans et trois assistants ont été assassinés à la sortie de la messe dominicale. Des cars conduisant des étudiants chrétiens à l’université de Mossoul ont été attaqués. « Les chrétiens ne sont pas les seuls touchés, convient Mgr Casmoussa, mais ils sont acculés à l’exode. Pour les musulmans, ils restent des personnes compétentes, pacifiques, cultivées. Mais la confiance mutuelle est blessée. »

Mêmes témoignages de « profanations » d’églises et d’enlèvements dans le quartier de Dora à Bagdad, où, rapporte Mgr Jean-Benjamin Sleiman, archevêque latin de la ville, « les chrétiens n’ont plus le choix qu’entre la dhimmitude (protection contre soumission) et l’exil ». Pour lui, « l’Etat reconstitué n’est pas encore en mesure de gouverner la société ni d’en arbitrer tous les conflits ».

Entre 1,2 et 1,5 million d’Irakiens – dont au moins 100 000 chrétiens – sont réfugiés en Syrie. Mais le « pays frère » raidit son attitude. Il a fermé ses frontières, et la plupart des réfugiés vivent d’expédients. « Beaucoup n’ont pas de logement ni de permis de travail. Les enfants ne sont pas scolarisés, parce qu’ils n’ont pas de titre de séjour, témoigne Mgr Antoine Audo, évêque chaldéen d’Alep. Leur horizon est bouché. Ils n’ont aucun espoir de retour en Irak et il leur est difficile de trouver des visas pour émigrer aux Etats-Unis ou en Europe. »

La Jordanie compte, quant à elle, 750 000 réfugiés, dont 25 000 à 30 000 chrétiens. Dans ce pays aussi, les possibilités d’accès et de séjour se restreignent et les conditions de vie sont de plus en plus précaires. « La désespérance est grande, assure Mgr Selim Sayeh, vicaire du patriarche latin à Amman. Pour cette émigration sans espoir de retour, la Jordanie n’est qu’un pays de transit. Peu d’Irakiens s’y établissent. Leur seul espoir est d’émigrer au loin. »

Pour eux, les évolutions politiques n’annoncent rien de bon. « Les chrétiens se sentent de moins en moins chez eux, assure Mgr Casmoussa, l’évêque de Mossoul. Le nouvel Irak semble promis aux seules trois communautés majoritaires kurde, sunnite et chiite, et nous sommes disqualifiés. » Des partis politiques confessionnels chrétiens, appelés chaldéen, assyrien, syriaque, ont vu le jour. Ils disputent à la hiérarchie épiscopale, jusqu’alors son seul porte-parole, le contrôle de la minorité chrétienne. « La question ethnique et raciale est aujourd’hui la plus épineuse en Irak, commente Mgr Casmoussa. C’est sur cette base que toutes les communautés, y compris les chrétiens, tentent de jouer un rôle sur l’échiquier politique pour obtenir le droit à une citoyenneté égale. » Mais le résultat est que « les chrétiens sont disloqués, minimisés, sous-représentés dans les sphères de décision ». « Ils n’ont pas pu peser pour la rédaction de la Constitution. »

Archevêque latin de Bagdad, Mgr Sleiman déplore d’autant plus cette marginalisation que les chrétiens ont été « loyalistes ». Ils ont participé à toutes les élections. Mais il regrette l’actuel « repli ethnique et confessionnel » des partis qui les représentent : « La première responsabilité des chrétiens devrait être de se rassembler et de reconstruire, avec leurs concitoyens, un Etat de droit. Ils sont culturellement préparés pour incarner une nouvelle politique irakienne de citoyenneté et même une nouvelle laïcité capable de traduire, dans des valeurs communes, la préoccupation pour le bien commun. N’est-ce pas ce que vous appelez la République ? »


 

_____________________________________________________________________________________________

LES CHRÉTIENS REPEUPLENT L’ARABIE,

QUATORZE SIÈCLES APRÈS MAHOMET

par Sandro Magister et Fabio Proverbio


 

Aux Émirats arabes unis, ils pourraient constituer bientôt la majorité de la population. En Arabie Saoudite aussi, ils sont aussi de plus en plus nombreux. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Comment vivent-ils ? Reportage à Dubaï et à Abou Dabi.

Le 31 mai 2007, le Saint-Siège a établi des rapports diplomatiques avec les Émirats arabes unis. Les deux états se sont envoyés des ambassadeurs. Peu de personnes l’ont remarqué, mais les Émirats arabes unis sont le pays islamique où se trouvent le plus de chrétiens. C’est une présence récente et en progression, alors que dans d’autres pays du Moyen Orient comme l’Irak, le Liban, la Terre Sainte, de très anciennes communautés chrétiennes risquent même de disparaître.

Les Émirats arabes unis sont une fédération de sept émirats: Abou Dabi, Ajman, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah, Charjah et Oumm al Qaïwaïn, situés au centre de la côte orientale de la péninsule arabique. La capitale est Abou Dabi. L’islam est la religion officielle, à laquelle appartient la quasi-totalité des citoyens. Mais les immigrés sont beaucoup plus nombreux que les nationaux. Sur plus de 4 millions d’habitants, 70 % sont des étrangers. Ils sont originaires d’autres pays arabes, du Pakistan, d’Inde, du Bengladesh, des Philippines. Plus de la moitié de ces travailleurs étrangers sont chrétiens. Et pas seulement dans le pays. On estime qu’en Arabie Saoudite aussi, les catholiques originaires des Philippines atteignent déjà le million.

L’Église cachée des Émirats arabes unis

Les chrétiens présents aux Émirats arabes unis représentent environ 35 % de la population, avec un total de fidèles supérieur à un million, majoritairement catholiques. Ce sont tous des travailleurs immigrés. Beaucoup d’entre eux habitent dans des banlieues mal reliées aux villes. Il leur est donc difficile de fréquenter de manière régulière les lieux de culte officiels. C’est le cas de milliers d’Indiens qui travaillent sur des chantiers de construction de Dubaï et qui sont logés dans la plus grande cité-dortoir d’Asie. Selon des estimations non officielles, elle abriterait une population de quelque 300 000 ouvriers. Il en va de même pour les immigrés employés dans l’industrie pétrolière, disséminés dans des villages-oasis perdus dans le désert.

Il y a aussi le problème des employées de maison philippines qui, faute de temps libre ou d’argent pour payer le transport, restent bloquées sur leur lieu de travail. La prière organisée en petits groupes, homogènes par leur langue et leur origine et rassemblés dans des lieux privés – appartements, dortoirs, dépôts – devient dès lors un aspect fondamental et très répandu de l’expression religieuse des communautés catholiques. Il s’agit d’un moment de rencontre nécessaire mais risqué en raison des règles fixées par les autorités locales. Celles-ci n’accordent la liberté de culte que dans des lieux officiellement reconnus, tels que les édifices paroissiaux présents sur le territoire. Dans ce contexte, les groupes charismatiques d’origine indienne ou philippine jouent un rôle important dans les initiatives destinées à soutenir les immigrés qui vivent dans les conditions les plus difficiles. Souvent, ces groupes ne se limitent pas à des initiatives d’ordre religieux mais proposent aussi des services d’assistance.

L’immigration vers les Émirats arabes unis est un phénomène assez récent. Il est lié aux richesses pétrolières de la région. Dans les années 50 et 60, lorsque les revenus pétroliers ont commencé à apporter la prospérité et le progrès, le développement du pays a rendu l’emploi de main-d’œuvre étrangère nécessaire, qu’elle soit spécialisée ou non.

À l’heure actuelle, les Émirats connaissent une phase de modernisation sans égale dans le monde. Les pétrodollars sont réinvestis dans des structures et infrastructures avant-gardistes. La bourse de Dubaï prend une importance mondiale et son port compte parmi les plus fréquentés au monde. Les Emirats, ce sont aussi des îles artificielles en forme de palmiers, des pistes de ski en plein désert, des hôtels aux formes les plus improbables et toute une série de constructions excentriques – comme la tour Burj Dubaï, en voie d’achèvement, qui devrait être l’édifice le plus haut du monde. Voilà quelques exemples seulement des "merveilles" avec lesquelles les émirs locaux cherchent à ébahir le monde et attirer les investisseurs étrangers, qui trouvent ici des conditions d’investissement favorables et un coût du travail très bas.

Les immigrés représentent 90 % des presque deux millions de travailleurs présents aux Emirats Arabes Unis. Un pourcentage qui atteint les 100 % lorsqu’il s’agit de travailleurs à bas coût. De fait, pour les arabes locaux, la pauvreté est un concept inconnu –
pour les plus jeunes – ou un souvenir estompé du passé. Le manque d’encouragements à la réalisation professionnelle et économique – garantie dès la naissance – est même en train de démotiver la classe dirigeante du pays, avec le risque de la rendre inapte à affronter les défis imposés par la mondialisation.

Le terme même d’« immigré » est trop vague pour définir la réalité de ceux qui travaillent aujourd’hui à changer le visage du Golfe. Le véritable statut de ces travailleurs – même ceux qui vivent désormais depuis de nombreuses années aux Emirats – est celui d’« expat­riés », c’est-à-dire de personnes dont la présence sur le territoire est liée uniquement à la possession d’un contrat de travail en règle. Cependant, ils ne pourront jamais devenir résidents ou encore acheter des maisons ou des terrains dans le pays. Leur destin est lié aux décisions de leurs employeurs, qui gardent souvent leur passeport en otage, par crainte de fuites ou d’actes d’insubordination. Les utilisateurs de cette main-d’œuvre sont liés à l’industrie pétrolière et, plus récemment, au bâtiment et à l’aide à domicile.

Ce sont eux les nouveaux pauvres de Dubaï et de ses alentours. Leur salaire mensuel dépasse difficilement les 150 euros. Ils travaillent en moyenne de 10 à 12 heures par jour, six jours sur sept, à des températures qui peuvent atteindre les 50° centigrades. Ils vivent dans des banlieues-dortoirs grandes comme des villes, mais totalement privées de services. Semblables à d’énormes casernes, ces villages sont peuplés par des hommes seuls, pour qui la famille n’est qu’un lointain souvenir. Ils la rejoignent périodiquement par un mandat postal qui permettra aux plus chanceux d’envoyer leurs enfants à l’école ou de payer les dettes d’une famille trop pauvre. Le meilleur avenir pour les recrues de cette armée de manœuvres, c’est de pouvoir vivre leur vie professionnelle sur les chantiers du Golfe, avec de brèves visites à ceux qui leur sont chers, tous les deux ou trois ans.

Il peut paraître paradoxal de parler de pauvreté dans un pays qui connaît une croissance économique très rapide et qui vise à devenir, selon l’ambition de ses gouvernants, un des plus importants pôles d’art contemporain, avec l’ouverture de musées et d’espaces d’exposition. En fait, c’est une réalité particulièrement difficile à comprendre et à accepter pour l’observateur extérieur, à cause justement de l’opulence exagérée qui l’entoure.

Mais ces aspects aussi doivent être pris en compte pour chercher à comprendre la réalité des Emirats aujourd’hui. Une terre de forts contrastes, où la tradition et la modernité se heurtent dans une fusion unique, surprenante, dramatique et contradictoire, entre Orient et Occident.

Source : Avvenire (quotidien de la conférence
des évêques catholiques d’Italie), 19 août 2007


 

_____________________________________________________________________________________________

UN MUNICH DE L’ESPRIT

Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur, No 2263, 20 mars 2008

La passivité de l’Occident devant la persécution
des chrétiens d’Orient, une de ses plus grandes lâchetés
 


 

Parmi les catastrophes engendrées par l’invasion américaine de l’Irak en 2003 figurera en bonne place aux yeux de l’Histoire la quasi-éradication des Églises chrétiennes du pays. Et parmi les grandes lâchetés dont l’Occident, notamment européen, se sera rendu coupable à notre époque, figurera sans aucun doute sa passivité devant l’événement.

Les communautés chrétiennes d’Orient sont sur place depuis deux mille ans. Elles étaient là avant l’Islam; cette terre n’est pas une «terre d’Islam» comme disent les fanatiques. C’est la terre du pluralisme religieux. Les communautés chrétiennes minoritaires ont survécu à toutes les invasions, à tous les changements de régime dans l’une des régions les plus troublées du monde. Longtemps, elles ont vécu en bonne intelligence avec les musulmans. Si détestable que fût le régime de Saddam Hussein, il respectait leur existence et, à l’occasion, les protégeait.

Mais partout où la foi musulmane s’est substituée au nationalisme comme élément fédérateur de la population, la place des chrétiens est contestée et une véritable persécution s’abat sur eux. Si nous acceptons comme allant de soi « l’antithèse Orient musulman – Occident chrétien », alors « les chrétiens d’Orient sont l’angle mort de notre vision du monde », déclarait Régis Debray à La Croix (16 novembre 2007) à l’occasion d’un colloque qu’il avait organisé à Paris sur « L’avenir des chrétiens d’Orient ». Depuis il a proposé aux autorités françaises la création d’un observatoire du pluralisme en Orient. En vain. Jacques Chirac était sensible au problème; Nicolas Sarkozy l’est apparemment beaucoup moins, malgré ses déclarations sur l’importance du fait religieux.

Or la situation sur place ne cesse de s’aggraver : enlèvements, meurtres, incendies d’églises, tentatives d’imposition du voile et de la charia. Les différentes communautés chrétiennes, parmi lesquelles une majorité de catholiques chaldéens, fondent de jour en jour. Les chrétiens étaient environ un million en Irak dans les années 1980 ; il en reste à peine la moitié, le quart au dire des plus pessimistes. Dans la région de Mossoul, la moitié des chrétiens ont quitté les lieux. Certains se sont réfugiés en pays kurde, plus tolérant, ou en Jordanie. On a vu, en octobre 2006, un prêtre syriaque orthodoxe, père de quatre enfants, Paul Iskandar, décapité pour avoir refusé de se convertir à l’islam. Le 3 juin dernier, un prêtre de 31 ans a été mitraillé à sa sortie de l’église avec ses trois diacres (Le Figaro magazine, 12 janvier 2008). Alors que Pax Christi organise des « Pâques avec les chrétiens d’Orient » sur l’initiative de l’évêque de Troyes, Mgr Stenger, et que Jean d’Ormesson a lancé un appel : « N’abandonnons pas les chrétiens d’Irak », on apprend que l’évêque chaldéen de Mossoul, Mgr Paulos Faraj Rahho, qui avait été enlevé le 29 février dernier, a été retrouvé mort et enterré par ses ravisseurs. On ne saurait dire que la gravité de cet événement d’une barbarie extrême ait déchaîné l’indignation de la presse française.

Face à la terrible situation qui est aujourd’hui la leur, les chrétiens d’Irak se sentent abandonnés. Il faut donc affirmer d’abord que leur droit à vivre en Orient est égal à celui des musulmans à vivre en Occident ; ensuite, que l’existence des communautés chrétiennes d’Orient est une cause aussi juste, une obligation aussi ardente que celle de l’existence d’Israël dans cette même partie du monde ; enfin, que le consentement tacite des grandes puissances à la purification culturelle du Moyen-Orient au profit de l’islam est un véritable Munich de l’esprit, dont elles supporteront demain l’opprobre et le dommage. Avons-nous à ce point honte de nos origines que la persécution dont sont victimes les chrétiens dans une bonne trentaine de pays, dans le monde musulman, dans le monde hindouiste, dans le monde communiste nous laisse indifférents ? Que nous soyons sans réaction quand les coptes d’Egypte sont discriminés et parfois massacrés ? Ou quand un prêtre catholique est condamné en Algérie à deux ans de prison pour avoir fait sa prière en dehors des lieux de culte ? Si demain la défense de la liberté des chrétiens devait être le fait des seuls chrétiens, celle des Israéliens le fait des seuls juifs, celle des musulmans le fait des seuls fidèles, ce serait à désespérer de la laïcité, ce serait à désespérer des droits de l’homme.


 

_____________________________________________________________________________________________

La tragédie des chrétiens d’Irak

« Point de vue », Le Monde, 24 mars 2008


 

Mais que se passe-t-il ? Que nous arrive-t-il ? Pourquoi sommes-nous si sourds, si aveugles, si indifférents au sort des chrétiens irakiens ? Notre société si prompte à commémorer les crimes d’hier n’a-t-elle rien à dire pour les crimes du jour ? Ou bien notre silence serait-il le reflet de notre perplexité pour cet Orient compliqué où il n’y aurait que des Arabes et des Persans qui s’entre-tuent depuis la nuit des temps ?

Serait-ce la spécificité des victimes – des chrétiens – qui explique notre désintérêt ? Défendre un chrétien, cela sent sa croisade ou sa guerre des civilisations. D’autant qu’en Irak, tout le monde souffre : chiites, sunnites, Kurdes, Turkmènes… Dans cette mosaïque de désolation, les chrétiens sont moins de 3% ! Rien ou presque au regard des grands enjeux géopolitiques ? Soyons sérieux. Si notre ferveur pour la commémoration ne nous oblige pas devant le présent, elle n’est que comédie. Si nous baissons les bras devant la complexité du Moyen-Orient, alors nous nous condamnons à vivre dans un monde sans horizon, borné par notre courte vue. Ou peut-être pensons-nous que les Etats-Unis, qui se sont lancés dans cette guerre (presque) seuls et contre tous, doivent assumer les conséquences de leur choix déraisonnable : à eux de trouver les solutions pour que tous les Irakiens puissent vivre enfin en paix et en sécurité. La France n’a rien à voir avec le bourbier irakien. Et puis nous avons tant à faire : chez nous d’abord, en Afrique ensuite…

Mais voilà ! Les chrétiens irakiens frappent à notre porte, nous appellent à l’aide, sollicitent notre attention, notre bienveillance, notre amitié, notre soutien, notre solidarité. Et ils le font, ces ignorants, ces innocents… auprès de nous, chrétiens de France, et au-delà peuple de France, et au-delà encore peuples d’Europe. Allez en Irak, rendez-vous au Kurdistan, arrêtez-vous chez les réfugiés irakiens au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Turquie, écoutez-les ! Vous verrez : nous y sommes attendus, reçus, acclamés. La délégation conduite par Pax Christi en février en a fait l’expérience : des villages entiers se retrouvaient sur la place, dans leurs églises.

Ils applaudissaient cette première délégation de chrétiens étrangers venus leur rendre visite depuis mars 2003. Partout, le même accueil, la même joie et le même cri. On nous intimide, on nous menace, on nous rançonne, on nous enlève, on nous tue parce que nous sommes chrétiens : « Vous êtres des cafards, des traîtr
es, des impies ! » ; « Convertissez-vous ou partez ! » 
, « Le Coran ou la mort ! », tous les témoignages convergent. Des fondamentalistes musulmans, pour des raisons qui mêlent une perception dévoyée de la religion et de la politique et le crime organisé, sont responsables d’une épuration ethnico-religieuse. Le gouvernement irakien, les forces alliées se révèlent impuissantes face à cette tragédie humaine.

Pourtant, l’affaire est grave : la moitié des chrétiens, estimés à 700 000 avant la guerre, ont quitté leur domicile, 187 000 se sont réfugiés dans les pays voisins. Ceux qui restent risquent tous les jours leur vie. Personne n’est épargné : enfants, femmes, vieillards, laïcs et religieux. On ne compte plus les églises touchées par des attentats à la voiture piégée. La faculté de théologie, de philosophie et le séminaire de Bagdad ont été déplacés à Erbil, au Kurdistan. Le séminaire de Mossoul est fermé. Plus de 20 000 familles déplacées ont trouvé refuge au Kurdistan.

Cette explosion de haine est une tragédie pour le christianisme oriental présent sur ces terres depuis le Ier siècle de notre ère, dépositaire d’une richesse inouïe sur le plan spirituel, liturgique, intellectuel, gardien de traditions multiséculaires. C’est la trace du christianisme des premiers temps qui disparaît entre le Tigre et l’Euphrate. C’est aussi une perte effarante pour le christianisme occidental. Les mafias politico-islamistes sont en train d’arracher le poumon gauche de l’Eglise universelle. Sans l’Orient, le christianisme est amputé de sa plus profonde et plus durable source évangélique et biblique.

Mais ce n’est pas tout. Le sort des chrétiens orientaux concerne aussi le monde musulman. La perte de cette minorité serait une catastrophe pour l’islam. Elle le condamnerait à un entre-soi suicidaire. Si par malheur le projet des fondamentalistes aboutissait, quel témoignage de tolérance, de fraternité, de paix serait encore donné ? En 1860, Abd El-Kader s’était levé à Damas contre les extrémistes qui voulaient en finir avec les chrétiens. Qui, dans le monde musulman, se lèvera pour renouveler ce beau geste ? L’islam, religion de la paix et de la tolérance, peut-il accepter que l’on tue des hommes, des chrétiens en son nom ? Fort heureusement, un message, comme celui du prince de Jordanie Hassan Bin Talal, longtemps président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, invitant les musulmans du monde entier à dire leur amitié aux chrétiens d’Irak et leur soutien à l’archevêque enlevé et depuis assassiné à Mossoul, nous laisse remplis d’espoir.

Enfin, ce n’est pas le moins important, ce drame a aussi une répercussion universelle. La fin des chrétiens d’Irak, et demain peut-être de ceux du Liban, de Palestine, de Syrie ou d’Egypte, signifierait que le dialogue des cultures n’est plus possible, que les communautarismes ethniques et religieux l’emportent sur l’universalisme, que le vivre-ensemble mondial dans la diversité de nos civilisations que, croyants et incroyants, nous essayons de construire, n’est qu’un leurre. Chrétiens, juifs, musulmans, hommes de bonne volonté, nous n’avons pas le droit de nous taire.

Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France ; Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, section française ; Jean-Claude Petit, vice-président de la Fédération française de la presse catholique et président du réseau chrétien de la Méditerranée ; Laurent Larcher, journaliste à La Croix et membre de la délégation de Pax Christi en Irak.


 

PRIÈRE DE SHÉNOUTÉ

Shénouté (c. 348-466) fut un maître de vie
monastique et le plus célèbre écrivain copte.

Ô Dieu, protège-moi en tous temps dans les travaux,
dans les paroles et dans la pensée de mon cœur.
Ô Dieu, aie pitié de moi en ce monde comme dans l’autre monde à venir.Ô Dieu, aie pitié de moi car, mortel,
j’ai péché contre toi, mais toi, pardonne-moi, ô Maître doux et bon.
Ô Dieu, ne m’emplis pas de crainte
et ne me trouble pas à l’heure où l’âme quitte le corps.
Ô Dieu, ne me réprimande pas dans ta colère
et ne me punis pas dans ton courroux.
Ô Dieu, ne t’irrite pas contre moi,
selon le salaire de mes péchés et de mes actions mauvaises.
Ô Dieu, ne me dérobe pas ton visage quand je comparaîtrai devant toi
et ne détourne pas de moi ta face
au jour que tu jugeras les actions connues et les actions cachées des hommes.
Ô Dieu, ton Verbe s’est fait chair, il a été crucifié pour moi,
il est mort, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour.
Tiens-moi fortement lié à toi pour que les esprits mauvais
ne l’emportent sur moi et ne m’arrachent de tes mains.
Ô Dieu, ne me laisse pas succomber aux coups de la perfidie,
ne permets pas que l’Adversaire trouve en moi rien qui soit son bien.
Ô Dieu, que toute pensée de péché trouve mon cœur
comme un glaive aiguisé afin que je puisse la chasser de mon cœur.
Ô Dieu, qui as parlé à la mer et la mer s’est apaisée,
chasse les passions mauvaises de ma nature pécheresse,
afin que soit éteint le péché et qu’il disparaisse de tous mes membres.
Ô Dieu, accorde-moi pour toujours un cœur pur
avec la foi orthodoxe dans les siècles des siècles. Amen.

_____________________________________________________________________________________________

POUR ALLER PLUS LOIN

Deux revues : Proche-Orient chrétien (Pères Blancs de Sainte-Anne à Jérusalem et l’université Saint-Joseph de Beyrouth) ; et Chrono ,(revue historique de l’université de Balamand au Liban).Billioud, Jean-Michel, Histoire des chrétiens d’Orient, Harmattan, 1995. 251 p.Corbon, Jean, L’Église des Arabes, Cerf, 1977 ; réédition 2008. 247 p. Dalrymple, William, Dans l’ombre de Byzance : sur les traces des chrétiens d’Orient,éditions Noir sur blanc, c.2002. 492 p.Khodre, Georges, Et si l’enfance m’était conté, Cerf/Le sel de la terre, 1997.Khodre, Georges, L’Appel de l’Esprit :Église et société, Cerf/Le Sel de la terre, 2001. 344 p.Matta el-Maskîne, Prière, Esprit Saint et unité chrétienne, Bellefontaine (SO 48), 1990. 212 p. ; La Communion d’amour, Bellefontaine (SO 55), 1992/2007. 299 p. ; L’Expérience de Dieu dans la vie de prière, Bellefontaine (SO 71), 1997. 374 p.Matta el-Maskîne, La nouvelle création de l’homme, Bellefontaine (SO 74), 1998. 171 p. Pacini, Andrea, Les communautés chrétiennes dans le monde musulman arabe, Proche Orient chrétien, 1997. 415 p.Sauvage, Pascal, « Itinéraire d’un pèlerinage : hommage à Sa Sainteté le Pape Shenouda III », Revue Le Chemin, No 59, 2003.Taleb, Mohammed, « Enjeux et perspectives de la théologie arabe chrétienne de la libération » in : Théologies de la libération, Centre Tricontinental/L’Harmattan, 2000.Valognes, Jean-Pierre, Vie et mort des chrétiens d’Orient. Des origines à nos jours, Fayard, 1994.Aux Pages Orthodoxes La Transfiguration :La tiédeur spirituelle par S.S. Shedouda III La prière pour les autres par le père Matta el-Maskîne

Bulletin Lumière du Thabor No 14, décembre 2003 : « Les Églises orthodoxes orientales »


Matta el-Maskine :

Un Père du désert de notre temps


 

Youssef Iskandar est né le 1er novembre 1919 dans une famille copte aisée à quelque 50 kilomètres au nord du Caire. Ses études primaires et secondaires terminées, il entre à l’université Fouad au Caire et obtient son diplôme de pharmacien en 1944. En 1948, il est déjà propriétaire de deux pharmacies, roule voiture et voit la vie facile et mondaine qu’il peut mener.

C’est à ce moment, ayant entendu l’appel du Seigneur, qu’il vend tout et part pour se mettre à la suite du Christ. Le 10 août 1948, il entre à Deir Anba Samuel el Amer (monastère de saint Samuel le Confesseur), petit et pauvre monastère au sud du Caire. Là il s’adonne à l’étude de l’Évangile et à la prière. En 1950, il quitte ce monastère pour vivre en ermite dans le désert de Wadi el Rayyan. Mais sa santé se détériore suite aux longues veilles e
t aux privations, et en 1951 il gagne Deir el-Souryan (monastère des Syriens), à Wadi-Natroun, l’ancien désert de Scété.

Quelque temps après son arrivée, il est ordonné prêtre – certains disent, contre son gré – et prend le nom de Matta el-Maskîne (Matthieu le Pauvre). Il vit en solitaire en dehors des murs du monastère, comme cela se faisait couramment, revenant au monastère pour des prières communes. En 1953, abouna Matta devient le père spirituel du monastère et en 1954 le pape Anba Yousab II le nomme adjoint à la paroisse d’Alexandrie et lui donne le rang d’higoumène ; il y reste pendant deux ans.

Au début de 1955 le père Matta, préférant la sérénité de la vie dans le désert, retourne d’abord à Deir el-Souryan puis l’année suivante, accompagné de quelques disciples, à Anba Samuel, recherchant une plus grande solitude. En 1959, il revient à el-Souryan sur instruction du nouveau patriarche, le pape Cyrille VI, mais il préfère vivre au-delà des clôtures du monastère, afin de préserver le monachisme dans sa forme la plus pure. En 1960, il part pour le désert de Wadi el-Rayyan avec onze disciples ; ils y resteront jusqu’en 1969. Pendant cette période de dix ans, les moines vivent au désert dans des grottes, naturelles ou creusées de leurs propres mains, comme au temps des anciens Pères du désert.

En 1969, le pape Cyrille VI nomme le père Matta responsable du monastère de saint Macaire (Deir Makaryos ou Abu-Maqar) à Wadi-Natroun et l’envoie avec douze moines pour relancer ce monastère du IVe siècle, délabré et où il ne reste que quelques moines âgés. Matta et ses compagnons prennent soin de ces moines et reconstruisent le monastère « avec pour seuls biens nos habits noirs et nos sandales », disaient-ils. En six ans à peine, la superficie du monastère s’agrandie de six fois. Dès l’arrivée du père Matta, un grand renouveau se produit dans l’esprit de la communauté et le nombre de moines augmente constamment : 30 en 1971, 80 en 1980, 130 en 2006.

Le père Matta a écrit de très nombreux livres et articles : sur la prière et la vie de prière, l’Eucharistie, saint Paul, saint Antoine, saint Macaire, saint Athanase, le monachisme, des commentaires sur la Bible… Les éditions de Bellefontaine ont publiés : Prière, Esprit Saint et unité chrétienne ; La Communion d’amour ; L’Expérience de Dieu dans la vie de prière ; La nouvelle création de l’homme (tous chez Bellefontaine).

Le père Matta el-Maskîne s’est endormi dans le Seigneur le 8 juin 2006, à l’âge de 87 ans. Il est enterré dans une grotte creusée dans la roche à l’écart du monastère Deir Makaryos.


 

_____________________________________________________________________________________________

UN SEUL CHRIST

ET UNE SEULE ÉGLISE UNIVERSELLE

par le père Matta El-Maskîne


 

Dans une époque comme la nôtre, entachée d’esprit sectaire, nous avons vite fait de penser que les mots du Credo : « Nous croyons en une seule Église universelle » se réfèrent au type d’unité qu’on trouve dans la confession (ou la communauté) à laquelle appartient tel ou tel chrétien, qu’il soit orthodoxe, catholique romain ou protestant.

Le concept d’universalité est influencé par celui d’une unité marquée de sectarisme. Un croyant orthodoxe affirmera que l’unité de l’Église réside purement et simplement dans l’orthodoxie et que l’universalité n’englobe que les orthodoxes qui se trouvent dans le monde entier. Un catholique et un protestant feront pour leur part des affirmations similaires. Ainsi chaque chrétien se forge une idée théologique de la nature de l’Église telle que son unité semble enfermée dans les frontières de sa propre confession, et que son universalité n’est plus alors qu’un aspect spatial de l’Église, dans les limites définies par le dogme.

Une vision aussi étroite qui s’accroche fanatiquement à des habitudes mentales et à l’esprit de clocher fait perdre de vue la réalité de la nature infinie de l’Église, qui dépasse aussi bien la pensée de l’homme que tout son univers terrestre.

L’Église est bien plus grande que l’homme ! Elle est même plus grande que les cieux et la terre, car l’homme n’a jamais rempli l’Église et ne la remplira jamais, même si le monde entier avec toutes ses structures, toutes ses croyances passées et futures était sauvé. Car le seul qui remplit l’Église, c’est le Christ. Car il est lui-même la plénitude parfaite qui seule peut remplir tout en tout (Ep 1,23): l’homme, son intelligence, le temps et l’espace ! Le monde entier, les cieux et la terre ne peuvent contenir l’Église. Tout au contraire, c’est l’Église qui contient largement la terre et les cieux de l’homme. L’Église est la nouvelle création (2 Co 5,17), le ciel nouveau et la terre nouvelle (Ap 21,1), l’homme nouveau (Ép 4,24). Les cieux anciens
et la terre ancienne sont engloutis dans la nouvelle création, comme s’ils n’existaient plus (bien qu’ils existent encore). De même la mort est engloutie (1 Co 15,54) dans la vie, de sorte qu’elle ne domine plus; et ce qui est corruptible est englouti dans ce qui est incorruptible. Tout devient nouveau, vivant, éternel et pur. Le nouveau ici, c’est ce qui appartient au TOUT INALTÉRABLE ET INFINI, tandis que l’ancien est ce qui est partiel, qui périt nécessairement, à cause de sa nature essentiellement changeante.

Aussi l’Église, de par son caractère universel, est-elle plus grande que l’homme, que ses concepts, ses structures et ses dogmes ; plus grande que le monde, avec ses immenses virtualités, que la terre avec toute son entropie, que tous les événements temporels du premier jusqu’au dernier.

L’Église est la nouvelle Totalité. Cet aspect de totalité, ici, lui vient de la nature du Christ – dont l’Église a été formée – car par l’Incarnation cette nature inclut tout ce qui appartient à l’homme et à Dieu.

L’Église est donc « totale », ou en d’autres termes « universelle », « catholique », dans la mesure où elle recueille ensemble, dans le Corps du Christ qui la remplit, tout ce qui appartient à l’homme et tout ce qui appartient à Dieu, en une unique entité, à la fois visible et invisible, finie et infinie, une existence limitée par le temps et l’espace en même temps qu’éternelle et surnaturelle.

Le mot « catholique » vient du grec kaq (selon) et loz (tout). Littéralement, il signifie « totalité ». Il s’agit ici d’une « totalité » ultime, qui transcende toute existence finie. C’est une totalité inaltérable, infinie, infrangible. C’est une totalité indéfectiblement UNE, comme la nature même du Christ, sans division, sans confusion et sans changement.

Telle est l’Église, semblable en tout au Christ. De même que le Christ est un en sa personne ; de même que, de par sa nature, il embrasse tout dans son existence qui est à la fois temporelle et éternelle, localisée et dépassant l’espace, de même l’Église est à la fois une et universelle. Quiconque se trouve dans l’Église est nécessairement « un » et doit être « un » en raison de la catholicité de l’Église, autrement dit, en raison de sa capacité divine, reçue du Christ, d’unir l’homme tout entier en Dieu. Qui est en Christ est de Dieu et est « un » en Dieu.

L’Église réalise cette catholicité par les sacrements, car, par les sacrements, tous les fidèles sont unis entre eux, unis dans le corps mystique du Christ, devenant ainsi tous ensemble un seul corps et un seul esprit, accédant ainsi à la nature de l’Église une et universelle. Le Corps du Christ dans l’Église est le secret de sa catholicité ; sa personne unique est le secret de son unicité.

Si les fidèles dans l’Église ne parviennent pas à l’unité de cœur et d’esprit par la communion au Corps unique, s’ils ne parviennent pas à l’amour unifiant que dispense la personne du Christ qui règne sur tout, les sacrements ne représentent plus que des rites formels et c’est cela qui prépare la discorde intellectuelle et dogmatique. Le formalisme sacramentel ou dogmatique est incompatible avec la réalité du Corps unique et qui contient tout, qui donne la vie à tous ceux qui s’en nourrissent et les fait devenir « un » en lui. Dans l’Église, le Corps du Christ est source de vie et d’unification. Il est vivant et vivifiant, il est capable de faire tomber toutes sortes de barrières créées par le temps et l’espace, par l’intellect et les instincts de l’homme, qu’il s’agisse de barrières sociales (il n’y a plus en Christ ni esclave, ni homme libre), raciales ou culturelles (ni Juif, ni Grec, ni barbare), sexuelles (ni homme, ni femme (Ga 3,28)). Le corps mystique du Christ est dans l’Église source de la puissance qui la rend capable de tout rassembler et unir dans sa propre nature catholique et unique.

L’Église est la nouvelle création. Adam était la « tête » de la première création humaine, l’être unique dont étaient issus les peuples, les races, les classes, les individus de l’humanité. Ainsi le Christ, devenu le second Adam, est la « tête » de la nouvelle création humaine, l’être unique dont est issu l’homme nouveau, comme une race unique élue (la race divine du Christ), comme un peuple justifié (peuple rassemblé par la justice du Christ, non par sa propre justice), comme une nation sainte (1 P 2,9), née du saint baptême et non du sein d’une femme.

Le grand secret de la capacité du Christ à unifier races et peuples, à abolir toutes les barrières qui séparent les humains (et à réaliser l’universalité de l’Église), c’est qu’il est Dieu incarné, à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme. La divinité du Christ a permis à son humanité de dépasser tout racisme, tout nationalisme, tout particularisme, tout péché et toute mort. Parce que le Christ était Fils de Dieu, il a pu rassembler l’humanité dans une filiation unique à l’égard de Dieu. Aussi, quiconque participe à la chair du Christ voit se dissoudre en lui toutes sortes de barrières, en même temps que le péché et la mort. Il est ainsi rendu « un » avec tout homme; il devient un homme nouveau, une nouvelle créature purifiée à l’image du Christ et, par conséquent, fils de Dieu à l’intérieur de l’unique filiation du Christ. Si donc l’Église est catholique, c’est en dépendance de la chair divine du Christ en tant que celle-ci a le pouvoir de rassembler l’humanité, de l’unifier en une unique filiation à l’é
gard de Dieu.

La catholicité de l’Église est celle du Christ. C’est la nature du Christ qui opère, elle qui peut réunir tout à la fois l’homme avec Dieu et l’homme avec l’homme. En d’autres termes, l’Église, en raison de sa catholicité, s’oppose à toute discrimination, à toute division, à tout repliement sur soi et même à tout ce qui provoque la division, d’où qu’elle vienne, que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur de l’homme.

Les couleurs, les races, les peuples divisés, le Christ ne les rassemble pas seulement en une seule façon de penser et en une seule foi, il les rassemble en un seul Corps au sens fort du terme, avec tout ce que cela comporte d’intimité, de compréhension et d’amour. Aussi, l’Église, qui est son Corps mystique par le baptême et l’eucharistie, se trouve être le point de rencontre de toute l’humanité, le seul point de rencontre pour tous les peuples, les nations, les races, les langages, les sensibilités, celle qui dissout toutes les barrières et les désaccords. Ainsi tous deviennent un seul grand corps pur, un seul esprit d’intimité et d’amour, un seul homme réconcilié qui a pour tête le Christ, qui assume tout ce que chaque race, chaque peuple, chaque couleur, chaque langage possède comme privilèges et comme talents, mais sans que cela entraîne division, ni dispute ou discrimination. Voilà exactement ce que signifie la « catholicité » de l’Église.

Pourquoi alors l’Église n’a-t-elle pas encore pleinement réalisé cette catholicité – ou plutôt pourquoi ne vit-elle pas encore pleinement dans le monde selon sa nature catholique, qui devrait être l’essence de sa vie en Christ, la manifestation de sa puissance, le secret de sa perfection, de son intégrité divine ? La raison est simple et évidente. Elle n’a pas encore perçu ses concepts divins dans leur pureté, dans leur dimension surnaturelle qui dépasse toute logique et toute intelligence humaines.

Autrement dit ses concepts sont encore liés à des interprétations, à des raisonnements philosophiques qui l’empêchent de percevoir clairement « la nature catholique du Christ », son pouvoir transcendant de totale réconciliation, son pouvoir d’unifier les natures différentes d’une manière qui dépasse les capacités de chacune d’entre elles et qui ne se limite pas aux idées, aux principes et aux dogmes, pouvoir qui trouve sa source dans le pardon, dans la purification, la justification et même la sanctification de tout homme par le sang du Christ, qui peut racheter les péchés du monde entier. On pourrait dire que l’Église n’a pas encore découvert l’étendue du pouvoir inhérent au Sang du Christ, tout ce que peut opérer sa chair, la profondeur de son amour et de sa justice.

Il est évident que les définitions théologiques qui ont été à l’origine des schismes sont, en elles-mêmes, impeccables. Les problèmes se trouvent dans la manière de les interpréter et de les approfondir. Ici, l’homme a approché la nature divine de Dieu, simple et limpide, avec l’esprit et les pensées d’Adam, non ceux du Christ. Là les divisions sont une conséquence inévitable de la nature divisée d’Adam.

Les divisions, qui se manifestent dans la manière dont nous envisageons, dont nous percevons le Christ, n’ont rien à voir avec la personne du Christ, avec sa nature qui est universelle, mais elles résultent de la division qui a affecté la nature humaine, une nature blessée par le péché, empoisonnée par la haine, le soupçon, le malentendu, la vanité et les dissensions. Les schismes qui déchirent l’Église n’ont pas leur origine dans l’Église, mais dans l’incapacité de l’homme à percevoir, à saisir, à comprendre la réalité du Christ et de l’Église.

Nous voyons donc que, chaque fois que nous divergeons au sujet de la nature du Christ ou de l’Église, c’est un signe que nous avons envisagé les réalités divines, théologiques, avec un esprit humain, selon le vieil homme et par conséquent, en fait, de façon non théologique. Chacun des schismes qui est intervenu dans l’Église nous avertit qu’en ce point, l’homme a abordé les problèmes de l’Église de façon ethnocentrique, raciale (ce qui ne peut mener qu’à la division), au lieu de le faire dans un esprit d’Église, un esprit « catholique » (qui unit).

Ce n’est que pour l’homme vraiment nouveau, l’homme qui a la pensée du Christ, que le Christ sera Un, qu’il ne sera pas divisé (1 Co 1,13), ni source de division ou de discorde. Ce n’est que pour cet homme nouveau, qui a accueilli en profondeur la nature du Christ, que l’Église sera vraiment une dans le monde entier, unique et catholique, ouverte à tous, orthodoxe dans toute sa pensée, sans sectarisme ni germe de division.

Ce n’est que lorsque chacun renonce totalement à sa propre volonté que peut apparaître la seule volonté du Christ. Lorsque chacun renie ses passions, ses haines, soumet son corps et son esprit à l’œuvre de l’Esprit Saint, alors, et alors seulement, le Corps mystique du Christ est manifesté et agit au sein de l’Église pour rassembler les cœurs, les principes et les idées. Lorsque chacun soumet pour de bon sa vie au Christ, alors, et alors seulement, la vie du Christ se manifeste dans l’Église et l’Esprit Saint se répand en elle en plénitude.

Quand, à l’intérieur de l’Église, chaque personne se soumettra spirituellement à Dieu, avec fidélité et sincérité, par un vif repentir, quand chaque Église se soumettra ainsi d’une soumission spirituelle, fidèle, sincère, pleine d’un vif repentir, alors l’Église sera rendue Une par la grâce de Dieu
, les Églises s’uniront par la puissance de l’Esprit Saint et le Christ sera le seul berger de l’unique troupeau, le menant lui-même par son Esprit et devenant pour lui source de sa catholicité et de son unicité.

L’Église n’est-elle pas manifestation de l’Incarnation du Christ sur la terre, continuée à travers l’histoire ? En son sein, les fidèles forment la nouvelle nature humaine, glorifiée dans la personne du Christ, en qui elle est adoptée par Dieu.

Un seul Christ et une seule Église universelle

Comment le Christ sera-t-il manifesté dans l’Église, sinon par l’unité des pensées, des désirs et des volontés, par un même sentiment de l’unité profonde, humaine et spirituelle, qui existe entre les enfants du Dieu unique, ceux qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu (Jn 1,13) ?

Comment témoigner devant le monde que Dieu est un, sinon par l’unité de ceux qui sont nés de lui ? Comment le monde pourra-t-il croire que Jésus Christ est le Fils unique de Dieu, sinon dans la mesure où seront fils ensemble ceux qui croient en lui, dans la mesure où seront « un » ceux qui sont nés de Dieu par sa mort pour eux sur la croix et sa résurrection où il les entraîne, qui se sont maintenant unis à son corps, à son sang et à son Esprit, et qui, par conséquent, sont tous devenus membres d’un même Corps ?

N’est-il pas évident que l’universalité et l’unité de l’Église constituent toute la théologie, qu’elles sont la preuve de l’existence du Christ et de son action, la réalisation de la nouvelle naissance dans l’eau et le Saint Esprit, reçue du ciel par l’homme ?

Les déficiences que nous constatons dans les différentes Églises en ce qui concerne l’universalité et l’unité de l’Église exigent de nous, non que nous reconsidérions notre théologie, car notre théologie est correcte et fidèle, mais que nous nous mettions nous-mêmes en question à la lumière de cette théologie, pour que nous puissions corriger notre vision de Dieu, le seul Père de toute l’humanité, et notre vision du Christ, comme seul sauveur et seul rédempteur de tous ceux qui appellent son Nom (Ac 2,21; Rm 10,13), lui qui a ramené, sans discriminations, l’humanité entière à l’adoption filiale, pour que nous puissions enfin corriger notre amour pour l’homme, – pour tout homme – comme étant indiscutablement notre frère, quand bien même il nous manifesterait son hostilité et nous tendrait des pièges mortels.

Il ne faudrait pour autant pas perdre de vue que ce qui nous pousse à rechercher cette catholicité et cette unité de l’Église, ce n’est pas simplement un zèle théologique, ou l’idéalisme, ni même un remords de conscience. Ce doit être notre foi, notre amour, c’est-à-dire la nouveauté de notre nouvelle naissance, qui vient du ciel et que nous ne pouvons réellement vivre en dehors de la catholicité et de l’unité de l’Église.

L’homme nouveau ne peut aucunement vivre comme « une partie » séparée des autres parties, encore moins dans l’hostilité ou la haine à leur égard. L’homme nouveau ne peut être qu’un « Tout », il ne peut être que « Un », car il est d’une nature catholique et d’un Père qui est Un. La nouvelle nature une reçue à la naissance par chacun dans l’Église est celle qui fait que tous sont Un (Ga 3,28 et Jn 17,21) par la grâce et l’Esprit. L’amour impose son autorité divine et universelle. L’unique paternité du Père imprègne ceux qui sont nés de lui, à l’image du Christ, le Fils unique.

L’Église est donc catholique parce qu’elle est le Corps du Christ immolé par amour pour le monde ENTIER, qui rassemble en lui toutes choses (Ép 1,10).

L’Église est une parce qu’elle est la demeure qu’on ne peut briser, celle du Père.

Et maintenant, nous attendons avec une grande impatience, dans la prière et les larmes, avec la sensibilité de l’homme nouveau, que se réalisent la catholicité et l’unité de l’Église dans le monde entier.

Article publié en arabe en 1972,
dans la revue
Al-Nour
(La Lumière), éditée au Liban
par le Mouvement de la jeunesse orthodoxe (MJO).


 

_____________________________________________________________________________________________

LA PRIÈRE, ACCÈS AUPRÈS DU PÈRE

par le père Matta El-Maskîne


 

Nous avons beau parler de la prière, nous restons toujours en deçà de ce que fournit l’expérience.

La prière nécessite l’expérience.

La prière est essentiellement l’expérience de la présence divine.

En dehors de cette expérience de Dieu, il n’y a pas de prière.

Il nous faut savoir que le droit d’accès à la présence divine nous a été octroyé par l’accès du Christ auprès du Père, par cette voie qu’il a inaugurée le jour de sa crucifixion et qu’il a ouverte par sa résurrection et son ascension, voie récente et vivante à travers son corps, identifié au voile qui séparait dans le temple les choses de Dieu du domaine des hommes (cf. Hé 10,19s).

Or, ce voile a été fendu par la main de Dieu, « depuis le haut jusqu’en bas » (Mt 27,51), là où nous nous trouvions, et la vie a déferlé vers nous, la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée (1 Jn 1, 2). Désormais, par son Corps, nous avons une secrète puissance d’ascension, et par son Sang précieux, nous avons accès au sanctuaire d’en haut.

Et l’Esprit du Fils nous présente au Père, témoignant de notre filiation et élevant en nous, et par nous, des gémissements (Rm 8,26) connus de ceux qui en ont l’expérience, gémissements chaleureux et ardents qui enflamment le corps tout entier, au point que l’homme perd le sentiment de son incapacité et de sa finitude, et se trouve sur le point de s’envoler, libéré de sa pesanteur due à ses fautes qui l’attachaient durement à ce monde terrestre.

Aussi n’est-ce pas sans raison que les saints qui en ont fait l’expérience disent que la prière puissante confère à l’homme des ailes par lesquelles il prend son envol (cf. saint Antoine, Lettre XVIII, 2 ; Jean Colobos 14 dans Regnault, Les Sentences des Pères du désert, p. 126) ; saint Macaire, Homélies spirituelles, 5,25).

Ces ailes ne sont en réalité que le sentiment d’euphorie que provoque la proximité du Christ, avec la certitude d’être libérés des fautes qui pesaient sur notre conscience et nous empêchaient de jouir de notre prière.

Au contact de l’Esprit, la prière ardente procure, dans l’instant, une expérience de mort au péché, de résurrection par l’Esprit, d’ascension secrète, partielle et ponctuelle, suivie de l’accès auprès du Père, avec l’assurance de celui qui nous présente à son propre Père, marqués par son sang, entièrement enveloppés de sa grâce qui ne laisse rien voir de notre iniquité.

Ce que nous dit saint Paul de l’accès auprès du Père (cf. Ép 3,12 ; Hé 10,19-20) n’est pas la réaction spirituelle particulière d’un apôtre choisi par le Seigneur, gratifié du privilège de s’approcher et de contempler l’essence invisible; mais c’est plutôt l’héritage du Fils unique, distribué à tous les fils, avec l’abondance « d’une bonne mesure, tassée, secouée, débordant » (cf. Lc 6,38).

Ce qu’a vécu saint Paul nous a été accordé ; nous l’attestons, et notre conscience en témoigne ; et nous avons à l’appui le témoignage du disciple que Jésus aimait : « Et notre communion à nous est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jn 1,3), communion de vie et d’amour dans la chaude prière de l’Esprit qui nous prend dans sa mouvance pour supprimer, un moment, notre opacité en vue de nous faire sentir, toucher et voir ce qui est invisible.

Telle est la joie qui a rempli le cœur du disciple bien-aimé et qu’il a voulu nous communiquer pour parfaire notre participation au riche héritage du Bien-aimé.

Extrait de L’expérience de Dieu dans la vie de prière
par le père Matta El-Maskîne, (SO 71), Bellefontaine
(L’auteur a écrit cet épilogue après un recul de plus de
quarante ans, à l’occasion de la 7e édition arabe
de
La vie de prière orthodoxe
,
éditions de Saint-Macaire, 1995.)


 

_____________________________________________________________________________________________

L’ACTION SPIRITUELLE

par le père Matta El-Maskîne

À l’origine une exhortation orale adressée à la communauté des moines du monastère Saint-Macaire (Wadi El-Natroun, désert de Scété), ce texte a été repris par la suite et édité par le monastère dans le but de l’édification spirituelle des moines et des laïcs. Trad. Raymond Bochra.


 

Notre cheminement s’établit sur un fondement qui demande à être dégagé aussi bien pour les débutants que pour ceux qui déjà se sont décidés à poursuivre cette marche jusqu’au bout. Ce fondement, c’est la découverte d’un réel et ardent amour envers Dieu ; une foi dépourvue de toute sollicitude en dehors de Dieu seul ; un tranquille abandon à la volonté de Dieu ; une constante disposition au renoncement à soi. Cette base est en réalité le contenu des commandements de Dieu. C’est l’Évangile devenu règle de vie.

Ces quatre points ne sont pas obligatoirement et intégralement des conditions qui doivent figurer dans notre existence avant que commence le cheminement ; il est cependant nécessaire d’en disposer d’une certaine façon dans notre âme et d’en éprouver le désir. Mais ce fondement en soi ne suffit pas pour former notre esprit ni pour garantir un cheminement sans danger. Il est encore autant difficile de parvenir au but du cheminement : l’aboutissement au royaume de Dieu et l’union avec Dieu.

L’exemple du Christ

Sur ce fondement, il y a donc lieu d’établir une action qui serait de même nature que le fondement et au jaillissement continuel. Une action qui s’accomplit dans l’homme grâce à Dieu. Une action menée à travers les tentations, les épreuves et les multiples peines qui, du dedans ou du dehors, atteignent l’homme. Une action qui s’accomplit, tout au long du chemin, par la pratique de la pénitence, par la soumission et l’abandon à Dieu de la volonté. Cette action met ainsi à l’épreuve la puissance et la solidité de ce fondement. Elle en affermit l’emprise et accroît l’étendue de sa base. Peut-on oublier comment le Christ a exprimé l’amour qui lui a fait accepter les souffrances et comment il a appris l’obéissance par la souffrance ? L’obéissance jusqu’à la mort ? Comment son plein abandon à été encore une fois mis à l’épreuve quand il s’en dégagea du haut de la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Comment il exerça le renoncement à soi dans les souffrances volontaires de Gethsémani : « Que ce soit ta volonté et non la mienne », pour aboutir enfin à « tout est consommé ».

Tout au long de sa vie, il est clair que le Christ, sur terre, ne cherchait pas à s’asseoir à la droite de la grandeur du Père, mais plutôt à accomplir sa volonté. C’est pourquoi il ne faut pas, tant que nous sommes en chemin, fixer nos regards sur des faveurs ou des dons de Dieu à obtenir. Même de simples faveurs ne doivent être un objet de demande instante dans notre prière. Il suffit d’accomplir de tout son cœur la volonté de Dieu et de donner pour but à notre action sa volonté, en toute soumission et avec reconnaissance, quelle que soit la situation par lui permise ; quelle que soit l’occasion qu’il choisisse pour nous, en ayant confiance d’être sous sa protection quoi qu’il advienne. Ce dont nous avons besoin dans notre action, c’est d’un grand attrait pour la perfection chrétienne, – elle seule plaît à Dieu – mais un attrait conforme à son désir à lui et la manière qu’il choisit.

Chercher la perfection dans le présent

La perfection n’est pas l’objet d’un souhait projeté dans un avenir obscur mais plutôt un besoin de l’esprit, dans le moment même actuellement vécu. Maintenant nous possédons nos intentions et nous pouvons les offrir à Dieu, tandis que l’avenir, Dieu le possède en totalité et nous n’en possédons absolument rien que nous pourrions lui donner. Qui croît pouvoir offrir son avenir à Dieu demeure semblable à celui qui ferait don d’un capital illusoire. On ne connaît rien de l’avenir ; il n’est pas dans le champ de notre pouvoir, et spirituellement, il est indiscernable. L’instant que nous vivons maintenant est tout ce que nous possédons de l’existence.

Dans l’instant présent, nous prenons conscience de nous-mêmes, nous pouvons discerner avec clarté ce qu’il y a en nous de défectueux, mais aussi, ce qu’il y a de moyens inexploités. Là aussi, nous pouvons contempler, selon ce qui est réellement en nous, la volonté de Dieu vis-à-vis de ce que nous avons à faire. La perfection chrétienne se précise pour nous à présent en fonction de la réalité que nous percevons ; parce qu’elle existe en nous et que nous la voyons si nous le voulons, aussi clairement qu’à présent le ciel est au-dessus de nous et la terre en dessous… Mais si nous prenons du recul pour examiner notre passé, nous l’apercevons enténébré et dispersé comme par un vent qui nous prend et nous dépasse sans que nous puissions le poursuivre ou savoir où il est allé. Si nous portons là notre imagination, nous nous enfonçons dans nos pensées, nous allons à l’échec ou du moins à l’imperfection. Et si nous essayons de percevoir l’avenir ; nous nous enfermons dans la prévision de pensées embrumées et obscures qui gênent notre vision et nous privent de discerner la perfection que Dieu souhaite pour nous.

Ainsi notre espérance ne porte que sur la réalité établie devant nous en vue de l’action lucide ; car si nous perdons la finesse du présent en nous et manquons, par indolence, d’agir en ce moment seul opportun, c’est la vie entière qui nous échappe.

Les dons de Dieu dans le quotidien

Nos actions cependant, bien qu’elles puissent enfermer un amour, une foi, un renoncement à soi, un abandon à
la volonté de Dieu, ne nous amènent pas par elles-mêmes à un état de sainteté ; elles ne nous disposent à aucun don ; elles ne peuvent même pas nous introduire dans un état de pleine sécurité et de paix.

Qui donc peut accorder tous ces dons ? C’est Dieu… Le Dieu qui ne cesse de conduire l’âme docile dans les chemins difficiles et les épreuves, d’obscurité en obscurité, parmi les inquiétudes provoquées par des faits qui n’ont apparemment aucun but. Cela pour la mener, par l’affrontement au réel et l’acceptation de pénibles épreuves à passer à travers le drame du monde et l’inimitié des méchants ; par là, Dieu l’initie à des dons inaperçus et au maintien d’une haute spiritualité.

Les dons de Dieu ne sont pas entre les mains des anges ni dans les hauteurs des cieux. Ils se rencontrent dans les confrontations quotidiennes qu’occasionnent pour nous la chair, le monde et les hommes. À elles seules, ces confrontations ne procurent pas le don de Dieu ; mais c’est pour Dieu que nous nous abstenons des fautes de la chair, que nous affrontons le mal qui existe dans le monde et qui existe dans l’homme.

Le don de la lucidité spirituelle découle seulement des obscures ténèbres que l’esprit traverse dans l’inquiétude et l’étonnement de ses épreuves, aux prises avec le réel où se trouve cachée la vérité. La vraie joie et la fidèle persévérance ont pour source voilée les peines et les douleurs que l’homme est d’abord porté à repousser. Mais avec la patience, l’homme finit par découvrir qu’il n’y avait là qu’une fausse contrainte masquant une vérité ferme et constante, et rayonnant dans l’esprit d’une joie divine non menteuse. L’amour divin, dans sa grâce et son immensité, l’homme ne peut le savourer qu’après le passage de son esprit sous le pressoir de l’inimitié, de la haine, de l’exaspération des hommes.

Mais de soi, l’obscurité ne produit pas de la lumière, et de soi la tristesse n’établit pas la joie, pas plus que la haine ne fonde pas l’amour. Ainsi de soi, la terre ne produit pas les plantes, il faut la graine, semée avec attention et soins. Et même, ce n’est pas n’importe quelle graine mise en terre qui germe, mais seulement celle qui contient la vie !

Pareillement, faut-il que l’esprit soit vivant et dans un état de parfaite soumission à Dieu pour que la main de miséricorde le place dans la terre des épreuves avec les soins et de la manière qui l’aideront à profiter de l’obscurité, de la douleur, de l’écrasement et lui communiquer ainsi le mouvement de vie éternelle, où se manifestent les attributs de l’éternité : joie, amour, paix et persévérance.

Nous constatons ainsi qu’à l’homme en chemin, il est recommandé d’être en état d’éveil permanent à l’égard de toute la réalité de sa vie, portant son regard attentif sur ce qu’il y a en lui de vérité omniprésente, exigeante d’action et de labeur. Il lui est recommandé d’être prêt à affronter toute circonstance incommode et tout antagonisme, dans une attitude positive qui sait voir les dangers réels, tirant profit de tout ce qui s’effectue en lui ou pour lui, s’unissant à Dieu en toute tentative, lui soumettant entièrement sa volonté, sans inquiétude ou trouble, quelle que soit la situation et sans angoisse ni hésitation, si longue que soit l’épreuve. Cela sans se hâter de présumer la cause et sans se presser non plus de connaître les conséquences…

L’éveil de l’esprit et le commencement
de l’action spirituelle

L’esprit est tellement attaché aux occupations sensibles, aux tâches et aux intérêts relatifs aux événements temporels du quotidien qu’il finit par perdre sa capacité de se distinguer du corps et par ne se concevoir que soudé aux sensibilités corporelles. Quelles que soient les tentatives de se faire une image de l’esprit séparé du corps, on n’atteint qu’un niveau de l’imaginaire à travers les formes et les mouvements de l’intelligence qui sont loin d’être dégagés des impressions du corps et de l’élément sensible. Ainsi s’illusionne l’esprit, ainsi se trouve-t-il poussé à admettre que le monde de l’homme se réduit à ce qui peut être concevable. Ainsi éprouve-t-il de grandes difficultés à concevoir des objets éternels sans y mêler le temporel et le corporel comme si le royaume des cieux qui ne se touche ni ne se goûte sensiblement s’obtenait par le manger et le boire.

S’il arrive à l’esprit de mettre en question la prière, il sera parfaitement incapable de discerner réellement les pensées spirituelles. En conséquence, il lui serait difficile de mener l’action spirituelle dans un contexte spirituel ! Un tel esprit, avant de s’exercer dans la prière ou de tenter d’accéder au milieu purement spirituel, a d’abord besoin d’apprendre à s’apaiser, à cesser de porter son intérêt aux attraits sensibles. Que de tout son effort, il tâche à se débarrasser de la servitude du corps et de sens. Ce qui n’exige aucunement d’écarter charges et obligations physiques ou de négliger les besoins de tous les jours. Que l’esprit seulement se libère autant que possible par ses pensées, sentiments et attraits spirituels des tendances corporelles, des pensées, de la sensibilité et des attraits temporels. L’esprit commence alors à connaître ses capacités, ses dons et le but pour lequel ils lui ont été procurés et à exercer ses propres capacités qui n’interviennent pas dans les affaires du corps. Ainsi l’esprit commence-t-il sa préparation à l’action spirituelle.


L’esprit cependant ne peut se livrer à l’action spirituelle sans acquérir le regard spirituel, l’oreille spirituelle et la langue spirituelle, en s’illuminant par la lumière de la connaissance née de la vérité, comme il a été dit par le Seigneur.

Ces acquisitions ne sont pas le fruit d’une recherche ou de nombreuses lectures, moins encore d’un apprentissage, de l’argumentation ou du débat comme c’est le cas pour l’usage de la raison, ou pour le développement des aptitudes corporelles et techniques qui dépendent des sens. Au contraire, pour devenir spirituel, apte à percevoir l’éternité et à s’initier à l’action spirituelle, il importe que l’esprit se dépouille de tous les moyens sensibles innés du corps, au point qu’il cesse d’avoir recours à l’habileté de la pensée, à la finesse de l’imagination ; cesse de s’appuyer sur la puissance de l’expression, sur l’éloquence et la rhétorique, sur la conversation et l’influence qui sont toutes rassemblées par l’Évangile dans l’expression : « La sagesse du monde ».

Or il est indispensable à l’esprit qui entreprend l’action spirituelle, de saisir les objets spirituels et de les admettre par un pouvoir devenu personnel. Car les capacités de l’esprit sont spirituelles ! Quant à la pénétration spirituelle et l’action spirituelle représentées par la croix, le monde les ignore. C’est là, très clairement, ce que dit le livre : « Si quelqu’un parmi vous pense qu’il est sage, qu’il devienne ignorant pour devenir sage ! » (cf. 1 Co 3, 18). C’est-à-dire qu’il lui faut nécessairement renoncer à la sagesse du monde qui n’est par elle-même que temporelle, sensuelle et corporelle.

Enfin, jusqu’au moment où l’esprit commence à se livrer à l’action spirituelle et à la goûter, l’esprit continue dans sa prière et le dialogue avec Dieu, à user du langage courant des mortels et des manières qu’ils emploient dans la conversation humaine pour exprimer ses sentiments, embellir ses dires et se créer des excuses.

Au-delà des paroles

Mais quand l’esprit devient capable de renoncer à ces façons, il devient capable de communiquer avec Dieu par ses propres forces, sans langue, sans le langage parlé des hommes et sans les façons et les artifices du sentiment et de l’expression. Petit à petit l’esprit parvient à exprimer à Dieu ses profondes impressions et le fourmillement de sentiments qu’il ressent pour lui ou que suscitent les objets de l’éternité et que le langage humain, quel que soit le niveau de l’exactitude, de richesse et de sagesse auquel il parvient, ne peut rien en saisir, ni élucider, ni exprimer.

Grâce à ces moyens nouveaux, l’esprit peut présenter son amour au Christ, non par des paroles mais par la ferveur, par le mouvement intérieur de l’esprit et un retentissement spirituel qui déborde du subconscient. C’est l’amour qui s’explique par l’amour, la soumission par la soumission et la résignation par la résignation. Telle est l’action spirituelle affranchie de toute intervention du corps.

Quand l’esprit s’éveille et commence à observer son action spirituelle intérieure, alors il peut comprendre les objets spirituels, leurs directions et leurs natures ; il peut même vivre cette connaissance de la vie éternelle et de l’immortalité sans ombres corporelles, sans interposition des sens ou intervention de méthodes humaines : « Ce qu’aucun œil n’a jamais vu, ce qu’aucune oreille n’a jamais entendu et ce à quoi personne n’a jamais songé. Paroles qu’on ne peut proférer et dont il ne sied pas d’en parler – Dieu nous les a révélées par son esprit » (cf. 1 Co 2,9-10). Par cette connaissance spirituelle, dépouillée des difformités d’une pensée alourdie par le corps et dépouillée de rembarras des intérêts sensibles, l’esprit commence à saisir la vérité comme s’il y demeurait et à travers laquelle il touche Dieu.

Mais que l’esprit demeure dans la vérité et en Dieu, n’est pas le fruit d’un effort corporel, ni même si cela était possible, de la mort des sens ; c’est le fruit de la permanente soumission à Dieu et du continuel éveil du cœur tourné vers l’action spirituelle qui le conduit à achever la connaissance (des choses divines). Ces paroles ne sont pas réservées aux lettrés, mais elles sont pour l’homme en tant qu’homme. Pour tout homme, quelle que soit son éducation, ou excellente lui ayant procuré toute science, ou défaillante, celle de l’illettré qui ne sait ni lire ni écrire. Il convient particulièrement à l’intellectuel de redevenir ignorant car « Dieu a préféré sauver ses fidèles par des prédicateurs ignorants ».

L’esprit qui parvient à la connaissance de soi ou qui a exercé l’action intérieure menée par la sincère expression du cœur, est certainement conduit par l’amour et la ferveur intérieure à continuer toute activité extérieure telles que sont les actions de la piété et celles de toutes les vertus, avec l’appui de l’âme. Cette activité extérieure qui se manifeste comme une action du corps, est dans ce cas une extension de l’action spirituelle intérieure, et par conséquent, elle est aussi une action spirituelle.

Le trésor de l’homme bon

Quant à l’activité extérieure, si elle ne procède pas de mobiles purement spirituels et d’une conformité avec la vérité et avec Dieu, elle est peu utile et nous ne dirions pas insignifiante…

Le signe à quoi reconnaître que les œuvres réalisées – services ou adoration, piété ou vertu, ascèse ou toute autre action, quoi que ce soit – émanent réellement de l’intérieur et que la source est purement spirituelle, c’est qu’elles soient toutes réalisées, non par obligation, par l’effet d’une pression ou d’une contrainte, ou par lassitude, mais au contraire avec joie et allégresse, avec ardeur, zèle et libéralité. Car l’amour serait alors la bienheureuse origine de laquelle dériveraient tous les mobiles ! « L’homme bon, du bon trésor, du cœur, tire la bonté » (cf. Mt 12,35-36).

L’amour est le trésor de l’homme bon, il inspire à l’esprit le service, l’adoration, la vertu, l’ascèse et tout ce qui est bon ! Là où l’angoisse et l’inquiétude des conséquences n’existent pas. Car l’œuvre s’opère selon la volonté de Dieu, par un motif d’amour acquittant la dette de l’amour. « Quant à celui qui accomplit une œuvre, la grâce ne lui est pas imputée sous forme rémunératoire, mais plutôt sous forme de dette. »

C’est un danger d’avoir pour motif de nos œuvres de nos services rendus, de nos adorations, de notre pratique des vertus, un désir d’atteindre une étape ou de mener des essais qui permettraient d’acquérir un objet visé. Car ainsi l’esprit se trouve condamné à se cantonner dans ses œuvres, dans un souci exclusif de soi. L’esprit les préfère et s’en réjouit dans la mesure où elles lui paraissent profitables. Il est rendu de plus en plus fier par sa réussite dans cette voie. Il s’accommode si bien de la rigueur exigée par ces avantages qu’il s’endurcit dans l’espérance des biens qu’ils promettent. Il tire vanité de ces règles à force de les observer avec soin. À la fin, s’hypertrophie le souci du moi, il s’épaissit et se gonfle, même en pratiquant la piété. Cependant, nous avons ici un apophtegme que l’on peut nommer : parole de secours ! « L’action doit provenir de Dieu et orienter vers Dieu » ou comme dit la Bible : « Me voici arrivé, mon Dieu, pour accomplir ta volonté » (cf. Gn 22,1 ; Es 6,8). C’est de cette façon que le Christ a vécu, et c’est ainsi que vivent les anges et tous les saints du ciel ; c’est de la même façon qu’ont agi les Pères, les Prophètes et les Envoyés de Dieu, loin, très loin de la satisfaction de soi ou de la recherche de l’intérêt personnel… Telle est la nature de l’action spirituelle.

Temps et sérénité

Pour l’homme spirituel – l’ascète – qui chemine sur la route de l’indigence, la véritable sérénité est de garder sa vie du vide. Le repos du corps lie à une dimension temporelle est semblable à l’arrêt de l’heure temporelle et à l’engourdissement qui ressemble au sommeil. Apaisement mensonger, car le temps ne peut pas s’arrêter ; il se prolonge et passe furtif, au delà du conscient de l’homme, et, se suivant, les heures, les jours, les mois, et les années sombrent dans le gouffre de la mort ou de la non-existence. Et subitement, la conscience de l’homme s’éveille pour trouver que le temps s’est allie contre lui avec la mort et le gouffre ; et que l’occasion de l’immortel et de la vie éternelle est, pour lui, devenue plus faible qu’elle ne l’était !

Le temps lui-même se déroule dans un immuable équilibre et selon une loi inflexible ; il forme à l’intérieur de l’homme des tas harmonieux d’incidents physiologiques et psychologiques qui ne sont que l’expression d’un passé inflationniste et qui ne cesse, chaque jour, de charrier de nouveaux incidents influençant ainsi son comportement, son tempérament, son activité et tous ses mouvements. La réalité dont on ne peut pas se défaire est que l’homme est une histoire compilée, produite par les jours et qui, en fin de compte, achève de lui donner son aspect humain, non seulement du point de vue de la stature du corps, mais encore de la grandeur de l’âge où s’inscrivent la richesse et la profondeur de la personnalité humaine compte tenu des incidents de parcours et du comportement de l’homme à leur égard.

Mais il se trouve dans l’homme une autre dimension, supra-temporelle et qui en est séparée, elle ne dépend pas des changements physiologiques, n’est pas soumise à l’influence psychologique, elle est presque séparée de la poussière de la terre, de tout ce qui en procède ou y revient. Cette dimension intemporelle ne s’accorde pas au mouvement du temps car elle n’est pas de ce monde. Ce pourquoi elle n’a pas d’unité de mesure. Elle est seulement soumise à la disposition directe de Dieu. C’est la loi de l’immortalité ou de la vie éternelle.

Quand l’homme se conduit selon la dimension temporelle, sa conscience se meut dans la dimension de l’heure et du jour. Il adhère à la terre, au ciel et à tout ce qu’ils renferment. Il est soumis à la loi du mouvement et du changement qui nécessairement conduisent à l’anéantissement. Mais lorsqu’il suit la loi de l’immortalité, il ressent quelque chose de l’infini, de l’existence absolue et de la vie éternelle. Il adhère à la vérité et se transforme en elle. C’est ce qu’exprime la théologie par l’« Union à la Nature divine ».

Ces deux dimensions : temporelle, intemporelle, vont de pair dans l’homme, appelé à vivre selon ces deux dimensions à la fois, soumettant le temps et poursuivant l’immortalité ! Et autant l’homme se presse de suivre l’une de ces orientations, autant l’autre s’amenuise et semble rapidement reculer.

L’attachement à la terre e
t aux objets terrestres quand il atteint le degré de la passion dans le plaisir ou le souci et l’inquiétude hâte la conduite de la vie dans sa dimension temporelle et la soumet, en conséquence, fatalement, à la loi du dépérissement vers le néant qui est celle du temps. S’attacher à la vérité – et la vérité c’est Dieu – et s’occuper de l’amour et de la vie éternelle jusqu’au don de soi et livrer son âme, c’est la marche accélérée dans la dimension intemporelle et c’est, en conséquence, pratiquer la loi de l’éternité que Dieu gouverne.

Celui qui s’enferme dans la dimension temporelle et use ses forces à y patauger, s’affronte à un vide intérieur ; car la vie éternelle s’échappe de ce qu’il y a en lui de plus profond, ou bien s’endurcit comme si elle était un ennemi ayant fait en lui sa demeure ! Celui qui, au contraire, se meut dans la dimension divine, sent le temps s’évader de sa personne et passer derrière lui ; ainsi d’un homme voyageant en chemin de fer, qui voit les poteaux et les arbres fuir comme dans l’horreur pour devenir minuscules, jusqu’à disparaître de l’existence du voyageur qui reste stable à sa place, prenant bien son parti de la hâte et de l’anéantissement du décor. Ainsi le monde entier et tous les objets qui s’y trouvent se replient en quelque sorte, se minimisent et disparaissent derrière celui qui avance sur la route de la vie éternelle.

L’homme qui est loin de Dieu s’affronte soit à un certain sentiment d’arrêt du temps, soit à une certaine insensibilité vis à vis du temps parce qu’il y est plonge ! L’arrêt du temps est un vide meurtrier pour l’esprit destine à passer à travers le temps et aller au-delà. De même l’homme qui se lie au monde, en lui germe un sentiment enfle du monde, de l’importance et de la grandeur des objets qui y sont disposes. Car l’homme, en soi, est magnifique dans l’être de sa création et de sa formation ; et tout ce qui entre dans le domaine de son attention devient dans sa pensée consciente magnifique, comme dans l’illusion d’une vision trompeuse. C’est le secret de la divinisation de l’univers et de la matière chez certains physiciens et chez les communistes.

Au contraire, l’homme uni à la vérité, dans sa marche vers l’éternel, reçoit une ample impression du temps qui se détache de lui comme si les jours et les années devenaient petits à ses yeux, perdant de leur valeur à mesure que leur vitesse s’accroît. Se crée ainsi en lui un sentiment de plénitude car leur fuite rapide rend plus intense en lui le sentiment de prolongement et de son rapprochement du but suréminent. Pareillement pour l’homme qui vit en Dieu, le monde se dissocie de son intégrité, et les choses et les événements qui s’y produisent paraissent être dans la réalité futiles comme des jouets d’enfants et comme leurs querelles.

Il existe une vraie sérénité et une sérénité trompeuse.

Dans le contexte « dimension temporelle », une halte est un arrêt momentané ou prolonge du labeur de l’homme pendant lequel il reste tranquille et seul. Ce qui n’engendre pas un vrai repos mais refoule plutôt l’homme dans l’effrayant vide temporel. Car même dans l’arrêt momentané ou dans l’arrêt prolonge du labeur de l’homme, il est impossible de se libérer du mouvement temporel ; l’homme y paraîtrait comme marchant sur place ! Ainsi augmente son emportement contre le temps qui devient comme une force qui l’oppresse et le foule de tous les côtés.

L’homme ne peut se libérer du temps que s’il entre en son être profond et s’attache à la vérité et à la vie éternelle, c’est-à-dire s’attache à la dimension intemporelle et croit à l’immortalité. Il est impossible de trouver le vrai repos par cessation de l’effort corporel car la nature étant esclave du temps, est prête à se venger de toute créature vivante qui a l’audace de s’arrêter de la servir ; à moins que la cessation ne soit qu’une détente pour rassembler ses forces et reprendre le service et le labeur d’une façon plus efficace et plus active !

Le temps est toujours contre l’inaction ! Or la nature proscrit le repos, en soi. Le vrai repos implique donc, dans son fond, non la cessation du travail mais une solution apportée au problème du temps comme une issue à sa perplexité et de s’élever au-dessus du statut de la nature et sa nécessité.

Ainsi par rapport à l’homme, repos et inaction deviennent parfaitement clairs dans une conduite conforme à la dimension intemporelle de l’homme, c’est-à-dire par l’accès à la vie éternelle et par l’attachement à Dieu, là où le repos n’est pas cessation de l’effort à tout prix, mais détachement (que l’on garde) envers lui.

Là où la passivité ne vient pas de l’effacement du moment de l’heure temporelle dans la conscience mais d’un dépassement du temps.

Tout homme, y compris l’ascète, est sujet à rechercher la sérénité. Cette tendance si forte à la sérénité vient de la douleur du joug du monde (temps) et de la faiblesse de la chair (mouvement). C’est pourquoi l’homme est amené comme par force à chercher la sérénité, au plus court chemin ; c’est-à-dire en fuyant le temps et en fuyant le mouvement.

Le Messie – béni soit son Nom – découvrait ce sentiment dans l’homme. Il l’a donc invité à la véritable sérénité en acceptant son joug propre, affirmant que son joug est doux et son farde
au léger. Ce qui ne s’établit pas sur la cessation de l’effort physique ou dans le refuge d’un silence apparent, mais sur le passage à la vie éternelle, passage au-delà du temps.

Or, le cheminement vers la vie éternelle n’abolit pas le temps et n’écarte pas non plus le mouvement. Mais il s’en sert comme un homme, pour monter, utilise les marches d’un escalier, il reste donc, en tout les cas, devant nous, de l’effort (à produire) et du mouvement (à déployer) ! Or, dans la promesse du Seigneur relative à la sérénité : « Vous trouverez une sérénité pour vos âmes » (cf. Mt 11,27), un fond secret et mystérieux se trouve dans le sens du mot « joug ». Le joug, l’attelage, indique la compagnie du Seigneur, pour nous au cours du cheminement, car le joug n’est pas porté par un seul, il s’attache sur deux cous. Le savent ceux qui labourent avec la charrue ; si un bœuf vigoureux et un bœuf faible s’accompagnent, tout le travail de la charrue sera assumé par le plus fort !

Ô mystère béni ! Dans la compagnie du Seigneur une sérénité certaine pour nous. Mais c’est une invitation de sa part, non une audace de la nôtre. Même le petit effort qui nous reste à accomplir, il s’en charge pour nous.

Voyez-vous, comme le Seigneur est bon !


 

_____________________________________________________________________________________________

LE REPENTIR CHRETIEN

par le père Wadid
(Monastère Saint-Macaire
, Scété, Égypte)


 

Tout d’abord, alors que nous étions pécheurs, Dieu nous a manifesté son amour parce que le Christ est mort pour nous, c’est-à-dire que nous étions ennemis de Dieu, avant notre repentir. C’est Dieu qui a pris l’initiative de nous pardonner nos péchés avant même que nous les reconnaissions et avant que nous nous repentions. Alors, si nos péchés sont déjà pardonnés en Christ, quel est le sens du repentir ? Je ne me repens pas pour recevoir le pardon de mes péchés, le pardon a déjà été donné, accordé en Christ. Tout ce que je ferais pour me faire pardonner mes péchés n’aurait aucune valeur. Ce n’est pas en jeûnant que mes péchés me seront pardonnés, mais c’est par la justice du Christ.

Alors où est la place du repentir ? Le repentir c’est simplement des larmes d’amour, l larmes d’action de grâce, de remerciement qu’on dépose sous les pieds du Christ. C’est comme cela que les Évangiles nous représentent le repentir. Le prototype du repentir, c’est bien la femme pécheresse. Le Christ dit : « Ses péchés lui sont pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé. À celui qui aime peu on pardonne peu, mais à celui qui aime beaucoup on pardonne beaucoup. C’est parce qu’elle a beaucoup aimé que ses péchés lui sont pardonnés » (cf. Lc 7,45). C’est de cette façon qu’il faut comprendre ce qu’on trouve chez les Pères du désert.

Ce que l’on trouve souvent dans les apophtegmes : « Va dans ta cellule et pleure pour tes péchés ! » Que veut dire « pleure pour tes péchés » ? Cela ne veut pas dire se souvenir de ses péchés et se mettre à s’attrister, se contrister pour les péchés que l’on a commis. « Pleure pour tes péchés », c’est-à-dire, fais exactement comme la pécheresse qui a pleuré pour ses péchés : aime beaucoup, dépose des larmes d’amour sous les pieds du Christ, arrose les pieds du Christ par des larmes d’amour. Il a beaucoup aimé, il a beaucoup pardonné. Remercie-le, remercie-le avec des larmes d’amour. C’est ce que veut dire : « Va dans ta cellule et pleure pour tes péchés ».

La fausse conception du repentir, c’est de croire qu’il faille s’attrister, se contrister. Avoir de la contrition pour les péchés que l’on a commis, absolument pas ! C’est au contraire se réjouir du pardon de ses péchés, se réjouir de ce qu’a fait le Christ pour moi, le remercier, l’aimer parce qu’il m’a beaucoup pardonné.

« Par-donner », donner deux fois, laisser sa dette. Le Christ m’a pardonné parce que j’ai beaucoup péché. Je suis endetté au Christ. Je le remercie et je l’aime, comme quelqu’un qui me donne énormément. Aimer beaucoup le Christ veut dire : « Va dans ta cellule et pleure pour tes péchés », aime beaucoup le Christ, remercie-le beaucoup, dépose des larmes d’amour sous ses pieds en reconnaissance pour ce qu’il a fait pour toi. Cela ne veut pas dire attriste-toi pour tes péchés.

Souvent notre Père spirituel nous a répété : « Si tu t’attristes pour tes péchés, tu attristes le Christ. C’est comme si tu disais au Christ : Tout ce que tu as fait n’est pas encore suffisant pour me pardonner mes péchés. C’est un déni de ce qu’a fait le Christ pour toi et cela attriste le Christ que
tu ne reconnaisses pas la valeur de ce qu’il a fait pour toi, que tu ne reconnaisses pas le pardon de tes péchés ». Saint Pierre dans sa deuxième épître parle de l’amour de la charité ; il dit : « Celui qui n’a pas l’amour est un aveugle, un myope qui a oublié le pardon de ses péchés » (cf. 1 P 1,9). Donc il faut se rappeler le pardon de ses péchés, il ne faut pas se rappeler ses péchés. Se rappeler ses péchés, c’est se rappeler ce que moi-même j’ai fait. Se rappeler le pardon de ses péchés, c’est se rappeler ce que le Christ a fait pour moi. Si je me rappelle mes péchés c’est comme si je disais au Christ que mes péchés continuent à exister. Non, mes péchés ont cessé d’exister, ils sont devenus du néant, je ne me les rappelle pas, je les efface de ma mémoire tout à fait. Mais ce dont je me rappelle, c’est ce que le Christ a fait pour moi.

C’est le Sang du Christ qui a été versé pour moi, et c’est cela que les Pères du désert me conseillent de me rappeler constamment dans ma cellule, parce que c’est cela qui nourrit la charité, c’est cela qui nourrit l’amour. Comme dit saint Pierre : « Celui qui n’a pas l’amour, c’est un myope, un aveugle qui a oublié le pardon de ses péchés ». Cela veut dire dans l’affirmative, celui qui se rappelle le pardon de ses péchés attise l’amour dans son cœur.


 

_____________________________________________________________________________________________

Shénouda III,

pape et patriarche d’Alexandrie


 

Né Nazir Gayed Raphaël en Haute Égypte le 3 août 1923, le futur pape d’Alexandrie grandit dans une famille pieuse. Il aime l’Église et suit assidûment l’enseignement religieux qu’il reçois à l’école du dimanche. Il termine des études en histoire et archéologie à l’université du Caire en 1947 puis il étudie la théologie au séminaire copte du Caire jusqu’en 1950. D’abord il enseigne au séminaire puis il se voit confier la responsabilité des écoles du dimanche de l’Église copte ainsi que la rédaction de la revue des écoles.

Mais Nazir se prépare à la vie monastique en approfondissant ses connaissances et en rédigeant les articles de sa revue et après quelques années il rejoint le monastère el-Souryan à Wadi Natroun. Il devient moine sous le nom d’Antonios el-Souriany et s’applique à la vie de prière dans la solitude d’une grotte située à une dizaine de kilomètres du monastère. En 1955, il est ordonné prêtre et en 1956 il devient higoumène du monastère.

Le pape Cyrille VI le remarque et l’engage comme secrétaire personnel. Il le consacre évêque en 1962 et lui donne le nom de Shénouda (« fils de Dieu »). Chargé d’une lourde responsabilité pastorale, l’évêque Shénouda est conscient de l’importance de l’éducation religieuse des enfants et des adolescents. Il se consacre au développement des écoles du dimanche et il les habilite à préparer des moines et des prêtres. Il s’occupe aussi du développement du séminaire, permettant l’inscription de jeunes filles, étant persuadé que l’enseignement serait source de grâce pour leurs foyers lorsqu’elles seraient mères. En 1965, il fonde et prend charge d’une revue, El-Keraza (« La prédication »). En 1971, il est élu pape d’Alexandrie et patriarche, le 117e successeur de saint Marc sur le trône d’Alexandrie. Le pape Shénouda III est connu pour son profond engagement au service de l’unité chrétienne. En 1973 il devient le premier pape copte à visiter Rome depuis saint Athanase au IVe siècle. Le 10 mai 1973, il signe avec le pape de Rome Paul VI une confession de foi christologique commune, qui reconnaît l’unicité de la foi en admettant une diversité de langage. Dans le même esprit il échange des visites avec les responsables des églises orthodoxes byzantines et multiplie les dialogues avec plusieurs Églises protestantes. Sous son inspiration, l’Église copte participe au Conseil œcuménique des Églises et au du Conseil des Églises du Moyen-Orient. Homme de tolérance et d’unité, Shénouda III l’a prouvé tout au long de sa vie, répétant constamment : « Chrétiens et musulmans, nous pouvons construire notre pays tous ensemble. » Assigné à résidence par le président Sadate en 1981, le pape Shénouda demeure au monastère Amba-Bishoï pendant quarante mois avant de reprendre son ministère, rapportant seize ouvrages qui sont le fruit de sa méditation au monastère.

Son amour pour le service de l’Église se révèle à travers ses « enseignements directs » : chaque mercredi il prêche à la cathédrale du Caire et répond aux questions des fidèles. Homme du désert, il retourne souvent au désert d
e Scété, s’assurant du développement spirituel et matériel des monastères.
Shénouda III est l’auteur de nombreux ouvrages de morale, de patristique et d’ecclésiologie. En 1991, il est élu membre de la présidence du Conseil œcuménique des Églises et en octobre 2000 il reçoit le prix UNESCO-Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et de la non-violence.


 

_____________________________________________________________________________________________

DIEU ET RIEN D’AUTRE :

QU’ELLE EST TA RELATION AVEC DIEU ?

par sa Sainteté le Pape d’Alexandrie Shénouda III

 


 

J’aimerais beaucoup vous parler d’un sujet actuel : la position de Dieu dans la vie de chacun de nous. Y a-t-il une relation entre nous et Dieu ? Quelle est la nature de cette relation ? Quelles sont sa profondeur et son étendue ? Est-elle une relation claire ? Ou bien la passion et l’amour terrestres se mêlent-t-ils avec elle ? Quelle importance donnons-nous à notre relation avec Dieu, comparée avec les autres ?Il faut d’abord expliquer l’importance de notre relation avec Dieu. Il existe des millions de gens dans toutes les régions de la terre auxquels tu ne t’intéresses pas assez pour établir avec eux une relation spéciale. Mais Dieu est le seul être avec lequel il faut absolument rester en relation.C’est pourquoi des privilèges uniques sont réservés à cette relation avec lui. Car ta relation avec Dieu est la seule qui ne change pas mais qui dure.Entre toi et un autre être humain que tu rencontres, il ne peut y avoir de relation qui vous lie de façon immuable sur cette terre ! Il est possible, et même probable, que tu te sépares de lui sur terre, à un moment donné, que tu suives dans la vie un chemin complètement différent du sien, et que tu réalises qu’il s’agit d’une relation passagère. De même pour les gens auxquels tu te mêles, il est probable que votre relation soit limitée à un seul domaine qu’elle ne dépasse pas, et qu’elle se termine à peine ébauchée.Mais avec Dieu, ta relation est totale et éternelle, elle n’est pas limitée à ta vie terrestre.Ta relation avec Dieu comprend aussi ton éternité dans l’autre vie.C’est une relation qui commence et qui dure jusqu’à l’éternité, car Dieu qui t’a créé et prend soin de toi a le droit de déterminer ton destin dans l’éternité et ta relation avec lui dans l’au-delà. Bien sûr que cela diffère beaucoup de ta relation avec les humains et les autres êtres. Même les hommes et les anges avec lesquels tu auras une relation dans l’éternité auront comme centre ta relation avec Dieu. C’est pourquoi examine-la, et reconnais la telle qu’elle est dans sa réalité pratique.Ici on vous pose quelques questions détaillées :1) As-tu connu Dieu ? Ou bien ne le connais-tu pas encore ? Si tu crois le connaître, quelle est la nature de cette connaissance ? Quelle est sa profondeur ? Qui est Dieu par rapport à toi ?2) Est ce que Dieu est une présence claire dans ta vie ? Quel est le genre de relation qui te lie à Dieu ?3) A-t-il la priorité absolue dans tes intérêts, tes occupations et ton amour ?4) Est ce que Dieu est non seulement le premier dans ta vie mais encore le tout ? Ou bien y a-t-il dans ta vie une autre chose qui a de l’importance, à côté de Dieu ? Qu’est-ce ? Essayes-tu de te débarrasser de tout ce qui fait concurrence à Dieu dans ton cœur pour qu’il soit lui, le seul, l’essentiel ?Il y a des degrés dans ta relation avec Dieu ; où en es-tu actuellement ?Permets-moi de reprendre chaque question à part, pour la discuter avec toi.1. Connais-tu Dieu ? Quelle est la profondeur de cette connaissance ?La question paraît étrange, car chaque personne croit qu’elle connaît Dieu. Peut-être veut-elle simplement dire que, selon elle, il existe un Dieu. Nous ne voulons pas du tout de cette connaissance superficielle, car Satan lui-même sait qu’il existe un Dieu. Jacques disait : « Tu crois que Dieu est Un ? Les démons le croient eux aussi et ils tremblent » (Jc 2,19). Jacques parle ici de la foi intellectuelle, morte, qui est sans fruits et sans vie en Dieu…Quelques existentialistes et matérialistes (tels les épicuriens) reconnaissent qu’il existe un Dieu au ciel, mais ils se moquent de cette connaissance en disant Que Dieu reste au ciel et qu’il nous laisse la terre pour que" nous nous réjouissions". C’est comme l’homme qui sait qu’il existe de l’électricité, sans savoir vraiment ce que c’est, ni comment elle fonctionne, sans l’utiliser dans sa vie. Mais nous, nous voulons arriver à une connaissance utile et profonde dans tous les domaines.Est-ce que tu connais Dieu par une connaissance intellectuelle ? Superficielle ? Le connais tu suffisamment ? Est-ce que ta connaissance de Dieu trouve sa source dans les livres, les prêches et les sermons ? Sans aucune expérience dans ta vie et dans ton cœur ? Est-ce que tu entends parler de Dieu de la même manière que tu entends parler de peuples qui vivent au loin, que tu n’as ni vus ni fréquentés ? ! Est ce que tu connais un Dieu qui se trouve seulement à l’église ? Si tu en sors, tu ne le connaîtras plus et tu ne le rencontreras pas.Est-ce qu’il est simplement le Dieu qui se trouve dans les instituts de théologie et dans les livres sur la foi ? ! La chose la plus discutable dans la connaissance intellectuelle, c’est qu’elle est sans relation avec la vie ! C’est pourquoi, elle ne peut jamais suffire… Elle montre Dieu de loin. Elle reste incomplète si tu ne t’approches pas de lui.Mais si tu le connais à travers le dialogue, la communion et la vie avec lui, alors tu peux vraiment le connaître comme le Dieu qui vit en toi et qui ne se trouve pas seulement dans les livres. Alors, tu ressens la présence de Dieu en toi et avec toi. Sinon, tu vis le drame qu’a vécu saint Augustin, enfermé dans sa philosophie avant de connaître Dieu d’une connaissance réelle. Il avait parlé de cette situation tragique dans ses Confessions, lorsqu’il avait dit au Seigneur : « Tu étais avec moi, mais moi je n’étais pas avec toi à cause de mes tendances si perverses. » Dieu était avec lui, mais il ne le sentait pas. 2. Est-ce que Dieu est une présence claire et effective dans ta vie ?Dieu est-il simplement une idée pour toi ? ! Ou bien a-t-il une existence réelle que tu ressens ? Est-il une présence effective dans ta vie ? Combien profondément ressens-tu la présence de Dieu, son influence sur toi ? Qui est Dieu par rapport à toi ? En effet, la question que Jésus avait posée à ses apôtres nous est toujours encore posée : « Qui croyez-vous que je suis ? » (cf. Mt 15,16).Qui est Dieu, selon votre conception ? Quel est le genre de relation qui te lie à Dieu ? Est-ce simplement une relation de demande de ta part et de don de la sienne ? Est-il un caissier qui te fournit de l’argent ? Est-il celui qui pourvoit à ta nourriture, l’assistant qui te donne du repos ?S’il n’accorde pas cette aide, je veux dire si tu ne le ressens pas comme le Sauveur qui résout tes problèmes, s’il ne parait pas les résoudre dans l’immédiat, n’y a -fil plus de relation entre toi et lui ? Pour toi, Dieu est-il seulement un moyen, ou bien est-il un but ? Est-il juste un moyen pour arriver à la réalisation de tes envies et de ta formation personnelle, simplement un moyen de « prendre" ? Existe-t-il un lien qui te lie à Dieu en dehors du fait de recevoir ?Est-ce que chaque fois que tu restes avec lui, que tu lui parles, c’est seulement pour lui demander quelque chose ? Ou bien, au contraire, veux-tu lui offrir ton cœur, ton temps, en lui disant : « Et ce que nous t’avons donne vient de ta main » (1 Ch 29,14).Si tu veux prendre de Dieu… Est-ce que ce que tu veux prendre et te réjouir avec lui dans son amour, ou bien prendre ses dons matériels et ses biens ? … Vraiment, Dieu passe partout en bienfaiteur … Mais : Aimes-tu Dieu ou bien ses bienfaits ? L’aimes-tu pour lui-même ou bien pour ses dons ? Est-ce que tu te réjouis en Dieu seulement lorsqu’il te donne quelque chose, mais pas lorsque tu ne vois pas ses dons ?Dans ce cas, tu es heureux à cause des dons mais pas à cause de Dieu qui donne ; le don est ton but et non pas Dieu ! Quand aimes-tu Dieu ? Lorsqu’il donne et aussi lorsqu’il ne donne pas ? Pardon pour cette expression… Je veux dire : lorsqu’il donne et lorsque tu ne penses pas ou ne sens pas qu’il donne. Dieu, par sa nature, donne toujours, que tu le sentes ou pas.Croyez-moi, mes frères, si nous réalisons combien Dieu donne avec persévérance, la vie toute entière ne suffira pas pour le remercier ! Nous connaissons seulement les dons apparents, qu’en est-il des dons cachés ? Dieu nous a commandé de donner dans le secret, il nous donne, lui aussi, dans le secret. Si nous cherchons ses dons cachés, nous les trouverons plus souvent que nous le croyons ou le supposons…Pour le moment, laissons de côté notre discussion au sujet du don car notre relation avec Dieu ne doit pas être basée sur le don.Quelle est donc ta relation avec Dieu en dehors du domaine de ton besoin de lui ? Est-ce que ta relation avec lui est une relation de peur ? Est ce que tu marches avec Dieu et essaies d’obéir à ses commandements par peur de lui …as-tu peur de sa punition et de son jugement seulement… As-tu peur du jour où tu te tiendras devant lui et où il réglera ses comptes avec toi… As-tu peur de la surveillance de Dieu, lui qui scrute les pensées et les intentions, qui voit ce qui est au fond de ton âme, où rien ne lui est caché ?Seul, le pécheur craint la punition de Dieu. Es-tu encore dans cette période de la vie, où tu ne t’es pas encore repenti, ni réconcilié avec Dieu ?La Bible dit : « Le commencement de la sagesse est la crainte de Dieu » (cf. Ps 111,10 etc.). Es-tu encore au début du chemin et n’es-tu pas encore arrivé à « l’amour qui jette dehors la crainte », comme le dit saint Jean ? (1 Jn 4,18).Est-ce que ta relation avec Dieu est celle qu’on a avec un jugé ? Est-il, par rapport à toi, simplement un Seigneur et toi un esclave ? Dieu est-il un gouverneur qui te domine et qui te donne des ordres et des interdictions appelés commandements ? Es-tu obligé de lui obéir car il est le Dieu fort, le tyran de
s mains duquel on ne peut s’échapper ?
Soit tu es convaincu que ses commandements sont des signes d’amour, soit tu ne l’es pas ! Si tu ne l’es pas, alors tu vis encore sous l’esclavage. Tu n’es pas encore arrivé à la vie de grâce et de pureté dans laquelle tu aimes les commandements de Dieu, de sorte que tu ne les trouves plus lourds. Alors, tu peux dire avec David : « La loi du Seigneur est parfaite, elle rend la vie agréable ». « Que tes ordres sont doux à mon palais, plus que le miel à ma bouche ! » (Ps 118). « Je me réjouis de tes ordres » (Ps 118).De même, es-tu arrivé à la conviction que Dieu est un père pour toi, au moins chaque fois que tu pries et dis « notre Père » ?Quelle est ta relation avec Dieu ? Est-elle mise à l’épreuve ? Es-tu arrivé au niveau de la confiance avec lui, en son amour et en ses promesses ? Es-tu encore en train de l’examiner, de le tenter par une exigence ou un autre pour voir comment Il agira avec toi, sil t’accordera l’objet de tes requêtes ou pas … Tout cela pour déterminer ta relation avec lui sur cette base ?Alors, ou bien tu l’aimes, ou tu te fâches avec lui, tu te  sépares de lui, de son Église et de son livre, la Bible ; et tu commences à douter de ce que tu connais de lui.Tu sais que Dieu est amour. As-tu confiance en cela et crois-tu que tout ce qu’il fait envers toi est plein d’amour, quelle qu’en soit l’apparence ? Quelle est ta relation avec cet amour ? Est-ce que l’amour te remplit, amour envers Dieu et envers les autres ? Alors, ressens-tu que Dieu agit en toi ?De même, Dieu étant la vérité, quelle est ta relation avec la vérité ? Si tu es loin de la vérité, tu es loin de Dieu. Je reviens encore une fois à ma question : Est-ce que ta relation avec Dieu comprend la fidélité, l’amour, et la vie en lui ? Peux-tu dire de Dieu, comme dans le Cantique des cantiques : « Je suis à mon chéri et mon chéri est a moi » (Ct 6,3). Je sais que tu crois en Dieu étant donné qu’il est le créateur, le Seigneur, le pasteur, l’ordonnateur, et tu le considères ainsi. Mais le considères-tu comme l’Ami de l’humanité et l’Ami de ton âme tout spécialement ?Est ce que ta relation avec Dieu est arrivée au niveau de l’amour ? Est-ce que ton amour pour Dieu lui donné la premiers placé dans ta vie, et a lui seul ? Lui dis-tu dans tes prières : Lorsque je t’ai connu, mon Dieu, et que j’ai goûté à ton amour, tous les autres sentiments ont diminué en moi ? Même tous les autres amours, je les ai trouvés légers et superficiels.Ton amour est le seul qui me remplit jusqu’au fond de moi-même ! Est-ce que ton amour pour Dieu te pousse à rester avec lui et à lui parler ? Tes prières sont-elles devenues pleines d’amour, enflammées par tes sentiments pour Dieu ? De même pour tous les autres moyens spirituels, se sont-ils remplis de la chaleur de cet amour divin ? Ils ne sont plus de simples pratiques ou des exercices spirituels mais sont devenus des expressions de ce qui se trouve dans ton cœur ; tes sentiments à l’égard de Dieu !Heureux es-tu si tu es ainsi, et si tu ne l’étais réveille-toi avant que ne t’avertisse la Parole de Dieu : pas, peuple ne s’approche de moi qu’en parole, ses lèvres seules me rendent gloire, mais son cœur est loin de moi" (Es 29 :13).Dans ta relation avec lui, Dieu ne veut que cet amour. Dieu ne demande que cela :, « Mon fils donne-moi ton cœur… » Lorsque Jésus-Christ a vu Pierre après la résurrection, il ne lui a pas dit : Pourquoi m’as-tu renié, ou : Comment as-tu faibli, ou : Quelle était ton intention avec ces jurements, ces imprécations et la phrase : « Je ne le connais pas » ? Il lui a posé une seule question : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu ? » (Jn 21,15).Et lorsque Pierre répondit : « Seigneur, toi qui connais tout, tu sais bien que je t’aime », le Seigneur lui a dit : « Sois le berger de mes brebis. Pais mes brebis ! » Il ne veut que cet amour.Plusieurs exercices ou un seul ?À cette l’occasion, je me rappelle d’une question qui m’avait été posée par un correspondant : « Chaque fois que je lis la Bible, je découvre une vertu spéciale ; alors je m’efforce de l’acquérir. Puis, quand je lis de nouveau, je découvre une autre vertu, puis une troisième, et ainsi de suite. J’essaie de m’entraîner à pratiquer ces vertus, jusqu’à ce que je me trouve embarrassé par leur nombre. Conseillez-moi, par où pourrais-je commencer ? Que choisir ? Car à force de pratiquer ces nombreux exercices, j’en oublie certains, ou même la plupart ! »Si l’homme s’attache à aimer Dieu, il y trouvera tout. C’est le seul exercice universel qui te comblera si tu le perfectionnes. A condition que ton amour soit réel, profond et réfléchi, il te suffira. Tu n’auras pas à te soucier d’autres exercices spirituels. Un amour par lequel le cœur s’attache à Dieu et oublie toute chose à part lui-même, lui donnant la priorité sur tout désir ou envie.Tout homme peut dire « j’aime Dieu ». Mais alors on peut poser notre question précédente : c’est bien d’aimer Dieu, mais est-il le premier, l’unique, dans ton cœur ? Est-ce que l’amour de Dieu satisfait ce cœur ? Dans ce cas, il n’a besoin d’aucun amour supplémentaire ! Il est clair que si son amour est véritab
le, l’homme y trouvera un parfait bonheur.
L’amour véritable pour Dieu libère la personne de tout besoin. Notre amour pour Dieu se situe, dans notre cœur, à une certaine profondeur ; s’il pénètre jusqu’au fond, tous les autres amours flotteront à la surface ; et l’amour de Dieu régnera sur l’ensemble. Tout amour qui ne découle pas de l’amour de Dieu disparaît ; et Dieu devient, lui, notre tout. Ainsi, grâce à l’amour pour Dieu, l’homme se libère. L’amour libère de tout désir et de toute envie qui irait à l’encontre de Dieu. Tout désir auquel l’homme s’attache l’attire et le lie. Au lieu que l’homme maîtrise ce désir, c’est le désir qui tient l’homme. Le désir règne sur l’homme qui perd ainsi une grande partie de sa liberté effective.Comment l’homme peut-il se défaire des attaches, des désirs et des envies ? Il se détache d’eux par un amour plus fort, plus profond régnant dans son cœur, qui peut remplacer toute autre passion puisque c’est lui le plus profond !Il n’y a pas d’amour plus fort que le véritable amour pour Dieu : c’est ce qui libère l’homme de tous ses désirs et lui permet de se détacher de tout pour s’attacher à l’Unique. Et il voit que tout ce qui est en dehors de Dieu n’est pas un plaisir authentique. Dieu devient, lui, l’unique objet du désir de l’âme. Il n’y en a pas d’autre. C’est pourquoi l’un des saints a dit cette parole sur le repentir : c’est « un amour qui en remplace un autre ». L’amour de Dieu a pris la place de l’amour du monde, du corps et des choses matérielles.Est-ce que l’amour pour Dieu dans ton cœur se trouve à ce niveau ? Est ce qu’il t’a libéré des envies ? Même dans l’éternité, le bonheur éternel, c’est Dieu ! Il n’y a de bonheur durable qu’en lui, et aucun autre bonheur ne saurait être le véritable… La félicité permanente et complète en Dieu, c’est ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu ; voilà ce qu’est le vrai royaume : vivre avec Dieu, en Dieu, pour l’éternité, sans limitation !L’amour de Dieu libère l’homme des envies et même de la peur. On veut dire par l’expression « des envies » qu’aucune envie ne peut gouverner ou asservir l’homme soumis à Dieu. C’est ce qu’a dit St. Paul : « Tout m’est permis, mais moi, je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit » (1 Co 6,12).Jolie est la parabole de cet oiseau qui trouve un endroit plein de grains ; il en recueille un ou deux, puis s’envole, sans s’attacher à ce lieu ni chercher à amasser plus que nécessaire. Ainsi, celui qui aime Dieu ne craint rien, car la peur est liée aux désirs. L’homme est inquiet quand ‘il découvre en lui-même un désir qu’il craint ne pas pouvoir satisfaire. Il a peur, peur de ne pas arriver à le maîtriser. Ou bien, ce désir étant source de jouissance, il craint de le perdre.Mais celui que l’amour pour Dieu a libéré, de quoi a-t-il peur ? Que craint-il ? Rien. Il chante avec saint Augustin : « Je suis assis sur le sommet du monde, lorsque je sens en mon âme que je ne convoite rien et que je ne crains rien ». Alors son cœur se remplit de force et il dit avec saint Paul : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?… Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Ro 8,35-37).Les enfants de Dieu ont un cœur libre à l’intérieur d’eux-mêmes. C’est l’amour de Dieu qui les a mis au large. Il est entré dans leur cœur et leur a conféré la pureté et la libération. Il leur a donné la force et le courage, il a enlevé de leur cœur tous les liens des désirs. Ainsi, déliés, ils sont libérés et deviennent, tous, plus libre qu’un rayon du soleil ou qu’un souffle d’air…Si on te demande : qui est Dieu par rapport a toi ? Peut-être diras-tu : c’est mon amour. « Sa main gauche soutient ma tête, et son bras droit m’enlace la taille ! » (Ct 2, 6). C’est une communion par laquelle je ne pense même plus à posséder puisque c’est par elle que j’existe, que je vis et que j’ai le mouvement. Cet amour n’est pas une simple idée. II existe dans mon esprit, mon sang et ma raison ; il est pour moi le tout.Oui, c’est toi, Seigneur, qui agis en moi et non pas moi en toi ; tu es le souverain, tu agis avec moi, par moi, et en moi. Peut-être que je ne te comprends pas, mais je te saisis par mon cœur. Je te connais, mais mes paroles et ma langue ne peuvent pas le dire. Les paroles sont trop faibles pour l’exprimer.Toi, Dieu, tu n’es pas en dehors de moi mais tu es en moi.Lorsque je pense à toi, je n’élève pas seulement mon regard, car tu n’es pas en haut dans le ciel. Tu es en moi, et je ne te cherche pas au dehors !II a raison, celui qui a dit « Je ferme mes yeux pour te voir ». Car tu es au delà des sens, et je me libère d’eux graduellement pour te trouver. Si mon esprit utilise des sens, comme la vue, l’ouïe et le toucher… Cela pourrait me retarder. Ainsi j’espère, mon Dieu, tout oublier pour que tu restes, toi seul, à rassasier ma vie.Le problème de notre père Adam, ce fut tout ce qui était entre dans son cœur et son esprit, en plus de sa foi en Dieu ! Au début, Dieu était tout dans la vie d’Adam. Mais, à cause du péché, d’autres pensées ont pénétré dans son cœur. Satan lui a présenté la
connaissance pour elle-même, de sorte qu’il l’aime à la place de Dieu. II lui a présenté l’envie de se déifier ; il l’a séduit par la tentation de vouloir devenir, lui et Ève, des Dieux comme Dieu (Gn 3, 5). Il lui a présenté un arbre et un fruit à manger… Il lui a montré le fruit qui était beau à regarder, bon à manger et splendide pour les yeux. Ainsi, il a fait pénétrer dans sa vie une chose nouvelle : la jouissance des sens et le désir du corps, le plaisir de manger pour lui-même.
Bref, il lui a offert de nouvelles choses qui entrèrent dans son cœur et s’établirent en lui, à coté de Dieu et qui prirent une plus grande importance que Dieu. L’homme sacrifia Dieu pour elles…  ! Ainsi, Dieu ne fut plus le « tout » en Adam mais il trouva en lui un concurrent. Pour Adam, Dieu était devenu un être parmi les autres ! Dieu ne possédait plus tout l’amour du cœur d’Adam, car dans ce cœur avaient pénétré aussi l’amour de la connaissance, l’amour de la déification, la convoitise de la nourriture et la jouissance des sens. En résumé, « le moi » était entré en concurrence avec Dieu, au point de vue place et importance. Puis avec la succession des jours et des siècles, d’autres choses encore ont pénétré dans le cœur des hommes au détriment de Dieu. Et plus l’amour de ces choses augmente chez l’homme, plus son amour pour Dieu diminue. Où donc se trouve le remède à une telle situation ? Il est sans doute dans la décision d’abandonner toutes ces choses logées à l’intérieur de notre cœur.


 


Métropolite Georges Khodre,
archevêque de Byblos, Botris et Mont-Liban


 

Mgr Georges Khodre est une des figures marquantes du renouveau de l’Église d’Antioche au Liban et en Syrie depuis les années 1950. Il est né à Tripoli, la deuxième ville du Liban, le 6 juillet 1923. Après sa jeunesse à Tripoli, il entreprend des études de droit à l’université Saint-Joseph à Beyrouth. Le 16 mars 1942, il participe à la fondation, avec 15 autres étudiants des facultés de droit et de médicine, du Mouvement de la jeunesse orthodoxe (MJO). Le MJO devient le principal moteur de régénération du Patriarcat orthodoxe d’Antioche, participant à la renaissance du monachisme, à l’établis­sement de groupes bibliques, au témoignage chrétien auprès des travailleurs, à l’ouverture d’hôtelleries chrétiennes, à la vie paroissiale, au travail social, et aux publications… En 1944 Georges Khodre termine une licence en droit et s’oriente vers le sacerdoce. En août 1946, Georges Khodre, avec Albert Laham et Gaby Saade, deux autres leaders du MJO en visite en Angleterre, rencontre le père Lev Gillet et l’invite par la suite à se rendre au Liban ; le père Lev Gillet devient alors un important soutien pour la renaissance spirituelle antiochienne ; il visite le Liban presque chaque année entre 1948 et 1970 et il y publie plusieurs de ses livres.

Georges Khodre étudie à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris entre 1946 et 1952 et fut ordonné prêtre en 1954. Il sert comme prêtre paroissial à Tripoli pendant 15 ans et en 1970 il est ordonné évêque. Grâce à son charisme au service de l’Église, il devint un théologien, un pasteur et un père spirituel bien en vue au Moyen-Orient et même au-delà. Mgr Georges Khodre est très engagé dans les rencontres pan-orthodoxes, l’œcuménisme au Moyen-Orient et au niveau mondial et le dialogue interreligieux, surtout avec l’islam. Auteur prolifique, Mgr Georges a publié depuis bien des années une chronique hebdomadaire dans le journal libanais An-Nahar, et il est l’auteur de nombreux livres, publiés principalement au Liban par l’éditeur du MJO, An-Nour (« La Lumière »). Il a enseigné à l’université du Liban et à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Jean-Damascène de l’université de Balamand. Il a reçu un doctorat honoris causa du Séminaire de théologie orthodoxe Saint-Vladimir de New York et de la Faculté de théologie protestante de Paris. Deux de ses livres sont publiés en français : Et si je disais les chemins de l’enfance, un récit de ses souvenirs d’enfance (Cerf/Le Sel de la terre, 1997), et L’Appel de l’Esprit (Cerf/Le Sel de la terre, 2001), une collection d’essais sur divers sujets théologiques et spirituels, en particulier le thème « Église et société ».


 

_____________________________________________________________________________________________

APPEL AUX CHRÉTIENS

par Mgr Georges Khodre


 

Vous êtes porteurs d’un grand apppel, vous êtes un ferment de salut. Vous l’êtes à cause de celui dont vous portez le nom et en qui vous avez été baptisés. Vous faites cependant l’erreur de penser que sans lui vous pouvez garder quelque signification. Vous faites également l’erreur de croire que les autres ne peuvent jamais progresser, comme si les noms avaient valeur en eux-mêmes, comme si le Christ ne pouvait pas, avec ou autrement que par l’eau, baptiser en Dieu celui auquel il désire accorder sa grâce. Certes, tout vient du Sauveur que vous adorez : toute vérité, toute pureté, toute grandeur, tout idéal. Il n’y a rien de bien dans ce monde qui ne soit de quelque façon suscité par le Christ. Mais le Seigneur agit où bon lui semble et vous n’êtes pas en mesure de limiter son action. Il a promis de vous combler de ses grâces, mais il n’a pas dit qu’il en faisait de vous les seuls dépositaires. Je vous en conjure ne soyez pas plus royalistes que votre Roi, lui qui peut « de pierres faire des fils d’Abraham » (Mt 3, 9).

Vous n’êtes pas le but de ce monde ! Le monde n’a pas été créé pour vous servir, c’est vous plutôt qui avez été appelés à être des serviteurs. Or, le serviteur écoute attentivement les volontés de son maître, il travaille à en réaliser les desseins. Toute notion de domination est étrangère à votre foi; elle y est remplacée par l’idée de service. Tout responsable parmi vous ne trouve la légitimité de son autorité que dans son abnégation même. Et cette autorité s’étiole dans la mesure où son détenteur se laisse imprégner d’un esprit de jouissance ; elle perd alors sa raison d’être, souvent bien avant qu’elle ne disparaisse dans la réalité. Ni le Seigneur en qui vous croyez, ni ceux dont vous êtes responsables ne peuvent admettre une autorité qui n’est pas fondée sur le service. D’ailleurs, la prééminence culturelle dont vous vous prévalez et par laquelle vous voulez justifier une forme de supériorité, est en train de devenir un mythe, si elle ne l’est pas déjà. Le savoir n’est plus l’apanage de vous seuls ; et la connaissance – dans ses dimensions d’ouverture sur le bien, le raffinement, le sens du goût et la délicatesse – se répand de plus en plus parmi les hommes. Si la civilisation est dans une large mesure liée aux femmes, qui forment la moitié de la population humaine et qui en sont les inspiratrices et les éducatrices, il est évident que les non-chrétiennes participent, au même titre que les chrétiennes, de tous les dons de la nature.

Rien d’ailleurs n’est plus cher au cœur du Christ que cette évolution. Car le Christ se veut pour tous ; il n’est en tout cas la propriété exclusive de personne. Il répond aux besoins de tous, comme, au cours de son ministère terrestre, il agissait indépendamment des croyances des uns et des autres. Tout progrès réalisé par des fidèles d’autres religions le réjouit au même titre que celui de ses propres disciples. Il est le Sauveur du monde, et non celui de ses seuls adeptes. Il donne le salut à tous par des voies diverses, parmi lesquelles la culture, la technique et les luttes sociales légitimes. Pourquoi ne nous réjouissons-nous donc pas avec lui de la réussite des autres ?

J’irai jusqu’à dire que le Seigneur est lié aux révolutions éthiques, artistiques et scientifiques qui se font jour dans le monde ; celles-ci manifestent d’une manière ou d’une autre sa présence dans l’univers. La pensée chrétienne contemporaine adopte cette position et commence à réaliser que la présence de Dieu ne peut être limitée à des attitudes d’humilité, de bonté ou de charité. Si, par la manifestation de sa présence, Dieu veut le bien de tous, il se doit d’en diversifier les moyens d’expression. La vie spirituelle, avec tout ce qu’elle peut comporter d’inspiration et de force de transformation personnelle, n’épuise pas l’énergie spirituelle dans le monde.

Certes, le monde se transforme par la sainteté. Quand le monde était encore petit, sans grande complexité et pas encore confronté à des problèmes d’ordre universel, celle-ci n’avait qu’un visage. Mais dans un monde ouvert et en voie d’unification, de plus en plus complexe avec la mondialisation et tous les problèmes qui en découlent, il ne fait pas de doute que la sainteté doit, elle aussi, prendre des formes nouvelles. Des formes qui ne soient pas étrangères à la recherche objective et technique de solutions aux difficultés des humains. La créativité par laquelle l’homme d’aujourd’hui parvient à s’élever et se surpasser, comporte une présence cachée du Christ au monde. Un jour viendra où cette présence deviendra manifeste, mais il est nécessaire qu’elle reste cachée pour un temps. Leur devoir d’amour à l’égard du monde impose aux disciples du Seigneur de participer à son développement et à sa transformation radicale. Leur amour ne peut plus se limiter au plan individuel ; il doit se manifester au niveau de l’action communautaire et du changement historique.

Cette transformation du monde, les chrétiens doivent la réaliser avec les autres, pour le bien de tous. Elle ne peut plus être l’affaire d’un groupe ou d’un pays, qu’elle qu’en soit la puissance. Non, il n’est plus possible que cette transformation soit le résultat d’une action à sens unique ; elle doit devenir celui d’un échange, d’une participation. Car toute aide d’un puissant à quelqu’un qui serait moins développé expose le plus fort au risque de soumettre le faible, de lui imposer ses exigences et donc d’aboutir à une politique de suprématie. Le croyant non seulement doit donner avec générosité, mais il doit savoir recevoir avec la même simplicité et la même humilité que celles qui sont censées accompagner son don.

Si telle est la vision chrétienne aujourd’hui, vous devez, vous qui êt
es chrétiens, où que vous soyez, demeurer à la fois prêts à donner et à recevoir, c’est-à-dire à être en situation de participation. Prêts à donner, parce beaucoup vous a été donné par le Christ. Prêts à recevoir non en vue d’une quelconque jouissance, mais parce que c’est là aussi une grâce que Dieu vous accorde à travers les autres.

La contribution de notre pays [le Liban] sur le plan mondial pourrait être l’apport de cette idée de participation que les grandes puissances semblent n’avoir pas encore découverte. Il est d’ailleurs fréquent que l’éveil vienne des petits. Mais ce qui doit vous concerner plus directement, et qui est bien plus important, c’est de comprendre que la vie véritable de l’homme est dans l’oubli de soi, que c’est à travers cet oubli et dans la rencontre avec l’autre dans la vérité qu’un être humain finit par se retrouver. Jusqu’à présent, vous n’avez pas connu l’autre dans le Seigneur. Vous n’avez vu que sa laideur. Certes, de par ses faiblesses et ses contradictions, aucun homme n’est exempt de puérilité, d’artifice et d’égocentrisme. Mais la laideur de la créature ne peut effacer de son visage l’empreinte du Créateur. Toute personne humaine, du fait de sa vocation, des charismes dont Dieu l’a dotée et de ses aspirations vers des horizons infinis, participe au Christ. C’est uniquement dans cette optique que vous devez la regarder ; ce faisant, vous l’aiderez à faire vivre en elle la personne divine qu’elle est appelée à devenir. Plus important encore, vous devez réaliser que vous ne serez vous-même plus rien, que vous deviendrez même étrangers au Christ si vous refusez de regarder l’autre de cette manière.

Ainsi, à quoi bon chercher à affirmer une quelconque supériorité et à vouloir à tout prix qu’elle soit reconnue par les autres ? Le Christ ne se rend présent que dans l’amour ; si vous n’en êtes pas rempli, vous ne contribuez en rien à l’édification de votre pays et au bien de l’humanité. C’est dans l’amour que vous trouvez un sens à vous-même et à votre vie ; il doit donc être tout pour vous. Sans lui, vous frayez avec le néant et vous retournez à la barbarie primitive.

Vous êtes essentiellement un noyau appelé à mourir pour que d’autres vivent. Vous détenez le vrai secret de la vie, parce que quelqu’un vous a appris à accepter la mort. Toute votre réussite est dans cet effacement, dans cet élan perpétuel qui vous fait ouvrir les limites de l’Église aux horizons nouveaux de votre témoignage sacrificiel. C’est justement en ne l’affirmant jamais que confirmez votre identité. Toute votre spécificité consiste en ce que vous ne cherchez pas à la définir ou à l’imposer. Vous ne serez sauvés que dans la mesure où vous ne rechercherez pas votre propre sauvegarde. Il vous faut au contraire vous plonger dans la mêlée, au beau milieu des problèmes de ce monde. Vous ne chercherez pas à dominer, car « ceux qu’on regarde comme les chefs des nations leur commandent en maîtres, et les grands leur font sentir leur pouvoir » (Mt 20, 25). Vous, vous n’êtes pas de ce monde. Chaque fois que vous tirerez une quelconque fierté du fait d’être forts selon la logique de ce monde ou honorables selon le sens commun, vous cesserez d’avoir une présence spirituelle agissante. Car « ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi ; ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1, 28).

Croyez-vous en tout cela ?

Lissan-ul-Hal, 14 janvier 1968. Traduction
dans Georges Khodre,
L’Appel de l’Esprit :
Église et société
, Cerf/Le Sel de la terre, 2001.


 

_____________________________________________________________________________________________

MÉDITATIONS DE L’AUBE

par Mgr Georges Khodre


 

La liturgie, cœur de l’existence chrétienne

D’une manière ou d’une autre, nous sommes toujours ramenés au caractère central de la liturgie. En dépit de quelques dévotions paraliturgiques au cours des derniers siècles – qui portent la marque du sentimentalisme – et malgré beaucoup de textes prosaïques et plats, la liturgie byzantine demeure une œuvre qui dépasse toute imagination ; elle est la source par excellence de la restauration de l’être entamé par le péché et en proie à toutes les forces de désintégration qui l’envahissent de toutes parts.

L’homme contemporain est en quête d’unité, d’espér­ance et de beauté qui sont, à leur stade ultime de révélation, les lieux mêmes de la foi. La liturgie n’est autre que la foi éprouvée dans le mystère de l’habitation de Dieu en nous, et communiquée par tous et à tous selon la loi du rassemblement eucharistique, rassemblement qui incarne une vision du monde. La liturgie nous rend ensemble présents à la Présence par le dépassement du mot simplement dit ou même compris, comme par le dé
passement de toutes les réalités esthétiques convoquées dans le temps et l’espace de cette action.

Ainsi, la Parole lue dans l’assemblée devient signe du salut apporté par le Christ, signe qui se déploie devant nous comme vérité actuelle et toujours nouvelle, signe qui ne prendra sa signification totale qu’à la fin des temps. Le mot est certes pédagogique, mais il est aussi vérité comme l’est tout signe authentique pour une humanité noyée dans la prostitution de la parole par la publicité et le discours politique. Quand, dans un texte, ce qui est dit n’est pas signifié, le .mot devient traumatisme jusqu’à la folie.

D’une manière positive, la parole liturgique m’unit aux fidèles de tous les temps dans la simplicité de la profession de foi. Dogmatique, le culte me libère de mes fluctuations sentimentales, tout en étant individuellement approprié. L’assemblée me reçoit et me projette vers l’éternel présent et durable, selon l’infinie richesse de la tradition, dans la communauté des gens simples ou cultivés, beaux ou laids, riches ou pauvres, tous dans la repentance pour se pardonner les uns aux autres leurs limites et préjugés, et se retrouver accueillis autour de la même Cène.

Si la parole est animée d’un souffle prophétique, elle chasse les vendeurs du Temple et soumet l’injuste à la discipline canonique. Il n’y a pas de communauté eucharistique dans l’oppression, et l’Église est juge en matière d’administration des sacrements. Si je ne suis pas rejeté par mon baiser perfide, je suis établi dans l’as­semblée des justes, inentamé par mon péché, agréé par les frères, rendu à la communion des saints ; l’éternité est désormais mon projet. Je ne suis plus livré à mes fantasmes, ni dévoré par la jalousie de mes honneurs et la vanité de mon intelligence ou de mes vertus, puisque la richesse des frères me fait découvrir ma pauvreté. Je peux ainsi triompher de la vanité du moi et de l’orgueil collectif, puisque c’est le Christ qui édifie son Corps.

Dans la liturgie, la beauté subit une véritable métamorphose et ne peut plus être considérée comme une réalité purement esthétique. Par le chant et surtout par l’icône, l’art devient participant du monde à venir, parce qu’il représente le Seigneur en gloire. L’homme n’est plus ici dans le désarroi de l’art moderne, devant l’impasse de la désintégration de l’humain, mais il retrouve son image propre et intérieurement cohérente, celle qui reflète la lumière du Ressuscité.

Je ne connais pas d’autre lieu de l’activité humaine où, comme dans la liturgie, l’éros est ainsi pris d’une manière créatrice et sans dérèglement. Le corps est là dans l’attente de sa résurrection ; c’est le mal qui l’avait séparé de l’âme. Ensemble ils sont lavés, oints, aspergés, éclairés, exorcisés en vue de leur santé commune. Le corps « eucharistié », parce que nourri du Corps et du Sang du Christ, ne connaît plus de limite. Grâce à ce don, le corps humain reçoit le gage de la vie éternelle : il est fondé comme médiateur entre Dieu et le cosmos dont il accomplit déjà la rédemption. Bien qu’ap­partenant par le péché au monde déchu, nous récapitulons tous les éléments du monde dans cette continuation de l’eucharistie qu’est le sacrifice vivant de nos corps par la chasteté et la restauration de notre être dans son intégrité.

La liturgie sans courage devient contre-témoignage

Une ecclésiologie inadéquate est source d’erreurs et de défaillances dans la praxis sociale. Inversement, une situation sociale opprimante rendra impossible l’engage­ment social dans sa plénitude. Peut-être l’intercession incessante, dans la liturgie, pour la paix du monde exprime-t-elle le rêve d’une action libératrice de l’Église régénérée par l’eucharistie, Église qui ne se veut pas seulement célébration, mais « autel du pauvre », selon le mot de saint Jean Chrysostome. Le problème, c’est que l’Église d’Orient s’est souvent vue confinée au sanctuaire par les pouvoirs établis. Si Dieu, à travers l’Église, semble faire peser pour longtemps le bâton des impies sur le sort des justes, ceux-ci tendront leurs mains à l’iniquité. Et la liturgie sans courage deviendra contre-témoignage ; l’Église, même la moins formelle, tendra à accorder une valeur quasi absolue aux rites et aux formes. Cependant, tel un filon d’or, l’esprit prophétique surgit ici et là, généralement à travers un moine ou un hiérarque, parfois un prêtre, pour s’exprim­er dans l’histoire. C’est dire que la prière de l’Église fut et peut être génératrice d’une action sociale féconde.

Le christianisme n’est pas une aventure historique

L’histoire, si elle n’est pas dans son écriture une hagiographie, n’a d’intérêt pour les orthodoxes que comme le lieu de l’Esprit Saint. On peut certes juger un nombre considérable de chrétiens et de communautés chrétiennes sur leur échec à changer le monde, mais un tel jugement implique que le christianisme est rivé à l’histoire. Or, le christianisme n’est pas une aventure historique : il est ramassé entièrement dans la présence du Christ et dans notre vie avec lui, cachée dans le Père.

Celui qui se voit demeurer dans la lumière divine, celui dont la lumière est l’identité
, est capable d’une plus grande patience et d’une résistance plus ferme – car fondées plus profondément – que celui qui veut conquérir l’histoire par la force et les armes. Ce dernier donne de l’importance au nombre, aux moyens d’existence et à la politique qui assurent la force. Nous sommes là en présence de deux visions du monde qui ne peuvent s’accorder et ne s’accorderont jamais.

Le vrai problème n’est pas de savoir si nous allons survivre ou non, mais plutôt si nous aurons pu atteindre une qualité d’hommes ayant expérimenté dans leur corps et leur âme l’énergie divine ; car avoir fait cette expérience, c’est avoir repris confiance dans l’existence et la sainteté de l’humanité appelée à devenir tout entière le champ de l’action divine et le lieu de rencontres – promises – avec la lumière.

Celui qui se revêt d’un habit blanc de lumière n’a pas de problème avec l’existence. Il n’est pas distrait par les temps mauvais et rien ne l’angoisse. Pour lui, rien n’existe hors de cette lumière dont il est revêtu. En dehors d’elle, tout est décrépitude – temps, pensées, actions –, un enfer qui ne peut vaincre l’héritage qui nous a été transmis une fois pour toutes par les saints. Cet héritage, source de force et de confiance, de renouveau et de paix, est celui de la résurrection et de la Pâque du Seigneur.

Extraits de : Georges Khodre, L’Appel de l’Esprit :
Église et société
, Cerf/Le Sel de la terre, 2001.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

inleiding tot de heilige Liturgie

INLEIDING TOT DE HEILIGE LITURGIE  van  de  H. Johannes Chrysostomos

                          De blijde boodschap verkondigen,  zowel  in het heden als in het verleden en morgen, behoort tot één van de belangrijkste verantwoordelijkheden van de Kerk in de wereld , sedert de Heer er  na zijn verrijzenis zijn leerlingen heeft mee belast.. Deze Blijde Boodschap is niet zomaar een aangename , eenvoudige nieuwe boodschap, maar het Leven, dit wil zeggen, de overtuiging dat God zijn Zoon heeft gezonden voor ons heil. Wij zullen trachten dit duidelijker te maken door een meditatie over de liturgische celebratie. 

DE VIERING VAN DE EUCHARISTIE

      

2001_10_20_communion_jpg

       De eerste taak van de Goddelijke Liturgie bestaat erin, dat wij erkennen, dat wij als beeld van de levende God geroepen zijn “om de opbouw van het mysterie dat van alle eeuwigheid verborgen is in God en in Hem die alles geschapen heeft in het licht te stellen”(Ef.5,9). St.Maximus de Belijder legt uit, dat tijdens de Eucharistische celebratie, de gehele wereld zich onthult als een kerk : het kerkschip, zegt hij, vormt de tastbare wereld ; de engelen vormen het koor ; en de geest van de mens het heilige der heiligen : “Zo wordt de mens op

crisostomo

dat moment, de verbinding tussen het goddelijke en het aardse” en van hem uit “ verspreidt zich de genade over de ganse schepping” daar zijn ziel, onder leiding van het Woord, het heelal offert aan God als op een altaar. “Dankt God voor alles (eucharistie=dankzeggen)”, lezen wij in de eerste brief van  Sint Paulus aan de Thessalonicenzen (5,18):aan de Eucharistie als sacrament beantwoordt de spirituele Eucharistie, die een gedaanteverandering teweegbrengt in gans het menselijk zijn. Hier is de Heilige Geest onverstoorbaar aanwezig en deelt zich mee in zijn geheel, en het eucharistisch brood zegent allen die eraan deelnemen. De kreupelen, de blinden, de gebrekkigen zijn uitgenodigd aan de mystieke 5 broden en twee vissen

Maaltijd, aan het Ware Leven ; de kleine kinderen, de zieken, de vernederden, de gevallenen zijn ook uitgenodigd aan het feestmaal van het Koninkrijk. De Goddelijke Liturgie wordt gecelebreerd, opdat de hongerigen zouden verzadigd worden, opdat de dorstigen zouden gelaafd worden, opdat zij die lijden  en wenen zouden getroost worden. 

DE LITURGIE VAN DE GELOVIGEN

             “Wij die in dit heilig mysterie de Cherubijnen verzinnebeelden…” Deze hymne die ons binnenleidt in de liturgie van de gelovigen onderdrukt zij niet meteen de tegenstelling tussen de hemelse realiteit en de aardse realiteit; tussen de tijd en de eeuwigheid en staat ze ons niet toe om elk moment van ons bestaan te aanvaarden als het verloop van het geheel van de mensengeschiedenis ?              Gans het  liturgisch leven is een getuigenis van de hoop door dewelke de mensen zich niet meer verzetten en zichzelf niet meer kwellen. Als velen in onze tijd de zin zelf voor God hebben verloren, indien voor hen het besef van de godheid totaal “buiten spel” staat, is het dan niet, omdat zij niet hebben begrepen dat gans de liturgische celebratie  buitengewoon sociaal en kerkelijk – geestelijk  is ?. Het gebed, het geloof, de liefde, de naastenliefde houden op het “mijne” te zijn en worden het “onze”, en de gehele relatie van de mens met God, wordt een relatie van God met zijn volk. De Goddelijke Liturgie beschermt op elk moment de gehele natuur van de mens en dit in  tegenstelling met de angst die leeft bij een groot deel van onze tijdgenoten, die, sterk beïnvloedt door de recente wetenschappelijke en filosofische veranderingen, nog moeilijk het onderscheid kunnen maken tussen het natuurlijke en het bovennatuurlijke. Men scheidt nogal gemakkelijk de ziel van het lichaam en de geest van de materie. 

HET ENIGE GOEDE NIEUWS

             Maar wat gebeurt er, als wij op het einde van de liturgie uitgenodigd worden om weg te gaan in vrede ? Leidt onze deelname aan het Eucharistisch Mysterie werkelijk tot een transfiguratie en vernieuwing van de schepping en de mens in Christus ?. Daarin ligt voor ons de enige en ware vraag. Laten wij de dingen zien, zoals ze zich in de werkelijkheid aan ons voordoen : het volstaat niet om tot de wereld te spreken om haar te veranderen. De wereld heeft integendeel nood aan een  “ondervinding” van het kruis, van een heroïsche overwinning van de ascese, die ons zal binnenvoeren in de ware dimensie van het komende Rijk, opdat wij zouden gedeïfieerd, geheiligd zouden worden in tijd en ruimte. En in zulke visie is er geen plaats voor een “louter sociaal”evangelie. Ondanks de poëtische stijl van zovele menslievende tijdgenoten, schreef een voorname vertegenwoordiger van onze Kerk in Frankrijk, weten wij goed, dat er dood en hel is in de mens, dat er d
ood en hel is tussen de mensen onderling. Het enige nieuws dat voor de ganse mensheid goed nieuws is, is de boodschap van de Apostelen, die de boodschap is geworden van de Kerk “ CHRISTUS IS VERREZEN !”. Of men het erkent of niet, geen enkele levensvorm en cultuur ontsnapt aan de universaliteit van de Incarnatie.Daarom spoort het Mysterie van de Eucharistie ons aan om altijd te werken, niet in de zin van de Kerk aan te passen aan de wereld, maar integendeel, de wereld aan te passen aan de goddelijke Waarheid. De kerkvaders, vergeten we het niet, hebben niet alleen het “geloof bewaard”, zij hebben ook hard gewerkt opdat de Kerk de wereld zou transformeren en behouden.
“Broeders christenen, vragen wij aan God om alles wat is in de hemelen en op aarde onder één hoofd, Christus, samen te vatten”(Ef.1,10), opdat alleen de Heer  “alles in allen” zou zijn (1Kor.15,28). Het is alleen daarin dat onze solidariteit met de wereld zal bestaan en het bewijs dat existentieel gezien de Kerk de getransfigureerde wereld is. 

DE AANKLEDING EN DE PROSCOMIDIE

             Om te beginnen gaan we alles bestuderen wat zich voltrekt vanaf  de aankomst van de celebranten in de Kerk, tot aan het begin van de liturgie van het Woord : De gebeden van de celebranten vóór de Heilige Deuren ; de intrede van de celebranten in het Heiligdom en de aankleding met de priesterlijke gewaden ; de voorbereiding van de gaven genoemd de  “proscomidie”             Deze liturgische daden komen nogal dikwijls bij de gelovigen als geheimzinnig over door het feit dat de celebranten na de gebeden vóór de Heilige Poorten, het heiligdom binnengaan en de deuren gesloten worden.  Zij maken nochtans een integraal deel uit van de liturgie, en het is belangrijk dat de gelovigen eraan deelnemen door hun aanwezigheid en hun inkeer. 1 – GEBEDEN VOOR DE HEILIGE POORTEN EN INTREDE IN HET HEILIGDOM 

      priester aan altaar      Na de gebeden,met lage stem, vóór de Heilige Deuren, vereren de priester en de diaken de ikoon van Christus, daarna deze van de Moeder Gods en ook deze van andere heiligen. Zij buigen zich voor de gelovigen en vragen hen vergiffenis, om de eucharistie te kunnen vieren in vrede met allen. Bij het binnengaan van het heiligdom zeggen zij : “ Heer, door de overvloed van Uw barmhartigheid mag ik binnentreden in Uw huis. Ik zal nedervallen voor Uw heilige tempel, in vreze voor U….”(Ps.5,8). De priester kust het Evangelie en het altaar en gaat dan naar het diakonikon (rechts van het altaar) om zich te bekleden met de priesterlijke gewaden. Zo ook de diaken.

 2 – DE AANKLEDING             Door hun pracht en harmonie, delen de liturgische gewaden aan de schoonheid en het feestelijke van de Dienst, en de woorden uitgesproken op het moment dat de  celebranten zich aankleden hebben allen een symbolische waarde.             Voor het sticharion of albe, een lange tuniek gedragen boven de soutane, lezen de priester en de diaken de verzen van Jesaja : “ Mijn ziel verheugt zich in de Heer, want Hij heeft mij een kleed van verlossing aangedaan en mij bekleed met het gewaad der vreugde.Hij heeft mij als een  bruidegom met een mitra gekroond, en als een bruid met juwelen getooid”.

 

            Het orarion voor de diaken, het epitrachilion(stola) voor de priester, symboliseren de uitstorting van de Heilige Geest die zij ontvangen vanuit de hoge. De gordel (alleen gedragen door de bisschop of de priester, zoals ook de volgende gewaden) is het teken van goddelijke kracht  voor hen die hem aandoen. De epimanikia (mouwen) herinneren eraan dat de handen van de celebrant gebonden zijn ten teken van gehoorzaamheid aan God.             Het epigonation of nabedrennik in de vorm van een ruit, gedragen op de heup, symboliseert het geestelijk zwaard. Het herinnert aan de strijd en de zegepraal over de dood die Christus heeft behaald. Het is een eremerk dat verleend wordt aan sommige priesters. Het felonion bedekt de borst en strekt zich afrondend uit op de rug tot aan de voeten . Het is het teken van de glorie welke de priester omkleedt. Voor de bisschop voegt men er ook nog het omoforion, het kruis, de mitra en de panagia aan toe.             De celebranten wassen vervolgens de handen en zeggen psalm 25 “Heer, met onschuldigen was ik mijn handen : ik zal rondom Uw altaar gaan, om het geluid der lofzang te horen…” 3 – DE PROSKOMIDIE             Vervolgens gaan de celebranten naar de Voorbereidingstafel of prothese, die zich aan de linkerzijde van het altaar bevindt. Het is een kleine vierkante tafel waarop zich een kaars bevindt en alle noodzakelijke voorwerpen voor de celebratie van de Heilige Eucharistie.  Deze Dienst van de proscomidie is dus  de voorbereiding van de heilige gaven die bestemd zijn voor het eucharistisch offer. Het herinnert ons aan het enige offer van Christrus, door het geven  van Zijn leven.             De diaken steekt een kaars aan, hij legt de gaven van brood en
wijn op de tafel, ter herinnering aan het laatste maaltijd van Christus, het laatste avondmaal, en terwijl hij dankend een dankgebed uitspreekt voor het offer van Christus. Het brood  is ofwel één groot rond brood, waarop vijf zegels op afgedrukt staan ofwel zijn het vijf prosfora met op elk ervan een zegel in de vorm van een kruis waar tussen de armen van het kruis de letters staan geschreven (JC –NI-KA) “Jezus Christus overwinnaar”. Delen van elk van deze prosfora gaan nu geplaatst worden op de disk. Het kubusvormig deel dat zich in het centrum van het brood bevindt wordt eerst door de priester uit het brood gesneden met de lans (=scherp mes in de vorm van een lans), dit deel wordt  “Lam” genoemd, want Christus is geslacht als een lam. Het herinnert ons ook aan het Paaslam uit het Oude proskomidieTestament, en aan de profetie van  Jesaja bij zijn aankondiging van de lijdende Dienaar. Het zijn trouwens de verzen van deze Profeet die de priester uitspreekt op het moment dat hij het centrale gedeelte uit de prosfora  rond de gestempelde indruk lossnijdt.
             Terwijl hij de vier insnijdingen doet met de lans zegt hij het volgende : “ Als een schaap werd Hij ter slachtbank gevoerd. En als een onschuldig Lam, dat voor de scheerder stom blijft, deed Hij de mond niet open. In Zijn deemoed werd Hij veroordeeld. Wie kan Zijn afkomst doorversen ?”Het Lam is nu losgesneden uit het geheel en wordt omgekeerd (met het zegel naar onder) op de disk gelegd. De priester doet nu een diepe insnijding in kruisvorm, doch zonder het zegel volledig te beschadigen, en dit om dit deel van het brood, in vier delen voor te bereiden voor de communie.             Hij zegt de woorden : “Geslachtofferd wordt het Lam Gods, Dat de zonden der wereld wegneemt”.             Hij draait vervolgens het deeltje om en doorboort het Lam in de rechterzijde terwijl hij zegt : “ Een der soldaten doorstak Zijn zijde met een lans, en terstond vloeide er bloed en water uit. Hij die het gezien heeft getuige daarvan, en zijn getuigenis is waarachtig” (Joh. 19,34-35).             Deze rite en deze woorden herinneren ons aan de lans die in de zijde van de gekruisigde Christus werd gestoken, en waaruit water en bloed vloeide. Het legt ook uit  wat de betekenis is van de menging van water met wijn , die de priester nu , zegenend in de kelk giet. Daarna  volgt de voorbereiding van de deeltjes voor de “herdenking” die de priester nu zal halen uit de overige prosfora en ze zal leggen rond het Lam, dit in een strenge volgorde.             Van de tweede prosfora snijdt de priester een deeltje in de vorm van een driehoek, ter ere van de Moeder Gods en plaatst het rechts van het Lam zeggende : “De Koningin staat aan Uw rechterzijde, met een gewaad van goudbrokaat getooid” (Ps.44,10).             Uit de derde prosfora neemt de priester negen deeltjes die hij in drie rijen naast de linkerkant van het Lam legt. Hij herdenkt hierbij in volgorde de heilige Engelen, de heilige Aartsengelen Michaël en Gabriël en alle hemelse en onstoffelijke krachten, van Johannes de Voorloper, de Profeten, de Apostelen, de Heilige Hiërarchen, van alle heilige martelaren, van de heilige wonderdoende, onzelfzuchtige artsen ( anagyres = genezers), van de heilige, gerechte Grootouders des Heren, van de Heilige Johannes Chrisostomos (wanneer zijn liturgie wordt gevierd), en van alle heiligen.             Het vierde deel is bestemd voor de levenden. De priester vermeldt eerst de patriarch en de bisschop waarvan hij afhangt, vervolgens de bedienaars en de gelovigen. Hij voegt op deze lijn een deeltje toe welke hij heeft gesneden uit de prosfora die zijn meegebracht door de gelovigen, terwijl hij de namen leest van diegenen die geschreven staan op de lijst van de diptieken.De diptieken zijn bladzijden of een boekje waar bovenaan deze regels geschreven staan :Voor de levenden :  “Voor de gezondheid en de rust van de dienaren Gods”Voor de overledenen :  “Voor de rust van de zielen van de dienaren Gods”.  De gelovigen schrijven de namen van de personen die zij willen herdenken hiervoor op een daarvoor bestemd briefje.             De vijfde prosfora is bestemd voor de afgestorvenen waarbij ook de stichters van de kerk of het monasterie waar de liturgie wordt gevierd , worden herdacht.De priester eindigt met een deelte toe te voegen aan de lijn van de levenden voor zijn eigen intentie. Alle boven vermelde handelingen worden begeleid  door gebeden die de priester met half luide stem uitspreekt.Op deze wijze wordt op de pateen gans de verzamelde Kerk  vermeldt rond het Lam :  de vergadering van gelovigen van alle tijden, de heiligen, de zondaars, de levenden en de doden, gans de zichtbare en onzichtbare Kerk, die men de gemeenschap der heiligen noemt.             Vervolgens geeft de diaken het wierookvat aan de priester, opdat hij dit alles zou zegenen. “Christus, onze God, wij offeren U wierook tot een welriekende geestelijke geur; neem deze aan op Uw hemels altaar, en zend ons daarvoor de genade van Uw alheilige Geest”.De priester neemt de asterisk, en nadat hij het gezegend heeft, plaatst hij het op de pateen zeggend : “ De ster kwam, en stond stil boven de plaats waar het Kind zich bevond”.(Matt.2,9).             Het altaar wordt zo tot de grot van Bethlehem, de asterisk verzinnebeelt symbolisch de stralende ster boven de nieuw geborene, en de disk (het bovenste deel van de pateen)stelt de kribbe voor in dewelke het kind lag. In feite beeldt de gehele proscomidie tegelijk op symbolische wijze het begin van Jezus’aardse leven uit.             Vervolgens bedekt de priester de pateen met het klein velum evenals de kelk, en op de twee samen wordt het groot velum, aër gelegd
. Na drie maal de voorbereidingstafel te hebben bewierookt, zegt de priester een gebed voor de aangeboden gaven : “Dat Christus onze waarachtige God, die opgestaan is uit de doden, door de gebeden van Zijn Heilige alreine Moeder, van onze Vader onder de heiligen, de heilige Johannes Chrisostomos, de aartsbisschop van Constantinopel, en van alle heiligen, zich over ons ontferme en ons redde, want Hij is goed en menslievend”.
 LITURGIE VAN HET WOORD OF LITURGIE VAN DE CATECHUMENEN  

De twee belangrijkste liturgieën van de Orthodoxe Kerk

             De liturgie van de heilige Johannes Chrisostomos, de voornaamste die gecelebreerd wordt gedurende het jaar en welke we vooral in deze studie behandelen, alsook de liturgie van Sint Basilios de Grote, zijn de twee belangrijkste liturgieën van de Orthodoxe Kerk. Zij verschillen alleen door de eucharistische canon. 

Algemene betekenis van de Goddelijke liturgie

  “Christus is essentieel de Verlosser; Hij is in de wereld gekomen om de zondaars vrij te kopen. De goddelijke liturgie is het mysterie van de verlossing. De Verlossing eist vooreerst, dat men sterft aan deze zondige wereld. Daarom is de liturgie eerst en vooral mysterie van het Lijden. Deze vorm is alleen afgestemd op de menselijke conditie die nog altijd gedomineerd  en bedreigd wordt door de zonde. Deze mensheid moet nog sterven aan de zonde met de Heer,).maar indien zij mystiek gezien dood is, leeft zij ook met Christus voor God., zij is sacramenteel verrezen . Daarom moet de Goddelijke Liturgie het sacrament zijn van de Verrijzenis”(O Casel :  “Doe dit tot mijn gedachtenis”,Cerf,Coll.Lex orandi,1962,p.174.)

De Goddelijke liturgie bevat twee delen : de liturgie van het Woord of liturgie van de Catechumenen, die wij nu gaan bestuderen, en de liturgie van de gelovigen, die wij verder zullen zien.

 

LITURGIE VAN HET WOORD OF LITURGIE VAN DE CATECHUMENEN

 

Liturgie van het Woord

   “Zoals de Proscomidie overeenkomt met  de aanvang van Christus’leven, met zijn geboorte, alleen geopenbaard             aan de engelen en aan enkele mensen (….) zo is ook de liturgie van het Woord verbonden aan Zijn openbaar leven tussen de mensen, die Hij heeft onderricht door het woord en de waarheid” (Nicolas GOGOL : “meditaties over de Goddelijke Liturgie”, DDB. 1952). candle
Gedurende haar verloop, hoort men lezingen uit de Brieven of uit de Handelingen der Apostelen, en het Evangelie. Vroeger trokken de catechumenen, personen die zich voorbereidden op het doopsel, zich terug op het moment van de liturgie van de gelovigen, want zij hadden niet het recht om het “ mysterie “bij te wonen, dit wil zeggen tot de communie van het bloed en lichaam van Christus, wat, zoals nu trouwens ook nog, alleen bestemd is voor gedoopten. 

1.GEBEDEN VOOR HET ALTAAR

 

            De liturgie van de catechumenen begint met de aanroeping van de Heilige Geest door de priester,met gedempte stem :  “Koning van de hemel, Trooster, Geest der waarheid, Die overal tegenwoordig zijt en met Wie alles vervuld is, Schatkamer van alle goed, Gever van het Leven : kom en verblijf in ons, zuiver ons van alle smet, en red onze zielen, o Algoede”. Dit gebed wordt gebeden om aan te duiden dat de Kerk ook vandaag nog leeft van de komst van de Heilige Geest met Pinksteren. Zij zet de aanwezigheid van God op aarde voort tot aan de tweede glorierijke komst. Elke daad van het christelijk leven begint met dit gebed, opdat de kracht van de Geest ons moge begeleiden.

 2. ENARXIS-VOORBEREIDING Aanvangs doxologie            De priester houdt het Evangelieboek in zijn twee handen en maakt ermee een kruisteken boven het altaar, terwijl hij met luide stem zingt : “ Gezegend zij het Koninkrijk van de Vader, en van de Zoon, en van de Heilige Geest; nu en altijd en in de eeuwen der eeuwen”. Het is door de menswording van de Zoon dat in de wereld de zekerheid van het mysterie van de Drieeenheid is losgebarsten, daarom juist wordt begonnen met de aanroeping van de Drieeenheid en verlicht het begin van elke geheiligde daad. Daarom ook moet elke gelovige, nadat hij zich van alles onthecht heeft, zich meteen plaatsen in het koninkrijk van de Drieeenheid’ (N GOGOL , op.cit.). Op deze aanroeping antwoordt het koor : “Amen” met dit woord drukken de gelovigen hun volle instemming uit voor  alles wat gezegd is. Het is méér dan een eenvoudige bevestiging, het is een geloofsbelijdenis. Eerste grote litanie of ektenie (vredeslitanie) 

            Zij begint met een dringende vraag om vrede : “laat ons de Heer in vrede bidden” Het gaat er in de eerste plaats om een innerlijke vrede in zichzelf te bewerkstelligen. Zij die deelnemen aan  de Heilige Liturgie moeten elke onrust uit hun geest bannen (….) Zij moeten zich voor God plaatsen in een staat van rust, vertrouwende aandacht, van concentratie op het “enig noodzakelijke” En dadelijk volgt een tweede vraag :”De vrede waarom we reeds gevraagd hebben is iets anders dan een zielstoestand, een psychologische situatie die door onze inspanningen tot stand is gekomen. Het is een vrede die komt ‘uit de hoge’(….) een gave van God (….). Anderzijds erkennen wij dat de goddelijke vrede en het “
heil”van onze ziel innig met mekaar verbonden zijn. De vrede is een teken van de  aanwezigheid en de werkzaamheid van de “Heer”in ons. “om vrede voor de gehele wereld en het welzijn van de heilige Kerken Gods, en om EENHEID van allen, laat ons de Heer bidden”. “Wij bidden voor de vrede van de wereld(….) en opdat alle mensen zich verenigen in éénzelfde liefde”. (Een monnik van de Oosterse Kerk :  “liturgische offerande” coll.
Foi vivante, Uitg.Cerf,1988,p.1314.)

Gedurende de ganse liturgie, eindigen de grote en kleine ectenieën met een nagedachtenis van de Moeder van God en van alle heiligen, gevolgd door een gebed in stilte door de priester en een  “ekphonese”(=met luide stem) die dit gebed beëindigt.Het gaat om een uitroep door de priester in de vorm van een lofprijzing tot de Heilige Drieeenheid, een trinitaire doxologie, waarop het koor antwoordt : “Amen”De drie antifonen : “gescheiden door twee korte ectenieën vormen als het ware het voorportaal dat wij moeten overschreiden voor  men kan binnentreden in het mysterie. De mens kan slechts binnentreden in de Tegenwoordigheid van God, als hij zich op een geleidelijke manier hierop heeft voorbereid.” Gedurende de derde antifoon, nl. de zaligsprekingen, knielen de celebranten driemaal voor het altaar, de priester neemt het evangelie en geeft het aan de diaken. 3.DE KLEINE INTOCHT             De celebranten vertrekken vanuit de noorder- poort van het heiligdom. De diaken als eerste, draagt , omhoog gehouden, het evangelieboek. Hij wordt voorafgegaan door akolieten met een kaars. De processie gaat tot voor de heilige poorten. Zij symboliseert de komst van Jezus zelf, die gekomen is om te prediken onder het volkeren. Het Evangelie vertegenwoordigt het Woord van God. De grote kaars voor het Evangelie symboliseert  “het licht dat in de wereld gekomen is”, Christus zelf, Woord van God. De gelovigen buigen voor Hem. Nadat de priester met lage stem een gebed heeft uitgesproken opdat de liturgie in eenheid zou mogen zijn met de hemelse Liturgie, zegent de intrede en kust het Evangelie.. 4.GEZANGEN EN LEZINGEN             Terwijl het koor de troparia en de kondakia van de dag zingt, reciteert de priester met gedempte stem het gebed van het Trisagion, welke de hymne van het trisagion voorafgaat, dat door het koor zal worden gezongen. 

Het trisagion

                        De hymne driemaal heilig, is een trinitair gebed dat zijn oorsprong vindt in de zang van de engelen die gehoord werd door de profeet Jesaja (Jes.6,18). Meer dan 7 eeuwen later, is hij opnieuw gehoord door de apostel Johannes tijdens de openbaring die hij had in Patmos. (Apoc.4,8).Dit gebed wordt  gecommentarieerd in de loop van de Vespers van Pinksteren: “Kom volkeren, aanbidden wij de godheid in drie personen, de Zoon in de Vader met de Heilige Geest. Want buiten de tijd, heeft de Vader de Zoon voortgebracht, in eeuwigheid met Hem op dezelfde troon. En de Heilige Geest verheerlijkt met de Zoon, was in de Vader, enige Macht. Enig Zijn, Enige Godheid, die wij allen aanbidden en zeggen : Heilige God die het universum schiep door de Zoon en in samenwerking (synergie)met de Heilige Geest, Heilige sterke, door wie wij de Vader hebben gekend en door wie de Heilige Geest gekomen is in de wereld, Heilige onsterfelijke, Geest-trooster die voortkomt uit de Vader en rust in de Zoon, heilige Drieeenheid, glorie aan U” 

Ceremonie van de troon en Lezingen

             Voor de proklamatie van het prokimenon, nodigt de diaken de priester uit om de troon  van de bisschop te zegenen. Vervolgens, nadat de diaken onze aandacht heeft gevraagd, zingt de lector, midden de Kerk het prokimenon en leest de lezing van de Apostel van de dag. Tijdens deze lezing en tijdens het Alleluia die daarop volgt, bewierookt de diaken het altaar, het heiligdom, de ikonostase en het volk, “aldus de komst van het Woord voorbereidend, goddelijke tegenwoordigheid, en om ons eraan te herinneren dat voor het aanhoren van de Evangelische woorden een zuivering van het hart noodzakelijk is” 

Homelie

             Na de lezing van het Evangelie houdt de priester een homelie. Gedurende deze homelie opent de Heilige Geest, door tussenkomst van de priester, de geest van de gelovigen “tot inzicht van de lezingen”. Zij is dus geen eenvoudige uitleg van het Woord dat zojuist gelezen werd, maar wél de prediking van het Evangelie zelf. Door ernaar te luisteren zouden wij hetzelfde moeten ervaren als de leerlingen van Emmaüs : “ Brandde ons hart niet in ons toen Hij tot ons sprak en ons de schriften opende ?”. 4.GEBEDEN VOOR DE GANSE KERK 

            Nu nodigt de diaken het volk uit om te bidden. De priester van zijn kant bidt met zachte stem, bij zichzelf , dat de gebeden van de gelovigen aanvaard mogen worden door God. Vervolgens, spreekt hij met luide stem de eind-doxologie uit, hij betrekt hen ook bij deze lofzang voor God. “Welk is het gebed van het volk, dat bijzonder opportuun is na het Evangelie ? Het is het gebed voor hen die trouw zijn aan het Evangelie, voor hen die de volheid van Christus uitgedrukt in het Evangelie navolgen”, (Sint Nicolas CABASILAS :” Explication de la Divine Liturgie”,coll. Sources Chrétiennes n° 4 bis,éd.Cerf,1967,p.159)

 

Het antimension

             Gedurende dit gebed ontvouwd de priester het antimension op het altaar. “Het antimension is een doek d
at reliquiën bevat en gewijd is door de bisschop. Het is een draagbaar altaar. Het herinnert ons eraan dat de Kerk op pelgrimstocht is hier op aarde, op uittocht. Ze kan zich niet definitief vestigen. Haar ware vaderland is het Nieuwe Beloofde Land, het Rijk der hemelen waarnaar zij op weg is. Op het antimension is de graflegging van Christus uitgebeeld, om ons eraan te herinneren dat het altaar het heilig Graf voorstelt, van waaruit Christus is verrezen om zijn licht uit te doen stralen over het ganse universum.
De liturgie van het woord eindigt met een gebed en wegzending van de catéchumenen. 

DE LITURGIE VAN DE GELOVIGEN

             Het tweede gedeelte van de liturgie wordt genoemd : Liturgie van de gelovigen. Daarom begint ze met een uitnodiging door de diaken, gekeerd naar het altaar, tot hun intentie : “Gelovigen, laat ons nogmaals en nogmaals de Heer in vrede bidden”. De gelovigen die het volk van de gedoopten vertegenwoordigen, worden door het gemeenschappelijk gebed opgeroepen om zich voor te bereiden op de eucharistische offerande. Vroeger bleven de poorten van de Kerk gesloten, om aan te duiden, dat de Kerk niet meer van deze wereld is, zij is het lichaam van Christus. Nochtans, als ze zich afzondert van de wereld, dan doet zij dit voor de wereld, teneinde het offer van Christus “voor allen en voor alles” te brengen, zoals het lang gebed van de anaphora ons duidelijk maakt. 1.GEBED VOOR DE GELOVIGEN             De liturgie van de gelovigen begint met twee gebeden uitgesproken door de priester. Zij worden elk voorafgegaan door twee korte ektenieën gezegd door de diaken. In het eerste gebed vraagt de priester Gods genade voor zichzelf en voor de andere celebranten, om het Heilige Offer van de Eucharistie waardig te kunnen opdragen. In het tweede gebed  bidt hij speciaal voor de gelovigen, opdat zij waardig geoordeeld zouden worden om deel te nemen aan de Heilige Mysterieën. 2.DE GROTE INTREDE             De grote intrede is één van de meest plechtige momenten van de Liturgie.Zij wordt gekenmerkt door een grote bewieroking, de processie van de offergaven en door de Cherubijnenzang. 

Handelingen en gebeden van de celebranten

             De priester begint met een gebed dat speciaal voor hem is bestemd. Het is het enige gebed van gans de Liturgie dat de priester voor zijn eigen intentie uitspreekt, en niet voor al diegenen die de kerkelijke gemeenschap uitmaken : “ Daarom roep ik tot U, alleen  Goede, die bereid zijt naar ons te luisteren : zie neer op mij, Uw zondige en nutteloze dienaar ; reinig mijn ziel en mijn hart van slechte gedachten; en stel mij, die Gij door de kracht van Uw Heilige Geest met het priesterschap hebt bekleed, in staat hier voor uw Heilig Altaar te staan, om Uw heilig, smetteloos lichaam en kostbaar bloed te offeren. Met gebogen hoofd kom ik tot U, en ik smeek U : wend Uw aangezicht niet van mij af, en verstoot mij niet uit het getal van Uw dienaren. Veroorloof mij, zondige en onwaardige dienaar, U deze gaven aan te bieden”.Vervolgens richt de priester zich tot Christus om te bevestigen, dat de gaven die naar het altaar zullen gebracht worden, offeranden  zijn die door Christus Zelf zijn tot stand gebracht : “Gij, Christus onze God, zijt het immers Die offert en geofferd wordt, Die ontvangt en ontvangen wordt”. Wij kunnen deze offerande offeren, omdat Christus zelf als offerande is geofferd éénmaal voor allen, en dat zijn offer ook het onze bevat. Het is omdat de priester bekleedt is met het priesterschap van Christus dat hij alleen het sacrament van de Eucharistie kan uitvoeren. Hij dient niet de scheiding van de bijeenkomst, maar zijn eenheid met haar.te bewerkstelligen.Daarom vraagt de priester om bijstand en te worden “bekleed met de kracht van de Heilige Geest” 

De grote bewieroking

             Na dit gebed doet de priester, voorafgegaan door de diaken met een brandende kaars in de hand, de grote bewieroking van het altaar, het heiligdom en vervolgens van de ganse kerk.Ondertussen reciteert hij psalm 50, en de troparia van berouw. Terug in het heiligdom en na de bewieroking van het altaar, doen de celebranten drie grote buigingen (metanieën) voor het altaar en kussen het na de tweede buiging. Vervolgens, richten zij zich tot de gelovigen, buigen voor hen en gaan naar de prothesis. De priester neemt de aër weg die de disk en de kelk bedekt, en legt het op de schouder van de diaken. Deze ontvangt de disk uit de handen van de priester, die zelf de kelk neemt. 

De processie

             Nu begint de processie met de gaven ,die in processie rondom het schip van de kerk worden gedragen. De celebranten blijven “voor de heilige deuren staan, naar het volk gekeerd. De priester vraagt aan de heer de Herders van de Kerk in herinnering te brengen, de regeerders, de stichters van de plaats waar de Liturgie plaatsvindt, de overledenen en alle orthodoxe christenen. Deze plechtige intrede, begeleid door de akolieten met kaars en de tweede diaken die de heilige gaven bewierookt gedurende de processie, betekent ook onze eigen opgang naar het Koninkrijk van God. 

De Cherubijnenzang

             Vanaf de gebeden en de bewieroking die de intredeprocessie voorafgaan zingt het koor de Cherubijnenzang : ‘” Wij die in dit mysterie verzinnebeelden de Cherubijnen, en die zingen d’hymne driemaal heilig aan de levenschenkende drieeenheid. Stellen wij nu ter zijde alle zorgen van deze wereld”“ Het gebed van de kleine intrede riep de intrede van de engelen op in eenheid met ons. In de grote  intrede doen wij méér. Wij verklaren dat wij op mysterieuze wijze, door een goddelijke genade, figuren,
vertegenwoordigers van de engelen geworden zijn”.
(Une moine de l’Eglise d’Orient, L’offrande liturgique, coll.Foi Vivante, édit. Cerf,1988,p31)Met hen verheerlijken wij de Heilige Drieeenheid want “zie, de Koning der koningen en de Heer des heren, Christus onze God, gaat op weg om geofferd te worden en als voedsel gegeven te worden aan zijn getrouwen.. Daarom moeten wij in dit transformerend ogenblik alle zorgen van de wereld van ons afwenden, ons ontdoen van alles wat ons van God afhoudt.”(Idem, Op.cit. p.31).Wanneer priester en diaken het heiligdom binnentreden, zingt het koor opnieuw : “Om te ontvangen de Koning van het heelal, onzichtbaar begeleid door Zijn lijfwacht van Engelenscharen.Alleluia,Alleluia,Alleluia !”. 3.DE INTREDE VAN DE HEILIGE GAVEN              De intrede van de heilige gaven in het heiligdom symboliseert het leggen van het Lichaam van Christus in het heilig Graf. Daarom worden de heilige poorten gesloten. Het roept eveneens de intrede van Christus , onze Hoge-priester op in het hemels heiligdom”. De priester  zet  het brood en de wijn op het altaar en offer ze aan God op,  om eraan te herinneren dat het Lichaam van de Heer in het graf werd gelegd als op een altaar en opgedragen als een offer voor het heil van de wereld. Vervolgens neemt de priester het doek van de kelk en de disk en legt het opgeplooid op het altaar. Hij neemt vervolgens de aër van de schouder van de diaken, bewierookt het en bedekt de heilige gaven, zeggende :” De rechtvaardige Jozef nam Uw allerzuiverst Lichaam van het Kruis. Hij wikkelde het in een zuiver linnen doek met reukwerk en legde Het in een nieuw graf”.4.EKTENIE             De diaken verlaat door de noorderpoort het heiligdom om zich op te stellen voor de Heilige Poorten, gekeerd naar de ikonostase.Terwijl hij zijn stola met de rechterhand omhoog houdt, zegt hij een lange ektenie. Vervolgens gaan de Heilige Poorten open, de priester spreekt de  “ecphonese” van het gebed uit en zegt :  “Vrede aan allen”. Het koor antwoordt : “En met Uw Geest”. 5.DE VREDESKUS             De diaken roept uit : “ Laat ons elkander beminnen, om in éénheid te belijden”.Het koor zingt : “De Vader, de Zoon en de Heilige Geest; de één-wezenlijke en ondeelbare Drievuldigheid” Dit liturgisch element van de vredeskus werd vroeger gedeeld met alle aanwezigen, terwijl heden alleen de priesters en de diakens elkaar een akkolade geven zeggende : “Christus is in ons midden”. Terwijl de aangesprokene antwoordt : “Hij is, en zal zijn”. Deze liefde die ons gevraagd wordt te delen is radicaal nieuw. Want Christus beveelt ons aan niet alleen mekaar te beminnen, maar ook onze vijanden. Deze laatste aanbeveling, die irrealistisch lijkt,werd nochtans gegeven aan elke mens dank zij de genade van de menswording van Jezus Christus. Hij heeft ons werkelijk deze totale liefde geopenbaard. Zij is vervat in de natuur van God zelf, door zijn leringen, door zijn daden, en die uiteindelijk zijn hoogtepunt heeft bereikt in Zijn vrijwillig offer aan het kruis, waar Hij bad voor zijn beulen. In Zijn voetspoor hebben de heiligen het bewijs geleverd van dezelfde liefde voor de vijanden, zoals de heilige Stefanus de proto-martelaar, die toen hij gestenigd werd bad voor zijn beulen.Zo ook de heilige Silouan van de berg Athos wiens gebed voor de wereld ook zijn vijanden inhield. Zo hebben alle heiligen getuigenis afgelegd door hun leven en hun werken opdat dit bevel voor een totale liefde zou werkelijkheid worden. Zo ontvangt elke mens die met Christus verenigd is deze Liefde, ze  groeit in hem en hij kan op zijn  beurt deze Liefde doorgeven aan anderen.  “Daaraan zullen allen erkennen dat gij Mijn leerlingen zijt, als gij liefde voor elkaar hebt”. Alleen door de Liefde van Christus waarmee we bekleed zijn maakt ons tot broeders in Christus.   “De vredeskus is eveneens geplaatst op dit moment van de Liturgie, voor het begin van het Offer, om te gehoorzamen aan de oproep van de Heer, ons met onze broeders te verzoenen voordat wij onze offerande aanbieden”. 6.GELOOFSBELIJDENIS             Voor de lezing van de geloofsbelijdenis,spreekt de diaken volgende woorden uit : “DeDeuren ! de Deuren ! : laat ons in wijsheid aandachtig zijn”. ‘Deze acclamatie richtte zich vroeger tot de portiers die erover moesten waken, dat geen enkele heiden de kerk zou binnenkomen. Zij richt zich vandaag tot alle gelovigen opdat zij de poorten van hun hart zouden bewaken en zouden beschikbaar zijn voor de volmaakte liefde, tegen elke aanval van de vijand. Dat alleen Gods tegenwoordigheid er zou wonen. De Heer heeft ons in het Evangelie bevolen om de deur van onze kamer gesloten te houden en in het verborgene te bidden. Wij zijn uitgenodigd om  “sommige deuren van ons hart” te sluiten. “Laat ons aandachtig zijn !”, zegt de tekst van de Heilige Liturgie. Dat wij open en waakzaam zouden zijn voor de woorden en de ingevingen die van God komen. De Heer richt tot elkeen de zin die hij uitsprak over de zieke  “Efeta ! open-U” (Op.cit.,p36). “Gedurende het zingen van de geloofsbelijdenis waait de priester met de aër die de kelk bedekt over het brood en de wijn . Dit waaien met de aër boven het brood en de wijn wordt beschouwd als het symbool van  de adem van de Heilige-Geest, van de wind die het huis vervulde met Pinksteren. Ondertussen wordt de geloofsbelijdenis gezongen.Welnu, men kan het christelijk geloof niet belijden indien op hetzelfde moment, de Heilige Geest niet over ons waait. Indien de bezieling van de Heilige Geest afwezig is, dan kunnen we wél volmaakte formules lezen, maar de ritus zal een dode, steriele ritus blijven.Moge de Heilige-Geest de woorden die wij zeggen, komen  bezielen en levendig maken’ (Op.cit. p37). In de primitieve Kerk en ook nog vandaag, voltooit de geloofsbelijdenis de voorbereiding van de catechumenen en hun doop-intrede in de Kerk. Sedert de VIe eeuw, is  zij in de Liturgie binnengebracht om duidelijker de band te benadrukken tussen  de eenheid van geloof van allen die deel uitmaken van de Kerk, en de vervulling ervan door de Eucharistie. “Wij allen hebben deel aan het ene Brood en de ene Kelk. Doe ons één worden met elkander in de Gemeenschap van de ene Heilige Geest”. (Eucharistisch gebed van Sint Basilios).  “De tekst van het Credo is een ikoon van de Drieeenheid, het leert ons om de Ene en drie
maal heilige God te aanbidden”.Door de geloofsbelijdenis te be-mediteren, drukken wij het in onze harten, zodat het onze adem mag worden. Door te zeggen :  “ik geloof” druk ik mijn vrije en persoonlijke aanhankelijkheid uit aan het christelijk geloof. Maar tegelijk neemt iedereen deel aan het geloof van de ganse Kerk. Door onze belijdenis zijn wij verenigd met God en met de christenen van geheel de wereld, van alle eeuwigheid en alle tijden, voor alle eeuwen der eeuwen”.
(Le Credo de Nicée-Constantinople, catéchèse orthodoxe, éd.du Cerf 1987, 4ème de couverture). Het Credo, nadat het eerst de enige God heeft beleden, verklaart ons vervolgens de drie Personen van de Drieeenheid. De Vader, Eerste Persoon van de Drieeenheid, is de enige bron van de godheid, Hij is het princiepe van eenheid van de drie goddelijke Personen en de schepper van alle dingen.. De Zoon, Tweede Persoon van de Drieeenheid deelt de eeuwigheid met de Vader, geboren , niet geschapen, Hij is de bewerker van de  schepping :  door zijn menswording, door Zijn vrijwillig lijden, door zijn Verrijzenis en hemelvaart. Hij is de verlosser van het menselijk geslacht en wij wachten op Zijn definitieve wederkomst. De Heilige Geest, Derde Persoon van de Drieeenheid die voortkomt uit de Vader is  “consubstantieel” (= van dezelfde substansie) met de Vader en de Zoon en deelt dus hun eeuwigheid, Hij is het die leven geeft aan alle dingen. Vervolgens belijden wij ons geloof in het mysterie van de Kerk, die, zoals Christus god-menselijk is en gesticht door Hem. En in één doopsel, want het doopsel is onuitwisbaar. Wij bevestigen eveneens ons geloof in de verrijzenis van de doden waarvan de Verrijzenis van Christus het vertrekpunt  is, en in het toekomstige leven, ‘t is te zeggen, in het eeuwige leven. 7.DE  EUCHARISTISCHE CANON OF ANAPHORA 

Algemeen

             De verschillende delen van de liturgie welke wij reeds gezien hebben : kleine intrede, lezingen, grote intrede, geloofsbelijdenis,  vormen een opwaardse lijn naar dit belangrijkste deel van de Liturgie, die wij  “eucharistische canon of anaphora” noemen. De term  “eucharistische canon” komt ven het grieks :  “canon” wat regel of wet betekent, en  “eucharistie” wat  “dankzegging” betekent. De eucharistische canon bevat een vaste structuur – vanuit vastgelegde regels. Het griekse woord anaphora betekent   “verheffing”. De anaphora is een  “verheffing”, een aanbieding : de gelovigen bieden hun offer  aan, maar tegelijk bieden zij ook zichzelf aan God aan, opdat als antwoord hierop God zijn Heilige-Geest zou zenden over hen en de gaven. Structuur             De structuur van dit gebed vormt een geheel met een diepe eenheid. Zij komt overeen met de drie zegeningen (berakoth) die Israël deed na de joodse maaltijd.Het is dit dankgebed dat Christus heeft uitgesproken de avond van Heilige Donderdag na het brood en de wijn te hebben genomen. De drie delen van dit gebed bekleden tegenwoordig in de Kerk een trinitair karakter : Het eerste deel is een gebed van dankbaarheid voor de schepping is tot de Vader gericht. Het tweede gebed is een dankbaar gedenken (anamnese) voor het  verlossend en bevrijdend  werk van de Zoon. Het derde deel is een smeekbede of  aanroeping, of epiklese voor de nederdaling van de Heilige Geest, opdat  wij door Hem de  “volheid van het Rijk” zouden ontvangen (Dit onderscheid in drie delen is genomen uit  “Dieu est vivant”, éd.du Cerf.p321). 

Verloop

 

            De anaphora begint met een  oproep door de diaken :  “Laat ons eerbiedig staan; laat ons met vreze staan; laat ons aandachtig zijn om het Heilig Offer in vrede op te dragen”.  De diaken doet een oproep tot ons, opdat wij ons  in onze verhouding tot God zouden gedragen zoals het hoort :  met godsvrucht en heiligheid, vrees en  grote eerbied, spirituele houdingen van innerlijke vrede bereid om God te loven.

Het koor antwoordt :  “ Gift van vrede, een offer van lof”. Niet alleen offeren wij in vrede, het is de vrede zelf welke wij offeren bij wijze van het huidige en het tweede offer. Want wij offeren de barmhartigheid  aan Hem die gezegd heeft : “ Ik wil barmhartigheid en niet het offer”, welnu, de barmhartigheid is een vrucht van een vaste en waarachtige vrede. Want wanneer geen enkele passie meer de ziel vertroebelt, staat niets  meer in de weg om te worden vervuld met barmhartigheid. Maar (wij offeren) ook een  “offer van lof” (St.Nicolas Cabasilas,op.cit.p.171). De priester gaat nu naar het ambon en geeft de zegen, zeggend : “De genade van onze Heer Jezus Christus, de liefde van God de Vader en de gemeenschap van de Heilige Geest zij met u allen”. Deze trinitaire formule van sint Paulus (II Kor.13,13) die hier gebruikt wordt, is niet de formule die gewoonlijk gebruikt wordt om de drie personen van de Heilige Drieeenheid onder woorden te brengen. Hier begint de zegening met een aanroeping van Christus, een mededeling van Zijn genade. Dit, omdat de genade ons gegeven wordt door Christus, en omdat Hij het is die ons de liefde van de Vader openbaart, en ons de Heilige Geest meedeelt. Na deze zegening antwoordt het koor :  “En met uw Geest”. De priester :  “Omhoog de harten”. Het koor : “Wij heffen ze tot de Heer”. Door dit antwoord is de verheffing, de aanbieding (anaphora) reeds geopenbaard. Deze aansporing, om onze harten hoog te houden herinnert ons eraan dat de vervulling van de eucharistie zich niet voltrekt op aarde maar in de hemel. Als ledematen van de verrezen Christus zijn wij met Hem reeds gezeten aan Gods rechterhand.  “God, die rijk is aan erbarming, heeft om zijn grote liefde, waarmee Hij ons heeft liefgehad, ons, hoewel wij dood waren door de overtredingen mede levend gemaakt met Christus(….)en heeft ons mede opgewekt en ons mede een plaats gegeven in de hemelse gewesten, in Jezus Christus” (Ef. 2,4-6). De priester :  “Laat ons de Heer de eucharistie opdragen”. Het koor : “ Het is recht en waardig” (te aanbidden, de Vader en de Zoon en de Heilige
Geest, Drieeenheid eenwezenlijk en ondeelbaar).(Dit deel tussen haakjes is soms weggelaten).
 8. HET EUCHARISTISCH GEBED             Wanneer de priester terug in het heiligdom is begint het eucharistisch gebed. In dit gebed van dankzegging, drukken wij onze erkentelijkheid uit tegenover God  “voor alles”. Wij gedenken alles wat Hij voor ons gedaan heeft.  “Gij hebt ons uit het niets tot het zijn gebracht”. Hij heeft de mensheid verlost na de val. Hij houdt niet op om ons te helpen het komende Rijk te bereiken..  “Voor dit alles danken wij U en Uw eengeboren Zoon en Uw Heilige Geest, voor alle aan ons bewezen weldaden, die wij kennen en die wij niet kennen, de zichtbare en de onzichtbare”.Voor al deze aan ons bewezen weldaden, elke dag opnieuw en in een oneindigheid van vormen.“Maar onze dankzegging wordt duidelijker, wordt direkter en konkreter “: “Wij danken U ook voor deze eucharistie, die Gij uit onze handen wilt aanvaarden, terwijl Gij toch beschikt over duizenden Aartsengelen en tienduizenden engelen…”. Een waardevoller aanbidding zou kunnen geofferd worden aan God door de hemelse krachten. Maar God aanvaardt wat wij Hem aanbieden met onze zondige handen. (Une moine de l’Eglise d’Orient,op.cit.p.41-42). Door deze woorden van dankzegging, erkennen wij ook het werk van de Schepper, wij drukken Hem onze erkentelijkheid uit. Wij zijn schepselen die, dankzij het offer van Christus, geroepen en in staat zullen worden gesteld om de wereld te transfigureren en zelf gedeifieerd en “deelgenoten van de goddelijke natuur” te worden (St.Gregorius Palamas).Eenmaal deze roeping van de mens tot uiting gebracht is, zullen wij ons ook bewuster worden van onze zondige natuur. Nochtans zijn wij in staat om het te erkennen, wij hebben toegang tot de Vader en zijn deelgenoten van het komende Koninkrijk :”Gij hebt onophoudelijk alles gedaan om ons in de hemel te leiden en ons Uw komend Koninkrijk te schenken”. De priester beëindigt het gebed met deze vier woorden :”Zingend, roepend, luid jubelend en zeggend”. Doorheen deze vier termen heeft de christelijke traditie een zinspeling gezien op de roep van de vier “levenden” in het visioen van Ezechiël (Ez. 1,6vv) en de Apocalyps (Apoc.4,67), die tegelijk de Machten der engelen symboliseren die de schittering van Gods glorie uitdragen naar de vier windstreken ,dit wil zeggen, over de ganse kosmos, en de vier Evangelisten die de boodschap van het Woord uitdragen tot de uiteinden der aarde. Het is daarom, dat de diaken, terwijl de priester deze formule uitspreekt, een kruisteken maakt door met de asterix, die de heilige gaven bedekt, de boord van de disk op vier plaatsen aan te raken.Nu zingt het koor de Cherubijnenzang : “Heilig,heilig,heilig is de Heer Sabaoth. Vol zijn hemel en aarde van Uw heerlijkheid, hosanna, hosanna in de hoge. Gezegend Hij die komt in de Naam des Heren : Hosanna in den hoge”.“De triomfantelijke cherubijnenzang, die door de profeten gehoord werd tijdens hun heilige visioenen en in haar geheel hernomen wordt door het koor, zet de gelovigen in gebed op weg naar de onzichtbare hemel” (Nikolas Gogol.op.cit). 9. DE ANAMNESE             Anamnese is een grieks woord en betekent:  “gedachtenis, herinnering, een daad waardoor een voorbije gebeurtenis terug aktueel wordt, niet alleen ter gedachtenis van de mensen, maar ook van God”.Het verhaal van het Laatste Avondmaal dat nu volgt, zal het verhaal zijn van de instellingswoorden, dit wil zeggen, dat wat Jezus gedaan heeft op de vooravond van  Zijn dood. Dit verhaal vinden wij in de Evangeliën van de heilige Mattheus (26,26-28), van  de heiligeMarcus (14,22-25) en van de heilige Lucas(21,19-20), alsook bij  de  heilige Paulus (II Kor.,23-25). De priester:  “Met deze zalige krachten, menslievende Meester, roepen ook wij en zeggen :Heilig zijt Gij, Alheilig :Gij en Uw eengeboren Zoon, en Uw Heilige Geest.Heilig zijt Gij, Alheilig;En hoogverheven is Uw heerlijkheid.Zozeer hebt Gij Uw wereld liefgehad, dat Gij Uw Eengeboren Zoon gegeven hebt,Opdat ieder die in Hem gelooft, niet verloren gaMaar eeuwig Leven hebbe.Hij is gekomen en heeft heel de Heilseconomievoor ons voltooid.In de nacht, waarin Hij voor ons werd overgeleverd,Of veeleer waarin Hij zichzelf overleverde voor het Leven der wereld,Nam Hij brood in Zijn heilige en vlekkeloze reine handen,Dankte, zegende, heiligde , brak het,En gaf het aan Zijn heilige Leerlingen en Apostelen, Zeggend : Neemt en eet, dit is Mijn lichaam,dat voor U gebroken wordt,tot vergeving der zonden.” Tegelijk toont de priester het brood met de rechterhand. Het koor antwoordt :”Amen”Vervolgens naar de kelk wijzend, zegt de priester : “Evenzo de Kelk na het Avondmaal, zeggend : Drink allen hieruit : dit is mijn bloedvan het nieuw verbond, dat voor uEn voor velen vergoten wordttot vergeving der zonden”. Opnieuw antwoordt het koor met “Amen” “Door het offer van brood en wijn wordt Jezus Christus tot offerande van zijn opoffering.. Hij stelt zich in de plaats van alle mens- en zoenoffers(Hebr.9,11-28).Zoals Abraham,toen hij op de proef werd gesteld, een altaar oprichtte en zijn zoon aan God had geofferd (Gen.22,1-18), zo offert  Jezus Zichzelf aan Zijn Vader.Het offer van het Kruis is van alle eeuwigheid, ontvangen en aanvaard door de Vader, voor het leven van de wereld”.(Catéchèse orthodoxe,t2,la résurrection,éd.Cerf,p101).Wij begrijpen beter waarom in onze Kerken het altaar en het kruis zijn verenigd. Het is de Heilige Geest ontvangen in de Kerk met Pinksteren, die ons toelaat om op onze altaren de eucharistische maaltijd en het offer van het Kruis te verenigen, en dit in het licht van de
Verrijzenis van Christus.
Nu gedenkt de priester alles wat Jezus voor ons heeft gedaan : “Dit verlossend gebod indachtig, stellen wij nu tegenwoordig alles wat voor ons geschied is : het Kruis, het Graf, de Opstanding op de derde dag, de Hemelvaart, de Troon ter rechterzijde, en de Wederkomst in heerlijkheid”.“ Gedurende de Goddelijke Liturgie participeren wij niet alleen  aan het unieke offer van de Redder maar ook aan zijn Verrijzenis, aan Zijn Hemelvaart en aan Zijn glorierijke wederkomst op het einde der tijden”.“Het is kenmerkend, schreef de Archiemandriet Cyprianus, dat de herdenking zich uitstrekt over alle tijden, en niet allen over het verleden. In de eucharistische herdenking vermengen zich de grenzen van verleden, heden en toekomst. De eucharistische dienst, in woorden en onbloedig, staat buiten de tijd, niet onderworpen aan de wetten van onze zintuigelijke waarnemingen en van onze logica. Wij brengen in onze liturgie zelf de toekomst in gedachten”.(Evkaristia, Ymca Press,1946,pp230-231) Vervolgens beëindigt de priester met : “Offeren wij het Uwe, genomen uit het Uwe, namens alles en voor alles”. Deze laatste uitgesproken woorden zijn de eigenlijke anaphora, ’t is te zeggen de offerande welke de celebrant opdraagt aan God, uit dankbaarheid  voor het offer van Christus, in gehoorzaamheid aan dit bevel alsook uit dankbare erkentelijkheid (Doe dit tot Mijn gedachtenis).Op het moment dat deze woorden worden uitgesproken kruist de diaken de handen en neemt de disk in de rechterhand en de kelk in de linker, hij houdt ze omhoog terwijl hij er een kruisteken mee maakt boven het altaar,.Ondertussen zingt het koor :  “Wij prijzen U, wij loven U.Wij danken U, onze Heer. Wij danken U, onze God. Wij loven U, onze Heer.Wij bidden U,onze God.”. 10. EPIKLESE             De anaphora wordt beëindigd met de epiklese. Het is een grieks woord dat “aanroeping” betekent. Het gaat er in werkelijkheid om, dat de priester aan de Vader vraagt om Zijn Heilige Geest te zenden “over ons en over deze neergelegde gaven”, en  van dit brood en deze wijn het lichaam en bloed van Christus te maken. De Liturgie is vanaf het begin doordrongen van de vraag aan God, Zijn Heilige Geest te zenden, opdat Hij de gaven en hen die ze zullen ontvangen zou transfigureren.  “De transformatie van het brood en de wijn in het Lichaam en Bloed van Christus is geen magie, door de priester voltrokken. De tekst van de Liturgie zegt : “..Ze herscheppend door Uw Heilige Geest”. Deze verandering, als antwoord van God op ons gebed, is geen doel op zich. Het is uitgevoerd “opdat zij voor hen die ze ontvangen, worden tot reiniging van hun ziel” en ook “tot gemeenschap met Uw Heilige Geest”. Alles gebeurt door de Heilige Geest en in de Heilige Geest” (Une moine de l’Eglise d’orient, op.cit.p48).Inderdaad “de materie is niet ongevoelig voor de actie van de Heilige Geest, en de communie van het brood en de wijn zouden geen enkele betekenis hebben, indien deze gaven  niet zouden veranderd zijn door de werking van de Geest in Lichaam en Bloed van de Verrezen Christus”.(God is levend, op.cit.p.326). 

Er is nog een belangrijke opmerking. De priester heeft gezegd , “Zend Uw Geest over ons en over deze gaven…” Hij heeft niet gevraagd dat de Geest eerst over de gaven komt, maar eerst over ons. Dat is het moment van Pinksteren in de Eucharistische Liturgie. De Geest komt in ons hart voordat Hij komt in de materiële elementen, brood en wijn, objecten van de offerande en de consecratie”. (Un moine de l’Eglise d’Orient,op.cit. p.4 )  “Ook geloof ik, dat dit Uw vlekkeloos lichaam is, en dat Uw kostbaar Bloed “; zeggen wij later in het gebed vóór de communie. Maar “het doel van de eucharistie is niet om het brood en de wijn te transformeren, het doel is te communiceren met Christus die ons voedsel is geworden, ons leven ; het is de manifestatie van de Kerk als Lichaam van Christus”. (Alexander Schmemann, l’Eucharistie du Royaume,p.250).

De liturgie van de Heilige Basilios is zeer duidelijk hierover : “Wij allen hebben deel aan het ene Brood en de ene Kelk. Doe ons één worden met elkaar in de Gemeenschap van de Heilige Geest” (Volgens sommige russische gebruiken zegt de priester na “wij zingen U” drie maal met zachte stem, de handen opgeheven, een voorafgaand gebed van aanroeping van de Heilige Geest :”Heer, die op het derde uur, Uw Heilige Geest hebt gezonden over Uw apostelen, ontrek ons niet aan uw goedheid , maar hernieuw ons, wij die U smeken”.En de diaken zegt als antwoord verzen uit psalm 50 :  “Schep in mij een rein hart, o God, en vernieuw in mijn binnenste een vaste geest.Verwerp mij niet voor Uw aangezicht, en neem Uw Heilige Geest niet van mij weg”). Na deze voorbereiding op de epiklese, zegt de priester met luide stem “Wij offeren U deze onbloedige Logosdienst; wij roepen Uw hulp in; wij bidden en smeken U : Zend Uw heilige Geest neer over ons en over deze voor U neergelegde gaven”. De diaken wijst het Brood aan en zegt “Zegen, Vader, het heilig brood”. De priester zegent het Brood “En maak dit brood het kostbaar lichaam van Uw Christus”.De diaken, dikwijls met het koor en dikwijls ook allen samen zeggen :  “Amen”. Vervolgens ,de kelk aanwijzend, zegt de diaken :  “Zegen, Vader de heilige Kelk”. De priester zegent hem en zegt :  “En wat in deze kelk is, het kostbaar bloed van uw Christus”. De diaken vervolgens alleen (of..zie hierboven) : “Amen”. De diaken wijst vervolgens het Brood en de wijn aan : “Amen.Zegen ,Vader,beide”. De priester maakt dan een kruis-teken “ze herscheppend door uw Heilige Geest”. En terug de diaken alleen (of…zie hierboven) : “Amen.Amen.Amen”. De priester vervolgens : “Opdat zij voor hen die ze ontvangen, worden tot reiniging van hun ziel, tot vergeving der zonden,tot gemeenschap met Uw Heilige Geest, tot volheid van het Koninkrijk der hemelen, tot vrijmoedigheid tegenover U, maar niet tot vonnis of veroordeling. Ook offeren wij U deze logosdienst voor hen die in geloof ontslapen zijn : Voorvaderen, Vaderen, Patriarchen, Profeten, Apostelen, Predikers, Evangelisten, Martelaren, Belijders, Asketen, en voor elke gerechte geest, die in het geloof tot volkomenheid gekomen is”. De priester betrekt in zijn dankzegging de ganse Kerk : de overledenen en de levenden, met een bijzondere plaats voor de Moeder Gods, zij die de “Geïncarneerde Tempel was en die de Kerk roemt als eerbiedwaardiger dan de Heiligen en zelfs dan de hemelse machten”(De Goddelijke liturgie van de Heilige Johannes Chrisostomos, éd.Cerf,p.67). De priester bewierookt het altaar en de heilige gaven en herdenkt de Moeder van God:  “Vooral voor onze alheilige, ongerepte, hooggezegende, roemrijke Koningin Godsmoeder en altijd-maagd Maria&rd
quo;. Het koort antwoordt met een lofzang tot de moeder Gods “ O waarlijk passend is het u zalig te prijzen, o moeder Gods.Zalig geprezen en ongeschonden moeder van onze God.Gij eerbiedwaardiger dan de cherubijnen en onvergelijkelijk glorierijker dan de serafijnen.Die zonder smet God, het Woord heeft gebaard. Gij waarlijk moeder van God, u roemen wij”  De priester  gaat nu verder met de herdenking van de Heiligen en voornamelijk de heiligen van de dag, de overledenen en alle levenden. “Dan besluit de priester :  “En gedenk hen die ieder in zijn gedachten heeft”, en het koor antwoordt :  “En allen, en allen”.  Bekijken we goed wat deze zin inhoudt. Hij drukt de universaliteit uit van het gebed van de Kerk en ons persoonlijk gebed. Wij sluiten niemand uit van ons gebed. Wij openen onze armen, wij strekken ze uit naar al onze noden, naar al onze tegenspoed. Aan u behoren allen en alles toe, wij verenigen ons met elkaar” (Une moine de l’Eglise d’Orient, op.cit.,p. 54).
 De priester spreekt ten beste voor alle menselijke noden en het eucharistisch gebed besluit met een trinitaire doxologie. Het is dus de ganse Kerk, aardse en hemelse die zich terugvindt in de eenheid van geloof en de gemeenschap met de Heilige Geest, dank zij het mysterie van de eucharistie. Deze eenheid van allen in het Lichaaan van Christus staat ons toe om de zegen te ontvangen die het gebed van de anaphora afsluit : “De barmhartigheid van onze grote God en de zaligmaker Jezus Christus, zal altijd met u zijn”. Het koor antwoordt : “En met  uw geest”. De noodzaak om de Goddelijke Liturgie voor te stellen in verschillende delen, mag ons de meest essentiële band niet doen vergeten die deze onderdelen met elkaar verbinden : te weten, de opgang van de Kerken, het Godsvolk naar het Koninkrijk. Dit Koninkrijk dat zich aan ons heeft geopenbaard en ons  is doorgegeven in de loop van deze mystieke maaltijd. Gans de opwaardse  beweging van de Liturgie heeft ons geleid tot aan deze aanroeping van de Heilige Geest over de Heilige Gaven, die ons zal toestaan om te kommuniceren met Christus, die zelf ons voedsel is geworden, ons Leven. 11. VOORBEREIDENDE GEBEDEN TOT DE COMMUNIE             Op het einde van de eucharistische canon, nadat de priester het volk heeft gezegend, verlaat de diaken het heiligdom langs de Noorderpoort en spreekt een ektenie uit die gelijkt op deze vóór de geloofsbelijdenis. Nu echter bid men voor de “hier neergelegde  en geheiligde, kostbare gaven” want vanaf nu heeft de concecratie plaats gevonden. Gedurende dit moment zegt de priester met gedempte stem : “Menslievende meester, aan U vertrouwen wij ons leven toe en onze hoop. Wij roepen U aan, wij bidden en smeken U : maak ons waardig om met een zuiver geweten deel te hebben aan Uw hemelse, ontzagwekkende Mysteriën van dit gewijd en geestelijk altaar; tot vergeving van onze zonden, en kwijtschelding van onze fouten; tot gemeenschap met de Heilige Geest; tot erfdeel van het Koninkrijk der Hemelen; tot vrijmoedigheid tegenover U; maar niet tot vonnis of veroordeling”. Vervolgens beëindigt de Diaken de smekingen met :” De eenheid van geloof, en gemeenschap met de Heilige Geest smekend, bevelen wij aan Christus God onszelf, elkaar, en geheel ons leven aan”.De eenheid van geloof : het is deze innerlijke zekerheid, onwrikbaar, zonder aarzeling, stabiel, beschut tegen uiterlijke  kwellingen, in het hart van deze mens die gelooft en die weet waarheen hij in alle rust gaat. “Wat betreft de gemeenschap met de Heilige Geest : zij betekent de genade van deze Geest. Men noemt het “gemeenschap” omdat de Heer, door zijn kruis, de “muur van verdeeldheid” (Ef.4,13) tussen God en ons heeft afgebroken. Zij die tot dan gescheiden waren en niet in communio leefden, moesten voortaan zich met mekaar verzoenen en de communio met elkaar herstellen. : de komst van de Heilige Geest over de Apostelen heeft dit bewerkstelligd…(N.Cabasilas, op.cit. p. 119-121). Om te “vertrouwen” op God”, moet men zekerheid hebben.. Welnu, deze zekerheid verkrijgt men door een zuiver geweten “wanneer wij vrede in ons hart hebben, dan hebben wij aandacht voor God”, zonder ons zorgen te maken over ons eigen zelf. Zoals de “lelie op het veld” vergeten we dan ook ons eigenbelang om ons volledig aan God over te geven. Hij weet het best van al wat wij nodig hebben” 

Het gebed van de Heer

             De priester zegt met luide stem :  “En maak ons waardig, Meester, dat wij vrijmoedig, zonder vrees voor een oordeel, het wagen U, hemelse God en Vader, aan te roepen en te zeggen”. Volgens de lokale gewoonten zingt nu het koor, of/en het volk, of de celebrant het “Onze Vader”.             “Voor de ganse Christelijke traditie, is het “Onze Vader” het gebed bij uitstek van de gedoopten, van hen die ten overstaan van God geen angstige  slaven meer zijn, maar aangenomen zonen ,die door de Heilige Geest aangespoord worden tot een kinderlijk vertrouwen ten opzichte van hun hemelse Vader”. “Daarna wenst de priester aan allen de vrede toe.Met dit gebed herinnert hij hen aan hun waardigheid, door God hun Vader te noemen : hij nodigt hen nu uit om Hem te erkennen als hun soevereine Meester en om ten opzichte van Hem gevoelens van een dienaar-zijn te tonen.Door het hoofd te buigen  belijden wij dat wij ten dienste staan van Hem. Wij buigen nu, niet alleen als wezens die als dienaars  geboren zijn het doen tegenover hun Meester, hun Schepper en God,maar zoals gekochte dienaars zich buigen voor Hem die hen heeft vrijgekocht met de prijs van het bloed van Zijn Enige Zoon. Krachtens dit bloed, bezit Hij ons om twee redenen : Hij heeft ons vrijgekocht als slaven en terzelfdertijd heeft Hij ons tot Zijn kinderen gemaakt. Want het is hetzelfde en unieke bloed dat de banden heeft versterkt en vermeerderd van onze dienstbaarheid en die de goddelijke  adoptie heeft teweeg gebracht” (Idem,p.221).  Terwijl de gelovigen het hoofd buigen, spreekt de priester een dankgebed en gebed tot voorbereiding op de communie uit. Dit wordt gericht tot alle gelovigen, want, vanaf haar oorsprong  heeft de Kerk de communie beschouwd als de vervulling door al haar leden, van haar christelijke roeping, en van  haar hoedanigheid van Lichaam van Christus. Wij moeten goed beseffen, zoals A.Schmemann het als een rode draad doorheen zijn boek “L’Eucharistie, sacrement du Royaume”sterk heeft onderlijnd, dat in de loop der tijden deze gemeenschappelijke houding  geworden is tot een individuele act, privaat, elkeen communiceert voor zijn eigen heiliging en niet meer om deel te nemen aan de realisatie van de Kerk.Wij
moeten terug  bewust worden van het feit dat deze twee aspecten nooit mogen gescheiden worden. Bijgevolg, vanaf het begin van de Liturgie van de Gelovigen  wijst niets erop dat er twee kategoriën van gelovigen zijn : diegenen die te communie gaan en deze die niet te communie gaan. In de oude Kerk werden zij die niet te communie gingen : catechumenen en  boetelingen, na de Liturgie van het Woord weggezonden. Voor de Liturgie van de Eucharistie bleven alleen zij die tot de communie waren toegelaten. Het volgende gebed en deze die de communie voorafgaan zullen dit bevestigen : “U danken wij, onzichtbare Koning, die door Uw onmetelijke kracht het heelal geformeerd, en in de volheid van Uw barmhartigheid alles vanuit het niets tot het zijn hebt gebracht. Mester, zie uit de hemel neer op hen die het hoofd buigen voor U. Want zij buigen zich niet voor vlees en bloed, maar voor U de ontzagwekkende God. Meester, wend ten goede alles wat ons overkomt; vaar uit met de varenden, reis mee met de reizigers; genees de zieken, Geneesheer van onze zielen en lichamen…”
 12. COMMUNIE Riten en voorbereidende gebeden             De priester bidt met gedempte stem het volgende gebed :”Verhoor ons, Heer Jezus Christus onze God, uit Uw heilige woning, vanaf de glorietroon van Uw Koninkrijk; en kom ons heiligen. In de hoge zetelt Gij met de Vader op de Troon, en hier beneden zijt Gij onzichtbaar bij ons aanwezig. Gewaardig U om met Uw machtige hand ons Uw smetteloos Lichaam te geven, evenals Uw kostbaar Bloed; en door ons aan heel Uw volk”. “Wij moeten bekwaam worden, door de ogen van het geloof en de liefde, om de Heer Jezus Christus zelf te zien komen naar elk van ons en, zoals Hij deed met Zijn apostelen, geeft Hij ons de Heilige Gaven, doorheen dewelke Hijzelf zich aan ons geeft. Het is niet de priester die ons de communie geeft, maar het is door de priester dat de Heer zich offert en geofferd wordt en die persoonlijk bij ons komt” (Un moine de l’Eglise d’Orient, l’Offrande Liturgique, op.cit.).Gedurende het gebed van de priester houdt de diaken het orarion gekruisd over zijn borst, hij wordt zo gelijk aan de serafijnen “die hun vleugels kruisgewijs schikken over hun borst”, om zo het gezicht  te sluieren voor de schittering van het Goddelijk Licht.Daarna proklameert de priester :”Het heilige voor de heiligen !”.Het lichaam van de Heer, vermengd met de godheid, is God. Op dezelfde wijze wordt het ijzer dat in het vuur geworpen wordt ook vuur en niets kan het aanraken noch benaderen zonder te worden vernietigd en verteerd : alleen het vuur kan zich verenigen met vuur, alleen  de gloeiende kolen kunnen in kontact komen met andere gloeiende kolen zonder schade te ondervinden. Zo is ook de ziel, gezuiverd door het vuur van de Heilige Geest, vuur en geest geworden, en in staat in contact te treden met het smetteloze lichaam van Christus. Maar de ziel die niet door de geest gezuiverd is, noch zich kan vastklampen aan dit goddelijk licht, kan dit niet bereiken” (Saint Macaire d’Egypte, Homélie 52,6). Deze vereiste voor de communie der heilige Mysteries is nochtans niet de volmaakte heiligheid, maar deze van mensen die bij het doopsel de goddelijke gave hebben ontvangen, en die zich elke dag nederig inspannen om het in hun leven vruchten te laten dragen. Ook de gelovigen door de zang van het koor :”Eén is heilig, één is Heer : Jezus Christus; tot heerlijkheid van God de Vader.Amen”, antwoorden dat ze niet heilig zijn : “Want niemand  bezit de heiligheid uit zichzelf, ze is niet het resultaat van menselijke deugden, maar allen ontvangen ze van de Heer en door de Heer”.(N.Cabasilas, op.cit.p.225).Nu gaat de diaken terug in het heiligdom en plaatst zich rechts van de priester. Het koor zingt het communievers eigen aan de dag of het feest. Vervolgens, terwijl het koor verder liederen zingt, lezingen uit de psalmen en voorbereidingsgebeden tot de communie, verdeelt de priester in het heiligdom het brood in vier delen.Brood dat reeds voordien (tijdens de proskomidie) was doorkerfd in de vorm van een kruis. Hij legt deze delen op de disk : boven, onder , rechts en links . Terwijl hij deze ritus voltrekt zegt hij :  “Ontleed en gedeeld wordt het Lam Gods; Het wordt gedeeld, maar niet gescheiden; Het wordt altijd gegeten, maar nooit verteerd; Het heiligt allen die er aan deel hebben”. “Datgene waaraan we zullen communiceren is een gebroken brood, het Lichaam van de Heiland gebroken tijdens zijn lijden. Datgene wat we gaan drinken is een vergoten wijn, het Bloed van de Heer hangend aan het kruis. Wij hernieuwen  dit sacrificie van Golgotha niet fysisch, wij nemen er spiritueel aan deel. Elke eucharistische communie is een zelf-opoffering van hem die communiceert. Hij die communiceert laat zich doordringen door het zwaard van het vuur. Hij sterft aan zichzelf en wordt als een nieuwe mens herboren” (Une moine de l’Eglise d’Orient, l’Offrande Liturgique, op.cit)             De priester neemt het deel van het brood dat gemarkeerd is met de letters IC en doet het in de kelk terwijl hij zegt : “ Volheid van de Heilige Geest”. De diaken antwoordt :  “Amen”. Vervolgens verdeelt de priester het deel gemarkeerd met de letters XC in deeltjes, volgens het aantal concelebranten in het heiligdom. Op de vraag van de diaken zegent hij het Zeon met warm water zeggende : “Gezegend zij de gloed van Uw heiligen; nu en altijd en in de eeuwen der eeuwen.Amen”. “Dit  water, dat tegelijk water is en deel heeft aan de natuur van het vuur, betekent de Heilige Geest, die ook dikwijls water genoemd wordt en die verscheen als vuur wanneer het op de  leerlingen neerkwam. Dit moment van de Heilige Liturgie betekent de triomf van Pinsteren : Toen de Heilige Geest neerdaalde, nadat alle mysteries van Christus waren vervuld; hebben  de Heilige Gaven nu hun hoogste volmaaktheid bereikt, en men voegt er dit water bij” (N.Cabasilas,op.cit. p. 229). 

De communie van de klerus

 De celebranten buigen samen aan de voet van het altaar en vragen vergiffenis voor hun zonden. Zij ontvangen eerst het brood op hun rechterhand. De diaken ontvangt zijn deeltje uit de handen van de priester. De priester geeft zichzelf het stukje brood door het met de linkerhand te nemen en het dan in zijn rechterhand te leggen. Voor de nuttiging van het Heilig Lichaam, zeggen allen het communiegebed, vervolgens nuttigen zij de wijn in drie keren : eerst de priester, dan de diaken. “Door te communiceren in het gesloten heiligdom stellen de priester en de bedienaars de apostelen voor die in het Graf de eerste getuigen waren van de Verrijzenis. Aldus verlicht zijnde door het licht van de Verrijzenis, geven zij, bij de ope
ning van de Heilige Poorten, deze genade aan het volk.” Wanneer de klerus heeft gecommuniceerd, breekt de priester de twee delen van het “Lam” die op de disk zijn gebleven en gemarkeerd zijn met de letters NI en KA., ook dit volgens het aantal communicerenden. Hij doet ze in de kelk die hij vervolgens weer bedekt met de communie-doek, en waarop hij de lepel legt.
 

De communie van de gelovigen

             De Heilige Poorten openen zich in stilte voor de neerbuigende gelovigen . De diaken toont de kelk en roept de ganse gemeenschap op tot de communie zeggende : “Nadert in vreze Gods, in geloof en met liefde”. Gekleed met zijn gekruiste orarion, zoals de vleugels voor het aangezicht van de Serafijnen, lijkt de diaken, het Heilige Lichaam en het kostbare Bloed van Christus dragend, op de serafijn die de gloeiende kool draagt naar Jesaja. Het koor zingt een lied die de aanwezigheid van de Heer bevestigt : “Amen,amen. Gezegend Hij die komt in de naam van de Heer”. De gelovigen naderen nu één voor één. De priester, geholpen door de diaken, geeft hen de communie onder de twee gedaanten met de lepel. Hij noemt daarbij ieder bij zijn/haar naam. Zoals de Serafijn met een tang op de lippen van de profeet Jesaja een gloeiende kool heeft gelegd, om ze te zuiveren, zo ook legt de priester op de lippen van hen die communiceren, door middel van de lepel, de gloeiende kool bij uitstek, die Christus zelf is, om ze te zuiveren en te bezielen met het vuur van de Heilige Geest.             “Datgene wat mij is gegeven is het Lichaam en Bloed van de Heer Jezus. Onder de fysische tekenen is er een realiteit : de tegenwoordigheid van mijn Redder en zijn reddend ons nabij zijn. Ik neem deel aan de offergave en het offer van Golgotha. De heilige gaven die ik ontvang zijn de uitdrukking van de vergeving van mijn zonden, welke het  geofferde Lam van mij heeft weggenomen en op zich heeft genomen. Ik ben rein geworden door Zijn Bloed, gewassen en ondergedompeld in Zijn Bloed, zoals de delen van dit brood ondergedompeld zijn in de Kelk. En deze Gave is het bewijs van eeuwig leven, want het geofferde Lam waaraan ik participeer, is ook het Lam dat de derde dag is Verrezen. Pasen omvat zowel de Verrijzenis als de Kruisiging van de Heer. Ik communiceer aan de Verrijzenis (l’Offrande liturgique, op.cit.p.61-62). 

Dankzegging

             Wanneer de communie van de gelovigen is beëindigd, zet de priester de kelk opnieuw op het altaar. De diaken doet nu de achtergebleven restjes op de disk in het Bloed van Christus in de kelk. Deze deeltjes vertegenwoordigen de Maagd, de heiligen, de levenden en de doden die vermeld werden tijdens de proskomidie. Terwijl de diaken deze ritus voltrekt, zegt hij de troparia van de Verrijzenis. Op het moment dat hij het deeltje van de Moeder Gods in de kelk doet zegt hij het volgende troparium : “Sta op, word verlicht, nieuw Jeruzalem ! want de heerlijkheid des Heren gaat over u op. Juicht en jubelt van vreugde, o Sion. En gij gans reine Moeder van God, verheug u over de Verrijzenis van Uw Zoon”. “Christus, verrezen en uitgestort over de Kerk, Nieuw Jeruzalem, het vuur van Zijn Heilige Geest vervult definitief de theofanie aangekondigd in Jesaja 60,1-3”.De diaken besluit het onderdompelen van de deeltjes in de kelk  met het zorgvuldig reinigen van de disk boven de kelk met de chalice2_sm
spons zeggende : “Heer, wis door Uw kostbaar Bloed  en de gebeden van Uw heiligen de zonden uit van hen die wij op deze disk hebben herdacht”.
             Deze ritus manifesteert zichtbaar de voorbede voor onze naasten, levenden en doden.Al diegenen waarvan de namen zijn genoemd toen de priester de verschillende delen van de prosfora, die door de gelovigen werden aangeboden,  heeft gescheiden , zijn op dit moment, door deze onderdompeling ledematen van het mysterie van de Verlossing.De priester, vanaf het ambon, zegent het volk zeggende : “God, red Uw volk en zegen Uw erfdeel”. Het koor antwoordt met een gezang uit het officie  van Pinksteren, die eraan herinnert, dat elke communie ook een ontvangen van de Heilige Geest inhoudt, een permanent Pinksteren :”Wij hebben het ware Licht aanschouwd,wij hebben de hemelse Geest ontvangen,wij hebben het ware geloof gevonden.Wij alms_smaanbidden de heilige Drieeenheid : Deze heeft ons gered”. 
            De priester keert terug in het heiligdom om,met de diaken, de Heilige Gaven van het altaar naar de proscomidietafel over te brengen. De diaken zet de asterix op de disk en bedekt het geheel met zijn doek. Eveneens wordt de kelk opnieuw bedekt. Vervolgens bewierookt de priester driemaal de Heilige Gaven terwijl hij volgende woorden uitspreekt : “Verhef U boven de hemelen, God ; over de gehele aarde zij Uw heerlijkheid”. De priester geeft hiermee het opgaan van de Heer naar Zijn Vader weer , om geprezen en verheerlijkt te worden : het is het thema van de hemelvaart. Had Christus, vooraleer ten hemel op te stijgen, niet gezegd : “Het is beter voor u dat ik heenga. Want  als ik niet heenga, kan de Trooster niet tot u komen, maar indien ik heenga, zal ik Hem tot u zenden” (Joh.16,7). In het tweede deel van het vers doet de priester beroep op de Geest van Pinksteren om zich uit te storten over de Kerk, om een metamorfose, een
heilige_geest_holy_spirit_(12)
gedaansverandering teweeg te brengen die zijn volheid zal tonen op de dag van de laatste komst.
 De priester neemt nu de kelk en heft ze omhoog als teken van zegen en zegt :”Gezegend zij onze God”, en gericht naar het volk zegt hij : “Immer, nu en altijd, en in de eeuwen der eeuwen”. Het koor zingt een hymne van dankzegging. De diaken verlaat het heiligdom, brengt zijn orarion uit de gekruiste houding om een laatste ektenie te zeggen. De priester zegt dan het gebed van dankzegging terwijl hij het antimension plooit en met het Evangelieboek , dat hij met beide handen vasthoudt,een kruisteken maakt. 13.CONCLUSIE 

Wegzending van de gelovigen en zegen

             Na dit gebed verlaat de priester het heiligdom langs de Heilige Poorten. Hij stelt zich op in het midden van de kerk en zegt met luide stem :  “Laat ons in vrede heengaan”. Door deze woorden en het slotgebed dat volgt  geeft hij de zending aan de gelovigen. Het betekent niet zozeer het weggaan uit de kerk, maar de intrede van de Kerk in de wereld. Zoals Vader Schmemann het zegt :  “ de tijd van de zending (missie) begint op het moment dat de liturgie beëindigt.             Vervolgens keert de diaken, die gedurende het gebed gebogen stond voor de ikoon van de Redder, terug in het heiligdom via de Noorderpoort en vraagt aan de priester de zegen voor het nuttigen van de Heilige Gaven. De priester spreekt het gebed uit van de nuttiging van de gaven, en terwijl de diaken  naar de proskomidietafel gaat om de inhoud van de kelk te nuttigen, zegent de priester het volk, neemt het kruis, gaat buiten de Heilige poorten staan, en gericht naar het volk geeft hij de wegzending. De gelovigen kussen het kruis en nemen een stukje gezegend brood, antidoron genaamd. Het zijn stukjes brood die afkomstig zijn van de prosfora van de proskomidie en beeldt de primitieve agapes uit.             Het vlugge en beknopte einde van de liturgie staat in tegenstelling met de trage progressieve opgang van de liturgie tot aan de communie.De communicerenden  zijn nu deelgenoten geworden aan het Koninkrijk en zijn in zekere zin weggegaan uit de tijd om de eeuwigheid binnen te gaan. “Want gelijk de bliksem komt van het oosten en licht tot het westen, zo zal de komst van de Zoon des mensen zijn”. Zo ook brengt de communie van de Heilige Gaven in de tegnwoordigheid van de Heer, zonder uitstel.Deze vlugheid en vrolijkheid  doet ons de Paasnacht in herinnering brengen, waar, na de Grote Vasten en de verheven officies van de Heilige Week, het licht en de vreugde van de Verrijzenis ons ineens verlicht  met haar frisheid en eeuwige jeugdigheid 

 ==================================================================                                      

jesconq



Goddelijke Liturgie van de heilige Johannes Chrysostomos in het BULGAARS

Литургия на св. Йоан Златоуст

За божествената Литургия на св. Йоан Златоуст

БОЖЕСТВЕНА ЛИТУРГИЯ

oт светия наш отец Йоан Златоуст

На български език

(За ползване от благочестивите миряни)

Синодално издателство

2007 г.

Литургията на свети Йоан Златоуст се извършва през цялата година, освен в дните, през които е предвидено да се извършва света Василиева или света Преждеосвещена литургия.

През Великия пост света Златоустова литургия се извършва във всички съботи (освен Велика събота), на вход Господен в Йерусалим и в дните (освен Велики петък и Велика събота), в които се падат празниците Сретение Господне и Благовещение.

ЛИТУРГИЯ НА ОГЛАШЕНИТЕ

Свещеникът:

Благословено е Царството на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин (1).

ВЕЛИКА ЕКТЕНИЯ

Свещеникът или дяконът:

С мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът:

За мира от небето и за спасението на нашите души на Господа да се помолим (2).

За мира на целия свят, за благопреуспяване на светите Божии църкви и единението им на Господа да се помолим.

За този свят храм и за онези, които с вяра, благоговение и страх Божи влизат в него, на Господа да се помолим.

За Високопреосвещения наш митрополит (името), за честното свещенство, за дяконството в Христа, за всички църковнослужители и народа на Господа да се помолим.

За нашия български народ, за правителството и за христолюбивото ни войнство на Господа да се помолим.

За да му помага Бог и да покори под нозете му всеки враг и противник, на Господа да се помолим.

За този град (село или света обител), за всеки град и страна, и за тези, които с вяра живеят в тях, на Господа да се помолим.

За благоразтворение на въздуха, за изобилие на земните плодове и за мирни времена на Господа да се помолим.

За тези, които плават, пътуват, боледуват, страдат, за пленените и за тяхното спасение на Господа да се помолим.

За да се избавим от всяка скръб, гняв, беда и нужда, на Господа да се помолим.

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Като поменем заедно с всички светии пресветата, пречиста, преблагословена, славна наша Владичица Богородица и Приснодева Мария, нека сами себе си, един другиго и целия си живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

Тебе, Господи.

Свещеникът:

Защото на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, подобава всяка слава, чест и поклонение сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

  1. АНТИФОН

Народът:

(в празничните дни)

По молитвите на Богородица, Спасителю, спаси нас (три пъти).

Или:

(в неделни дни)

Благославяй, душо моя, Господа, благословен си, Господи

През това време свещеникът тихо чете молитвата на първия антифон:

Господи Боже наш, Който имаш власт несравнима и слава непостижима, милост неизмерима и човеколюбие неизразимо, Сам, Владико, по Твоето добросърдечие, погледни на нас и на този свят храм и прояви към нас и към онези, които се молят с нас, Твоите богати милости и Твоите щедрости.

МАЛКА ЕКТЕНИЯ

Свещеникът или дяконът:

Пак и пак с мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът:

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Като поменем заедно с всички светии пресветата, пречиста, преблагословена, славна наша Владичица Богородица и Приснодева Мария, нека сами себе си, един другиго и целия си живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

Тебе, Господи.

Свещеникът възглася:

Защото Твоя е властта и Твое е царството и силата, и славата, на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

ІІ. АНТИФОН:

Народът:

Сине Божий, Който възкръсна от мъртвите (3), спаси нас, които Ти пеем: алилуия (4)! (три пъти)

Слава на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Свещеникът през това време чете молитвата на втори антифон:

Господи, Боже наш, спаси народа Си и благослови наследието Си, запази членовете на Твоята Църква, освети онези, които обичат благолепието на Твоя дом, и ги прослави с божествената Си сила, и не оставяй нас, които се уповаваме на Тебе.

Народът:

Единородни Сине и Слово Божие, Който си безсмъртен и благоволи заради нашето спасение да се въплътиш от света Богородица и Приснодева Мария, неизменно стана човек, а като се разпна, Христе Боже, със смъртта потъпка смъртта. Ти, Който си един от Светата Троица и си прославян заедно с Отца и Светия Дух, спаси нас.

МАЛКА ЕКТЕНИЯ

Свещеникът или дяконът:

Пак и пак с душевен мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Като поменем заедно с всички светии пресветата, пречиста, преблагословена, славна наша Владичица Богородица и Приснодева Мария, нека сами себе си, един другиго и целия си живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

Тебе, Господи.

Възглас:

Защото си благ и човеколюбив Бог и на Тебе въздаваме слава, на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

ІІІ. АНТИФОН

Народът:

Помени нас, Господи, когато дойдеш в царството Си.

Блажени бедните духом, защото тяхно е царството небесно.

Блажени плачещите, защото те ще се утешат.

Блажени кротките, защото те ще наследят земята.

Блажени гладните и жадните за правда, защото те ще се наситят.

Блажени милостивите, защото те ще бъдат помилувани.

Блажени чистите по сърце, защото те ще видят Бога.

Блажени миротворците, защото те ще се нарекат синове Божии.

Блажени изгонените заради правда, защото тяхно е царството небесно.

Блажени сте вие, когато ви похулят и изгонят, и кажат против вас лъжовно каква и да е лоша дума заради Мене.

Радвайте се и се веселете, защото голяма е наградата ви на небесата! (Мат. 5:3-12)

През това време свещеникът тихо чете молитвата на третия антифон:

Ти, Който си дал тези общи и единодушни молитви, Който си обещал на двама или трима, съгласили се в Твое име, да изпълниш молбите, Сам и сега изпълни просбите в полза на Твоите раби, като в сегашния век ни даваш познаване на Твоята истина, а в бъдещия ни даруваш живот вечен.

МАЛЪК ВХОД

След прочитане на молитвата, при пеене на тропара или блаженствата, свещеникът отваря царските двери, застава пред светия престол, покланя се три пъти, целува светото Евангелие, взема го с двете си ръце и го носи издигнато, върви отдясно зад светия престол, покланя се благоговейно пред жертвеника и като излезе през северната врата, предшестван от свещоносец, прави малкия вход, като казва тихо молитвата на входа:

Владико Господи Боже наш, Който си установил на небесата чинове и войнства на ангели и архангели в служба на Твоята слава, направи така, че с този наш вход да се извърши и вход на светите ангели, които заедно с нас да служат и славословят Твоята благост.

Като дойде на определеното място, обърнат към светия олтар, покланя се леко, като държи светото Евангелие и тихо казва завършека на входната молитва:

Защото на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, подобава всяка слава, чест и поклонение, сега и винаги, и во веки веков. Амин.

Свещеникът изправен държи в лявата ръка светото Евангелие, облегнато от лявата страна на гърдите си, а с издигната дясна ръка благославя към светия олтар и тихо казва:

Благословен е входът на Твоите светии, всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Взема светото Евангелие с двете ръце, целува го, издига го и прави кръст с него.

Свещеникът или дяконът гласно:

Премъдрост, застанете прави!

Народът:

Дойдете да се поклоним и да паднем пред Христа.

Сине Божий, Който възкръсна от мъртвите, спаси нас, които Ти пеем: алилуия (5).

Пеят се определените за деня тропари и кондаци.

В това време свещеникът чете тихо молитвата на Трисветата песен (Трисветоето):

Боже светий, Който пребъдваш сред светии и Когото с трисвята песен възпяват херувимите и славословят серафимите и Комуто всички небесни сили се покланят, Ти от нищо си направил всичко, създал си човека по Твой образ и подобие и си го украсил с всеки Твой дар. Ти даваш на просещия премъдрост и разум и не презираш съгрешилия, но си отредил покаяние за спасение, Ти си удостоил нас, смирените и недостойни Твои раби, и в този час да застанем пред славата на Твоя свят жертвеник и да Ти принесем дължимото поклонение и славословие. Сам, Владико, приеми и от устата на нас грешните трисветата песен и ни посети с Твоята благост. Прости ни всяко волно и неволно прегрешение, освети душите и телата ни и дай ни да Ти служим в святост през всички дни на живота си, по молитвите на Света Богородица и на всички светии, които от века са Ти благоугодили.

Свещеникът (или дяконът) гласно:

На Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът възглася:

Защото си свят, Боже наш, и на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, въздаваме слава сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

ТРИСВЕТАТА ПЕСЕН

Светий Боже, Светий Крепки, Светий Безсмъртни, помилуй нас (три пъти).

Слава на Отца и Сина и Светия Дух.

И сега и винаги, и во веки веков. Амин.

Светий Безсмъртни, помилуй нас.

Светий Боже, Светий Крепки, Светий Безсмъртни, помилуй нас.

Свещеникът също казва тихо… “Светий Боже“, като се покланя три пъти пред светия Престол. След това отива към жертвеника (св. Престол), покланя се и казва:

Благословен е, Който идва в името Господне!

Връща се към светия престол и отдясно върви покрай южната му страна, откъдето се покланя към горното място и казва:

Благословен си на престола на Твоето царство, Ти, Който седиш върху херувимите, всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Свещеникът възглася:

Да внимаваме!

Мир на всички.

Четецът:

И на твоя дух.

Свещеникът или дяконът:

Премъдрост!

Четецът:

Прокимен глас

Свещеникът или дяконът:

Премъдрост!

Четецът:

Ще се чете из посланието (обявява апостолското послание)

Свещеникът или дяконът:

Да внимаваме!

ЧЕТЕНЕ НА АПОСТОЛА

В това време свещеникът благославя кадилницата, взема я и кади светия престол наоколо, жертвеника и целия свят олтар, излиза на солея през царските двери и обърнат на изток, кади светите икони на иконостаса, след това се обръща и кади архиерейския трон, клиросите и народа; обръща се пак на изток, отново кади само иконата на Спасителя и Пресвета Богородица, влиза в светия олтар и покадява пред светия престол само отпред. Оставя кадилницата и застанал пред светия престол, тихо чете молитвата преди евангелието:

Човеколюбче Владико, дай да светне в сърцата ни нетленната светлина на Твоето богопознание и отвори очите на разума ни, за да разбираме Твоето евангелско учение; вложи в нас страхопочитание към Твоите блажени заповеди, та като потъпчем всички плътски похоти, да водим духовен живот, като мислим и вършим всичко, което Ти е благоугодно. Защото Ти, Христе Боже, си просвещение на душите и телата ни, и на Тебе въздаваме слава с безначалния Твой Отец и с всесветия и благия, и животворящ Твой Дух, сега и винаги, и во веки веков. Амин.

Свещеникът:

Мир на тебе, който четеш.

Народът:

Алилуия (три пъти).

Свещеникът:

Премъдрост! Да застанем прави, за да изслушаме светото Евангелие. Мир на всички.

Народът:

И на твоя дух.

Свещеникът или дяконът:

Ще се чете из светото Евангелие от (името на евангелиста).

Народът:

Слава Тебе, Господи, Слава Тебе!

Свещеникът или дяконът:

Да внимаваме!

ЧЕТЕНЕ НА СВ. ЕВАНГЕЛИЕ

Народът:

Слава Тебе, Господи, слава Тебе!

Свещеникът целува страницата на светото Евангелие, която е чел, затваря го, оставя го на светия престол върху светия антиминс, затваря царските двери и застанал пред светия престол, казва сугубата ектения.

СУГУБА ЕКТЕНИЯ

Свещеникът или дяконът:

Да речем всички от цялата си душа и с целия си разум да речем.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Господи, Вседържителю, Боже на нашите отци, молим Ти се, чуй ни и ни помилвай.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Помилвай ни, Боже, по великата Си милост, молим Ти се, чуй ни и ни помилвай.

Народът:

Господи, помилуй! (три пъти) (6)

Свещеникът или дяконът:

Още се молим за благочестивия български народ и христолюбивото воинство, за неговата сила, победа, пребъдване, мир, здраве, спасение и нашият Господ Бог особено да му съдейства и му помага във всичко.

Свещеникът (тихо):

Господи Боже наш, приеми от Твоите раби това усърдно моление и ни помилвай по множеството Твои милости, и изпрати Твоите щедрости върху нас и върху всички Твои люде, които очакват от Тебе богата милост.

Свещеникът или дяконът:

Още се молим за Високопреосвещения наш митрополит (името), за нашите братя свещеници, свещеномонаси, свещенодякони и монаси и за цялото в Христа наше братство.

Още се молим за нашето войнство.

Още се молим за блажените и приснопаметни създатели на този свят храм (или обител) и за всички порано починали православни отци и братя, тук и навсякъде благочестиво погребани.

Още се молим за милост, живот, мир, здраве, спасение, посещение, прощение и освобождение от греховете на Божиите раби и всички благочестиви и православни християни, които живеят и пребивават в тази енория и в този град (село), настоятелите и братята на този свят храм (света обител).

Още се молим за дарителите и добротворците в този свят и всечестен храм, за ония, които се трудят, пеят и се молят в него, и за присъстващия народ, който очаква от Тебе велика и богата милост.

Свещеникът възглася:

Защото си милостив и човеколюбив Бог, и на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, въздаваме слава, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Тук свещеникът се моли тихо на Бога Той да приеме това усърдно моление и да изпрати богатите Си милости на всички Свои люде. (Ако литургията е заупокойна, тук се произнася специална заупокойна ектения и молитва.)

ЕКТЕНИИ ЗА ОЛАШЕНИТЕ (7)

Свещеникът или дяконът:

Оглашени, помолете се на Господа.

Народът:

Господи, помилуй (8).

Свещеникът или дяконът:

Верни, да се помолим за оглашените, за да ги помилва Господ.

Да ги огласи със словото на истината.

Да им открие евангелието на правдата.

Да ги присъедини към Своята света, вселенска и апостолска Църква.

Спаси, помилвай, защити и запази ги, Боже, с Твоята благодат.

Оглашени, преклонете главите си пред Господа.

Народът:

Тебе, Господи.

Свещеникът тихо чете молитвата за оглашените:

Господи Боже наш, Който живееш във висините и приглеждаш смирените, Ти си изпратил Единородния Твой Син и Бог, нашия Господ Иисус Христос, за спасението на човешкия род, погледни на Твоите раби, оглашените, преклонили пред Тебе главите си, и ги удостой в благоприятно време с банята на възраждането, с опрощаване на греховете и с дрехата на нетлението. Присъедини ги към Твоята света, вселенска Църква и ги причисли към Твоето избрано стадо.

Свещеникът възглася:

Та и те заедно с нас да славят Твоето, на Отца и Сина и Светия Дух, пречестно и великолепно име, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът или дяконът:

Вие, които сте оглашени, излезте. Оглашени, излезте, които сте оглашени, излезте, та никой от оглашените да не остане. А ние, верните, пак с мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

ЛИТУРГИЯ НА ВЕРНИТЕ

Свещеникът тихо чете първата молитва на верните:

Благодарим Ти, Господи Боже на силите, Който си ни удостоил да застанем и сега пред Твоя свят жертвеник и да паднем пред Твоята милост за прошка на нашите грехове и греховете на народа, сторени по незнание. Приеми, Боже, нашата молитва, направи ни да бъдем достойни да Ти принасяме моления и молби, и безкръвни жертви за всички Твои люде; и нас, които си поставил чрез силата на Светия Твой Дух в това Твое служение, удостой ни неосъдно и безпрепятствено, в чистото свидетелство на съвестта ни, да Те призоваваме на всяко време и място, та като ни послушаш, да бъдеш милостив към нас поради обилната Си благост.

Свещеникът или дяконът:

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Премъдрост!

Свещеникът възглася:

Защото на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, подобава всяка слава, чест и поклонение, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът или дяконът:

Пак и пак с мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът чете тихо втората молитва на верните:

Пак и многократно падаме пред Тебе и Ти се молим, Благий и Човеколюбче, погледни на нашето моление, очисти душите и телата ни от всяка сквернота на плътта и духа и ни дай безукорно и неосъдно да стоим пред светия Твой жертвеник. И на тези, които заедно с нас се молят, дарувай, Боже, успех в живота и вярата и духовното познание; дай им всякога с благоговение и любов да Ти служат безукорно и неосъдно да се причастят с Твоите свети Тайни и да се удостоят с Твоето небесно царство.

Свещеникът или дяконът:

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Премъдрост!

Свещеникът възглася:

Та всякога закриляни от Твоята сила да въздаваме слава на Тебе, Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

ХЕРУВИМСКА ПЕСЕН

Ние, които тайнствено изобразяваме херувимите и пеем трисветата песен на Животворящата Троица, нека сега отложим всяка житейска грижа.

В това време свещеникът отваря царските двери и застанал пред светия престол, тихо чете молитвата:

Никой от свързаните с плътски желания и наслади не е достоен да пристъпи или да се приближи, или да Ти служи, Царю на славата, защото да се служи на Тебе е велико и страшно и за самите небесни сили. Обаче поради Твоето неизразимо и неизмеримо човеколюбие Ти действително и неизменно си станал Човек и Архиерей за нас и като Господар на всичко си ни предал свещенодействието на тази спасителна и безкръвна жертва; защото Ти единствен, Господи Боже наш, владееш небесните и земни твари; Ти си носен на херувимски престол; Ти си Господ на серафимите и цар Израилев; Ти единствен си свят и сред светии пребъдваш. Прочее, Тебе едничък благ и добропослушлив, моля: погледни към мене, грешния и недостоен Твой раб, и очисти душата и сърцето ми от лукава съвест, и мене, който със силата на Твоя Свят Дух съм облечен с благодатта на свещенството, удостой да застана пред тази света Твоя Трапеза и да извърша свещенодействието на светото и пречисто Твое Тяло и драгоценна Кръв. И тъй, пристъпвам пред Тебе, навел глава, и Ти се моля, не отвръщай лицето Си от мене и не ме отхвърляй изсред Твоите чеда, но удостой мене, грешния и недостоен Твой раб, да Ти принеса тези Дарове, защото Ти си, Който принасяш и си принасян, Който приемаш и си раздаван, Христе Боже наш, и на Тебе с безначалния Твой Отец, с Пресветия, и благия, и животворящ Твой Дух въздаваме слава, сега и винаги, и во веки веков.

След това свещеникът тихо казва Херувимската песен три пъти, като след всяко казване се покланя. Веднага след това благославя кадилницата, взема я и кади светия престол наоколо, жертвеника, целия свят олтар и народа. Във време на каденето тихо казва 50-и псалом и умилителните тропари:

Помилвай ни, Господи,… Господи, помилвай ниОтвори ни вратите на милосърдието… (ако е неделя, в началото казва: Като видяхме Христовото възкресение…).

Тогава оставя кадилницата, застава пред светия престол, покланя се три пъти и целува светия антиминс и светия престол, като казва тихо:

Съгреших Ти, Спасителю, както Блудния син, Отче, приеми мене, който се кая и ме помилвай, Боже.

Обръща се към народа и се покланя. След това отива пред жертвеника, взема наново кадилницата и кади предложените Дарове. След това се покланя три пъти, като на всяко поклонение казва:

Боже, очисти мене грешния и ме помилвай.

Простете ме, отци, братя и сестри, и се помолете за мене грешния.

ВЕЛИК ВХОД

Свещеникът целува покритите Дарове. После взема покровецавъздух и го полага на раменете си. С голямо внимание взема покрития св. дискос с лявата си ръка и го поиздига до наведената си глава, а с дясната си ръка взема покритата света чаша и излиза през северната врата, предшестван от свещоносец и от свещенослужител или църковнослужител, който с кадилница кади пред него, и прави великия вход.

Свещеникът или дяконът:

Благочестивия и православен български народ, правителството и христолюбивото му войнство да помене Господ Бог в Своето царство всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Високопреосвещения наш митрополит (името) и целия свещенически, дяконски и монашески чин да помене Господ Бог в царството Си.

Блаженопочиналия наш освободител, император Александър Николаевич, и всички воини, паднали на бойното поле за вярата и освобождението на нашето отечество, да помене Господ Бог в царството Си сега и винаги, и во веки веков.

Блаженопочиналите наши екзарси Антим, Йосиф и Стефан, патриарх Кирил и всички от века починали архиереи, йереи, дякони, монаси и християни да помене Господ Бог в Своето царство всякога, сега, винаги и во веки веков.

Свещениците поменават местните (на дадена епархия) починали архиереи.

Основателите, дарителите и настоятелите на този свят храм (или света обител), пеещите, служещите и трудещите се с нас да помене Господ Бог в Царството Си.

Вас и всички благочестиви и православни християни да помене Господ Бог в Своето царство, всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Народът довършва Херувимската песен:

За да прославим Царя на славата, Когото ангелските чинове невидимо тържествено носят. Алилуия, алилуия, алилуия!

В това време свещеникът влиза в светия олтар. Царските двери и завесата се затварят. Свещеникът поставя върху светия антиминс първо светата чаша, а след това светия дискос в същия ред, както са били и на жертвеника, като казва тихо:

Благообразният Йосиф сне от кръста пречистото Твое тяло, обви го в чиста плащаница с благоухания, положи го в нов гроб и го покри. Ти, неописуеми Христе, Който всичко изпълваш, си бил в гроба с плътта Си, в ада с душата Си като Бог, в рая с разбойника и на Престола заедно с Отца и Духа.

Христе, Твоят гроб, извор на нашето възкресение, наистина се показа живоносен, като рая прекрасен и посветъл от всеки царски чертог.

Вдига покровците от светия дискос и светата чаша, сгъва ги и ги слага встрани. Снема покровецавъздух от раменете си, покадява го и покрива с него Даровете.

Взема кадилницата, покадява три пъти Даровете, като казва тихо:

Господи, стори добро на Сион по Твоето благоволение; въздигни стените йерусалимски; тогава ще Ти бъдат угодни жертви на правдата, възношение и всесъжение; тогава на Твоя олтар ще възложат телци.

ПРОСИТЕЛНА ЕКТЕНИЯ

Свещеникът или дяконът:

Да изпълним молитвата си към Господа.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

За предложените драгоценни Дарове на Господа да се помолим (9).

За този свят храм и за тези, които с вяра, благоговение и страх Божи влизат в него, на Господа да се помолим.

За да се избавим от всяка скръб, гняв, беда и нужда, на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът тихо чете молитвата на приношението след поставяне Даровете на светия престол:

Господи, Боже Вседържителю, Ти, Който единствен си свят и приемаш хвалебна жертва от тези, които Те призовават от все сърце, приеми моленията на нас, грешните, и ги принеси пред Твоя свят жертвеник и ни удостой да Ти принасяме дарове и жертви духовни за нашите грехове и за греховете на народа, сторени по незнание, и ни удостой да намерим благодат пред Тебе, за да Ти бъде благоприятна нашата жертва, и да се всели благият Дух на Твоята благодат в нас, в тези предложени Дарове и във всички Твои люде.

Свещеникът или дяконът:

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Целият ден да бъде съвършен, свят, мирен и безгрешен, от Господа да просим.

Народът:

Подай, Господи.

Свещеникът или дяконът:

Ангел на мира, верен наставник, пазител на душите и телата ни, от Господа да просим (10).

Прощение и освобождение от греховете и прегрешенията ни от Господа да просим.

Доброто и полезното за душите ни и мир за света от Господа да просим.

Да завършим останалото време от нашия живот в мир и покаяние, от Господа да просим.

Християнски безболестен, непосрамен, мирен свършек на нашия живот и добър отговор пред страшния Христов съд от Господа да просим.

Като поменем заедно с всички светии пресветата, пречиста, преблагословена, славна наша Владичица Богородица и Приснодева Мария, нека сами себе си, един другиго и целия си живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

Тебе, Господи.

Свещеникът възглася:

Чрез щедростите на Твоя Единороден Син, с Когото си благословен, заедно с всесветия, и благия, и животворящия Твой Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът:

Мир на всички.

Народът:

И на твоя дух.

Свещеникът или дяконът:

Да се възлюбим един другиго, та в единомислие да изповядаме:

Народът:

Отца и Сина и Светия Дух, Троица единосъщна и неразделна (11).

Свещеникът се покланя три пъти, като на всяко покланяне казва:

Ще те възлюбя, Господи, крепост моя. Господ е моя твърдиня и мое прибежище, мой Избавител.

И целува покритите Дарове и края на светия престол пред себе си. След това взема за двата горни края покровецавъздух, с който са покрити Даровете, издига го отвесно над тях.

Свещеникът или дяконът:

Дверите, дверите! В премъдростта да внимаваме!

СИМВОЛ НА ВЯРАТА

Народът или четец:

Вярвам в един Бог Отец, Вседържител, Творец на небето и земята, на всичко видимо и невидимо.

И в един Господ Иисус Христос, Сина Божий, Единородния, Който е роден от Отца преди всички векове: Светлина от Светлина, Бог истинен от Бог истинен, роден, несътворен, единосъщен с Отца, и чрез Когото всичко е станало; Който заради нас, човеците, и заради нашето спасение слезе от небесата и се въплъти от Светия Дух и Дева Мария и стана човек; и бе разпнат за нас при Пилат Понтийски, и страда, и бе погребан; и възкръсна в третия ден според писанията; и възлезе на небесата, и седи отдясно на Отца; и пак ще дойде със слава да съди живи и мъртви, и царството Му не ще има край.

И в Светия Дух, Господа, Животворящия, Който от Отца изхожда, Комуто се покланяме и Го славим наравно с Отца и Сина, и Който е говорил чрез пророците.

В една света, вселенска и апостолска Църква.

Изповядвам едно кръщение за опрощаване на греховете.

Чакам възкресение на мъртвите и живот в бъдещия век. Амин.

ЕВХАРИСТИЕН КАНОН

Свещеникът или дяконът:

Да стоим добре, да стоим с благоговение, да внимаваме, за да принесем в мир светото възношение.

Народът:

Милостта на мира е жертва на хвалението.

Свещеникът:

Благодатта на нашия Господ Иисус Христос и любовта на Бога и Отца, и общуването със Светия Дух да бъдат с всички вас!

Народът:

И с твоя дух.

Свещеникът:

Да издигнем сърцата си нагоре!

Народът:

Издигнати са към Господа.

Свещеникът:

Да благодарим на Господа!

Народът:

Достойно и справедливо е да се покланяме на Отца и Сина и Светия Дух Троица единосъщна и неразделна.

През това време свещеникът тихо чете молитвата:

Достойно и справедливо е да Те възпяваме, да Те благославяме, да Те хвалим, да Ти благодарим, да Ти се покланяме на всяко място на Твоето владичество. Защото Ти си Бог неизказан, неизследим, невидим, непостижим, Който вечно съществуваш и винаги си един и същ, Ти и Единородният Твой Син и Светият Твой Дух. Ти от небитие си ни привел в битие; и падналите пак си въздигнал, и не си престанал да вършиш всичко, докато не ни възведе на небето и дари Твоето бъдещо царство. За всичко това благодарим на Тебе, и на Единородния Твой Син, и на Твоя Свети Дух, за всички сторени за нас видими и невидими благодеяния, които знаем и които не знаем. Благодарим Ти и за тази служба, която благоволи да приемеш от нашите ръце, макар и пред Тебе да стоят хиляди архангели и безброй ангели, херувими и серафими, шестокрили, многооки, които високо летят.

Свещеникът взема звездицата и като прави с нея кръст над дискоса, възглася:

Небесните сили пеят, възкликват, възгласят победната песен и казват:

Народът:

Свят, свят, свят е Господ Саваот. Пълни са небето и земята с Твоята слава. Осанна във висините! Благословен е, Който иде в името Господне. Осанна във висините (12)!

Свещеникът (тихо):

Заедно с тези блажени сили и ние, човеколюбиви Владико, възкликваме и казваме: свят си и пресвят Ти и Единородният Твой Син и Светият Твой Дух; свят и пресвят си и великолепна е Твоята слава, защото Ти тъй си възлюбил Твоя свят, че отдаде Своя Единороден Син, та всеки, който вярва в Него, да не погине, но да има вечен живот; и Той, като дойде и като изпълни всичко промислено за нас, в нощта, в която беше предаван, или поточно Сам се предаваше за живота на света, взе в Своите свети и пречисти и непорочни ръце хляба, благодари и благослови, освети, разчупи и даде на Своите свети ученици и апостоли, като каза:

Свещеникът възглася:

Вземете, яжте, това е Моето тяло, което за вас се преломява за опрощаване на греховете.

Народът:

Амин.

Свещеникът (тихо):

Също и чашата след вечеря, като каза:

Свещеникът възглася:

Пийте от нея всички, това е Моята кръв на Новия Завет, която за вас и за мнозина се пролива за опрощаване на греховете.

Народът:

Амин.

Свещеникът (тихо):

И тъй, като възпоменаваме тази спасителна заповед и всичко, извършено за нас: кръста, гроба, тридневното възкресение, възнесението на небето, сядането отдясно на Отца и славното второ пришествие.

Взема светия дискос и светата чаша, издига ги

Свещеникът възглася:

Твои (дарове) от Твоите на Теб принасяме за всички и за всичко.

Народът:

Тебе възпяваме, Тебе благославяме, на Тебе благодарим, Господи, и молим Ти се, Боже наш.

В това време свещеникът тихо казва същата молитва и продължава:

Още Ти принасяме тази словесна и безкръвна служба и просим, и молим, и умоляваме: изпрати Твоя Свети Дух върху нас и над тези предлежащи Дарове.

ПРЕСЪЩЕСТВЯВАНЕ НА СВЕТИТЕ ДАРОВЕ

При пресъществяване на Даровете свещеникът с ръка посочва на светия хляб (Агнеца), благославя го (само него), като казва тихо:

И направи този хляб драгоценно Тяло на Твоя Христос. Амин.

Посочва на светата чаша, благославя я, като казва тихо:

А това, което е в тази чаша драгоценна Кръв на Твоя Христос. Амин.

След това благославя общо Даровете, като казва:

Като ги претвориш чрез Твоя Свети Дух. Амин, амин, амин.

Прави благоговейно три поклона пред пресъществените Дарове, след което тихо се моли:

За да бъдат на тези, които се причастяват, за бодрост на душата, за опрощаване на греховете, за приобщаване със Светия Дух, за наследяване на царството небесно, за дръзновение към Тебе, а не за съд или за осъждане.

Още Ти принасяме тази словесна служба за починалите във вяра праотци, отци, патриарси, пророци, апостоли, проповедници, евангелисти, мъченици, изповедници, въздържници и за всеки праведен дух, завършил във вяра.

След като певците изпеят: Тебе възпяваме, Тебе благославяме…”, свещеникът взема кадилницата и като кади пред светия престол три пъти, възглася:

Особено за пресветата, пречиста, преблагословена, славна наша Владичица Богородица и Приснодева Мария.

Народът:

Достойно е наистина да те облажаваме, Богородице, присноблажена и пренепорочна Майка на нашия Бог. Почтима от херувимите и несравнено пославна от серафимите, нетленно родила БогСлово, тебе, истинска Богородица, величаем!

Свещеникът тихо:

За светия пророк, Предтеча и Кръстител Йоан, за светите славни и всехвални апостоли и за светия (името на дневния светец), чиято памет честваме днес, и за всички Твои светии, по чиито молитви посети ни, Боже.

И помени всички починали с надежда за възкресение и за вечен живот (поменава имената на покойници), и ги упокой там, където сияе светлината на Твоето лице.

Още Те молим: помени, Господи, всяко епископство на православните, което вярно преподава учението на Твоята истина, всяко свещенство, в Христа дяконството и всеки свещенически чин.

Още Ти принасяме тази словесна служба за вселената, за светата вселенска и апостолска Църква, за всички, които пребивават в чистота и честен живот, за нашия български народ, за правителството и войнството му. Дарувай им, Господи, мирно управление, та и ние да преживеем тих и спокоен живот във всяко благочестие и честност.

Помени, Господи, този град (село или света обител), в който живеем, и всеки град и страна, и онези, които с вяра живеят в тях. Помени, Господи, които плават, пътуват, боледуват, страдат, които са пленени и ги спаси. Помени, Господи, дарителите и добротворците в Твоите свети църкви и онези, които си спомнят за бедните, и на всички нас изпрати Твоите милости. Помени, Господи, за здраве и спасение (поменава имена на живи).

Свещеникът възглася:

Между първите помени, Господи, Високопреосвещения наш митрополит (името), когото си подарил на Твоите свети църкви в мир невредим, почитан, здрав, дългоденствен, за да преподава вярно словото на Твоята истина.

Народът:

И всеки, и всички.

Свещеникът:

И ни дай с едни уста и с едно сърце да славим и възпяваме пречестното и великолепно Твое име, на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът:

И да бъдат милостите на великия наш Бог и Спасител Иисус Христос с всички вас.

Народът:

И с твоя дух.

Свещеникът или дяконът:

Като поменахме всички светии, нека пак и пак с мир на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

За принесените и осветени драгоценни Дарове, на Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

И като човеколюбец нашият Бог да ги приеме в Своя свят, наднебесен и мислен жертвеник като духовно благоухание, и да ни изпрати божествената благодат и дара на Светия Дух, да се помолим.

За да се избавим от всяка скръб, гняв, беда и нужда, на Господа да се помолим.

Защити, спаси, помилвай и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът (тихо):

На Тебе поверяваме целия си живот и надежда, човеколюбиви Владико, и просим, и молим, и умоляваме: удостой ни да се причастим с Твоите небесни и страшни Тайни на тази свещена и духовна трапеза с чиста съвест, за опрощение на греховете, за прошка на съгрешенията, за общение със Светия Дух, за наследяване на небесното царство, за дръзновение пред Тебе, а не за съд или за осъждане.

Свещеникът или дяконът:

Целият ден да бъде съвършен, свят, мирен и безгрешен, от Господа да просим.

Народът:

Подай, Господи.

Свещеникът или дяконът:

Ангел на мира, верен наставник, пазител на душите и телата ни, от Господа да просим.

Прощение и освобождение от греховете и прегрешенията ни от Господа да просим.

Доброто и полезното за душите ни и мир за света от Господа да просим.

Да завършим останалото време от живота ни в мир и покаяние, от Господа да просим.

Християнски, безболестен, непосрамен, мирен свършек на нашия живот и добър отговор пред страшния Христов съд от Господа да просим.

Като изпросихме единството на вярата и общение със Светия Дух, нека сами себе си и един други и целия наш живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

Тебе, Господи.

Свещеникът възглася:

И удостой ни, Владико, с дръзновение, неосъдно да се осмеляваме да призоваваме Тебе, небесния Бог Отец и да казваме:

Народът:

Отче наш, Който си на небесата! Да се свети Твоето име; да дойде Твоето царство; да бъде Твоята воля, както на небето, тъй и на земята; насъщния ни хляб дай ни днес; и прости нам дълговете ни, както и ние прощаваме на длъжниците си; и не ни въвеждай в изкушение, но избави ни от лукавия.

Свещеникът:

Защото Твое е царството и силата, и славата, на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът:

Мир на всички.

Народът:

И на твоя дух.

Свещеникът или дяконът:

Преклонете главите си пред Господа.

Народът:

На Теб, Господи.

Свещеникът тихо се моли:

Благодарим Ти, Царю невидими, Който с неизмеримата Твоя сила си създал всичко и по множеството Твоя милост всичко си привел от небитие в битие. Сам, Владико, погледни от небето на преклонилите главите си пред Тебе, защото не ги преклониха пред плът и кръв, но пред Тебе, Великия Бог. Ти, Владико, направи така, че предлежащите Дарове да бъдат за всички нас за добро, всекиму според неговата нужда: придружавай тези, които плават; съпътствай онези, които пътуват; изцери болните, Лекарю на душите и телата.

Свещеникът възглася:

Чрез благодатта и щедростите и човеколюбието на Единородния Твой Син, с Когото си благословен, с Пресветия и благия, и животворящ Твой Дух, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът тихо се моли:

Погледни, Господи Иисусе Христе, Боже наш, от светото Си жилище и от престола на царството Си и дойди, за да ни осветиш, Ти, Който горе седиш с Отца и тук с нас невидимо пребиваваш, и ни удостой с Твоята властна ръка да ни преподадеш пречистото Твое Тяло и честна Кръв, и чрез нас на всички люде.

Покланя се три пъти пред светия престол, като на всяко покланяне казва:

Боже, очисти мене грешния и ме помилвай.

След това с двете си ръце благоговейно взема светия Агнец и го издига.

Свещеникът възглася:

Да внимаваме! Светинята е за светите.

Народът:

Един е свят, един е Господ, Иисус Христос, за слава на Бога Отца. Амин.

ПРИОБЩАВАНЕ СЪС СВЕТИТЕ ТАЙНИ

Свещеникът и другите свещенослужители, ако има такива, пристъпват към св. Причастие. Това става по специален чин те произнасят определени молитви и следват определен ред. В това време народът в храма пее специални стихове, наречени причастниили духовни химни. В това време се изнася проповед или се четат молитви преди св. причастие.

Свещеникът или дяконът:

Със страх Божий, вяра и любов пристъпете.

Народът:

Благословен е, който иде в името Господне! Бог е Господ и ни се яви!

Свещеникът причастява онези, които са се подготвили за свето Причастие и казва:

Причастява се Божият раб (името) с драгоценното и свято Тяло и Кръв на Господа и Бога и наш Спасител Иисус Христос за опрощаване на греховете му и за вечен живот. Амин.

Причастилият се, след избърсване на устните с нарочна кърпа, се покланя и отминава. По време на причастяването народът пее причастния стих:

Тялото Христово приемете, от безсмъртния извор вкусете. Алилуия, алилуия, алилуия!

Свещеникът:

Спаси, Боже, Твоите люде и благослови наследието Си!

Народът:

Видяхме истинската светлина, приехме небесния Дух, намерихме истинската вяра. Покланяме се на неразделната Троица, защото Тя ни е спасила.

Свещеникът показва на християните за последен път св. Дарове, като казва тихо:

Благословен Бог наш!

Свещеникът възглася:

Всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Да се изпълнят устата ни с хвала за Тебе, Господи, та да възпяваме Твоята слава, защото си ни удостоил да се причастим с Твоите свети, божествени, безсмъртни и животворящи Тайни. Запази ни в Твоята светиня, за да се поучаваме целия ден на Твоята правда. Алилуия, алилуия, алилуия.

Свещеникът или дяконът:

Прави! Като приехме благоговейно Божествените, свети, пречисти, безсмъртни, небесни и животворящи, страшни Христови Тайни, нека достойно да благодарим на Господа.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Защити, спаси, помилуй и ни запази, Боже, с Твоята благодат.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът или дяконът:

Като изпросихме целия ден да бъде съвършен, свят, мирен и безгрешен, нека сами себе си и един други, и целия наш живот на Христа Бога да отдадем.

Народът:

На Теб, Господи.

Свещеникът възглася:

Защото Ти си нашето освещение и на Тебе, Отец и Син, и Свети Дух, въздаваме слава, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

ОТПУСТ

Свещеникът:

С мир да излезем.

Народът:

В името Господне.

Свещеникът или дяконът:

На Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът:

Господи, Който благославяш онези, които Те благославят, и освещаваш онези, които се надяват на Тебе, спаси Твоите люде и благослови наследството Си. Запази пълнотата на Твоята Църква. Освети онези, които обичат благолепието на Твоя дом. Ти ги прослави с Твоята божествена сила и не оставяй нас, които се уповаваме на Тебе. Дай мир на Твоя свят, на Твоите църкви, на свещениците, на нашия български народ, на войнството и на всички Твои люде! Защото всяко добро даване и всеки съвършен дар иде от горе, слизайки от Тебе, Отче на светлините, и на Тебе въздаваме слава и благодарение, и поклонение, на Отца и Сина и Светия Дух, сега и винаги, и во веки веков. Амин.

Народът:

Амин.

Да бъде благословено името Господне от сега и до века! (три пъти)

Свещеникът влиза през царските двери, отива при жертвеника и тихо чете молитвата:

Христе Боже наш, Който Сам си изпълнението на закона и пророците, Който си изпълнил целия Отечески промисъл, изпълвай сърцата ни с радост и веселие, всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Свещеникът или дяконът:

На Господа да се помолим.

Народът:

Господи, помилуй.

Свещеникът:

Благословението Господне и Неговата милост да дойдат върху вас чрез благодатта и човеколюбието Му, всякога, сега и винаги, и во веки веков.

Народът:

Амин.

Свещеникът:

Слава на Теб, Христе Боже, упование наше, слава на Теб.

Народът:

Слава на Отца и Сина и Светия Дух! Сега и винаги, и во веки веков. Амин. Господи, помилуй. (три пъти)

Благослови!

Свещеникът дава отпуст:

Възкръсналият от мъртвите Христос, истинският наш Бог, по молитвите на Своята пречиста и преблагословена света Майка (името на храмовия светец), на светите славни и всехвални апостоли, на светите славни и добропобедни мъченици, на преподобните и богоносни наши отци, на светите равноапостолни славянобългарски просветители Методий и Кирил, на светия благоверен цар БорисМихаил, на светия отец наш Климент архиепископ, Охридски чудотворец, на преподобния наш отец Йоан, пустинножител Рилски, чудотворец, на светия наш отец Йоан Златоуст, архиепископ Цариградски, на светите и праведни богоотци Йоаким и Анна, на светия (името на светеца на деня), чиято памет честваме, и на всички светии да ни помилва и спаси като благ и човеколюбец.

Така се дава отпуст само в неделни дни, а в другите отпустът започва с думите: Христос, истинний Бог наш…” като се споменава светията, който се чества в този ден. На Господски празници има специални отпусти.

Народът:

Амин.

Свещеникът:

По молитвите на светите наши отци, Господи Иисусе Христе, Боже наш, помилуй нас.

Народът:

Амин.

Бележки:

(1). Амин (евр.) – наистина, така да бъде.

(2). След всяко моление от Великата ектения, което завършва с Господу помолимся“, народът отговаря с Гсподи, помилуй“.

(3). Така се пее този антифон само в неделни дни, както и в дните от Великден до деня преди Възнесение. В обикновени делнични дни вм. Който възкръсна от мъртвитесе пее Дивен (прославян) Си сред Своите светии“. На Господски празници се пеят специални думи.

(4). Алилуия (евр.) – Хвалете Бога!

(5). И тук важи бележка (3). На Господски празници се пеят специални стихове, наречени входни“.

(6). От тука до края на сугубата ектения се пее тройно Господи, помилуй“.

(7). Днес поради липса на организирани оглашени, които да присъстват по време на св. Литургия в храма, цялата тази част се пее тихо или се пропуска.

(8). Народът на всяко следващо моление от тази ектения отговаря с: Господи, помилуй“.

(9). На всяко молебствие, което завършва с Господу помолимся“, народът отговаря с: Господи, помилуй“.

(10). На всяко прошение, което завършва с у Господа просим“, народът отговаря с: Господи, помилуй“.

(11). Ако служат няколко духовници, след Отца и Сина…” се пее: Ще те възлюбя, Господи, крепост моя! Господ е моя твърдиня и мое прибеждище, мой Избавител” ( Псалом 17:2-3).

(12). Осанна (евр.) – спаси. Осанна е молитвено възклицание към Бога, подобно на латинското salve” и на българското ура“.

Разяснения за божествената Литургия на св. Йоан Златоуст

И когато ядяха, Иисус взе хляба и, като благослови, преломи го и, раздавайки на учениците, каза:

вземете, яжте: това е Моето тяло.

И като взе чашата и благодари, даде им и рече:

пийте от нея всички; защото това е Моята кръв на новия завет, която за мнозина се пролива за опрощаване на грехове.”

(Мат. 26:26-28; Марк 14:22-24; Лука 22:19-20)

На Тайната вечеря Христос взел хляб, благословил го, благодарил, преломил го и, раздавайки го на Своите ученици, казал: Вземете, яжте, това е Моето тяло, за вас преломявано! Това правете за мой спомен!” (Мат. 26:26-28). След като привършил вечерята, Спасителят взел чашата, подал я на учениците Си и казал: Тая чаша е новият завет в Моята кръв! Това правете, колчем пиете, за Мой спомен!” (1 Кор. 11:25). Верни на тази заръка, светите апостоли и първите християни се събирали по къщите и преломявали хляб и, по дадения от Христа пример, се причащавали с пречистото тяло и кръв Христови. Това приобщение с Господа се е придружавало с молитви и песнопения. Така били положени основите на светата литургия. Светата и божествена Литургия е сърцевината или центърът на православното богослужение. Тя се явява молитвен спомен за Тайната вечеря на Господа Иисуса Христа с дванадесетте му апостоли, станала непосредствено преди Неговите кръстни страдания. Тя е спомен и за изкупителната Му смърт. Светата Литургия символично възпоменава найважните моменти от земния живот на нашия Господ. Светата и божествена литургия на свети Йоан Златоуст се извършва през цялата църковна и календарна година, с изключение на дните, в които Светият синод на БПЦ е предвидил, съобразно светите канони, да се извършва света Василиева Литургия или света Литургия на преждеосветените дарове. В дните на Великия пост светата и божествена Литургия на св. Йоан Златоуст се извършва във всички съботни дни (с изключение на Велика събота), на празника Вход Господен в Йерусалим (Връбница, Цветница) и в дните (освен Велики петък и Велика събота), в които се паднат празниците св. Благовещение и св. Сретение Господне. По време на богослужението и последованието ние, с посредничеството на свещенослужителя, извършваме нашето безкръвно жертвоприношение. През време на светата Литургия, при приемането на св. причастие, под вид на хляб и вино, претворени в тялото и кръвта Христови, осъществяваме напълно и действително общението си с Бога. Всички християни обичаме живота, но в нас няма истински живот без извора на живота Иисуса Христа. Литургията е съкровищница, извор на истинския живот, защото в нея Сам Господ преподава Самия Себе Си за храна и питие на вярващите в Него и дава живот на причастниците Си, както Сам говори: “Който яде Моята плът и пие Моята кръв, има живот вечен. Аз дойдох, за да имат живот, и да имат в изобилие” (Йоан 6:54; 10:10). Дълбокият смисъл на св. Литургия е всички да бъдем заедно и едно в Христа. За съучастие в божествената Литургия се призовават по време на проскомидията и Литургията всички светии, светите честни и безплътни сили, светите пророци и отроци, светите апостоли и светители, светите мъченици и мъченички, преподобните и Богоносни отци, светите чудотворци начело с Пресвета Богородица. Чрез светата Литургия ние обновяваме общението си в Христа и с цялата земна Църква. Светата литургия се състои от три главни части: Проскомидия; Учителна или Литургия на оглашените“; Тайноизвършителна или Литургия на верните“.

Проскомидия (подготовка на Св. Дарове)

Литургия на оглашените: Встъпителен възглас; Велика ектения; Първи антифон; Малка ектения; Втори антифон химн Единородни Сине ….”; Малка ектения; Трети антифон тропар на блаженствата; Малък вход със свето напрестолно Евангелие; Пеене на тропари и кондаци на деня, на празника, на патрона на храма; Възглас Господи спаси благочестивия…”; Пеене на трисветата песен; Четене на Апостолски текст от Свещеното писание; Благовестване с текст от светото Евангелие; Ектения и молитва за покойници ако литургията е заупокойна; Ектения за оглашените; Ектения с призив оглашените да напуснат Божия дом;

Литургия на верните: Съкратена Велика Ектения; Херувимска песен първа част; Велик вход пренасяне на светите дарове; Херувимска песен втора част; Първа Просителна ектения; Символ на вярата; Възглас Да застанем смирено, да стоим с благоговение …”; Евхаристийна молитва; “Достойно и справедливо е да Те възпяваме…”; Възпоменаване на живи и покойни; Внушение на свещеника за мир, любов и единомислие; Втора Просителна ектения; Отче Наш”; Възношение на Светите Дарове; “Святая святим” Причастяване на свещенослужителите; “Со страхом, верою и любовию приступите” Причастяване на миряните; Възгласи Спаси Боже твоя народ …” и Видяхме истинската светлина…”; “Да се изпълнят устата ни с хваления…”; Благодарствена ектения; Задамвонна молитва; “Да бъде благословено името на Господа…” и Псалом 33; Последно благословение от свещенослужителя и отпуст.

Йеромонах Стефан ПОПОВ

П

De mens, icoon van God

 DE MENS, ICOON VAN GOD 

VADER  JOB GETCHA

             De christelijke anthropologie is het centrale thema van een uiteenzetting die op 9 mei laatstleden   gegeven werd  in de   katholieke parochie ‘Saint-Leon’ te Parijs, door Vader Job Getcha., deken van het theologisch instituut van Parijs (saint Serge). Vader Job Getcha is deken van het instituut sedert december 2005. Hij onderwijst er de kerkgeschiedenis en de liturgische ordo. Hij is lid van het centraal comité  van de Oecumenische raad van Kerken (COE) en van het gemengd comité voor de katholiek-orthodoxe dialoog in Frankrijk alsook van de groep voor  internationale oecumenisch  theologische  dialoog Saint – Irenée.  

            Op zekere dag vroeg iemand aan Vader Sophrony (Sakharov), leerling van de Heilige Silouan de Athoniet : “Wat is God ?”. Deze t_I0019000000C9006AA_CUSTOM_good_shepherd
antwoordde : “Wat is de mens ?”. Wat is de mens ?. Om op deze vraag te antwoorden, ondervraagt de Kerk de Schrift. Het verhaal van Genesis zegt ons hieromtrent dat de mens de zesde dag geschapen werd, ná alle andere schepselen. Hij verschijnt aldus als het hoogtepunt van de ganse schepping.

Wij lezen :”God zegt : nu gaan Wij de mens maken, als beeld van ons, op ons gelijkend : hij zal heersen over de vissen  van de zee, over de vogels van de lucht, over de tamme dieren, over alle wilde beesten en over al het gedierte dat over de grond kruipt. En God schiep de mens als Zijn beeld, als Zijn gelijkenis schiep Hij hem ;man en vrouw schiep Hij hem. (Gen.1,26-27).Als de hebreeuwse tekst zegt “als ons beeld, op ons gelijkend”, dan bevestigt de Septuagint “naar ons beeld en naar onze gelijkenis”. De term “beeld” dat vertaald is uit het griekse eikôn , en dat van zijn kant weer een vertaling is van het hebreeuwse selem, kan een kneedbare voorstelling zijn, een afbeelding, een figuur, een schaduw. De term “gelijkenis”, dat het grieks vertaalt met homoiotès, dat weer een vertaling is van het hebreeuwse demût, betekent “kopie”. Gaat het hier om twee synoniemen, of moeten wij er hier twee verschillende begrippen  in zien ? 

De mens, een schepping van God

             Het beeld en de gelijkenis betekenen niet dat de mens een analogie is van God, zonder dewelke hij geen schepsel zou zijn. Immers, het verhaal van Genesis herinnert er ons aan dat de mens als man en vrouw is geschapen : welnu, in God bestaat er geen 02910_virgin_of_the_sign_igor_builin_tnl
onderscheid van  geslachten.Wat is dan het beeld van God in de mens? Epiphanius van Salami blijft hierbij onzeker wanneer hij zegt dat “De Traditie bevestigt dat elk menselijk wezen volgens het beeld van God is, maar zij definieert niet exact waaruit dit beeld bestaat”.De Heilige Johannes van Damascus zegt dat, wat hem betreft,  “de uitdrukking :volgens het beeld de rationaliteit en de vrijheid uitdrukt, terwijl de uitdrukking volgens de gelijkenis, de gelijkmaking met God door de deugd wordt uitgedrukt”
             Waar is het beeld en de gelijkenis ?  Men heeft dikwijls (zowel in Oost als West) het beeld van God geïdentificeerd met de ziel. Welnu, deze spiritualiserende benadering is niet die van de Kerkvaders Omdat de mens een geheel vormt van lichaam en geest, hebben  het beeld en de gelijkenis betrekking op gans de mens : lichaam, ziel en geest. De christelijke traditie distancieert zich eens te meer van het Platonisme. Als Plato zegt : “de ziel is de mens”, houdt Vader Georges Florofsky eraan te herinneren dat een ziel zonder lichaam, geen mens is, maar een spookbeeld. In de griekse Oudheid, zag Plato de zichtbare wereld als een afspiegeling van de wereld der ideeën. De wereld was volgens hem geschapen naar een model dat van een andere wereld kwam. Daarom is bij Plato “eikon” het beeld van de waarneembare wereld zoals het is doorgedrongen  in de ziel.             In het christendom wordt de trinitaire God opgevat als een ‘zijn-in-relatie’, het is een communio van drie personen. Dat ‘zijn-in-communio’ verlangt dus een communio te bewerkstelligen met zijn schepping. Vanaf dan is de mens, die geschapen is naar het beeld van God ook een ‘zijn-in-relatie’, van gemeenschap : hij moet de schepping koppelen aan zijn Schepper. Metropoliet Johannes van Pergamo schrijft : “Het ‘zijn’ van God is een relationeel ‘zijn’ : zonder het concept van communio, zou het niet mogelijk zijn om over het ‘zijn’ van God te spreken”. Als God communio is van de drie goddelijke personen, dan schept God een ‘zijn’ naar zijn beeld die van zijn kant ook een relationeel ‘zijn’ is. 

Van het beeld naar de gelijkenis

             Het beeld is dus een roeping tot communio : een oriëntatie, een richting of een relatie die vooreerst verticaal is, met God, maar ook horizontaal, met de mensen. Deze dubbele relatie, enerzijds tussen God en de mens, en anderzijds tussen de mensen onderling, is beschreven door Dorotheüs van Gaza als een cirkel  waarvan God het centrum is en waar de mensen worden gesitueerd op de punten van de cirkel : hoe meer ze zich naar het centrum toe bewegen, hoe meer ze mekaar benaderen. Deze roeping tot communio is tegelijk de basis van de opvatting over de hel bij Mararius van Egypte. Deze laatste vertelt in een apophtegma  dat hij op een bepaalde dag toen hij wandelde in de woestijn, een schedel opraapte waarvan de ziel in de hel was. De afgestorvene zegt hem : “In de hel, kunnen we mekaar niet van aangezicht tot aangezicht zien, maar we zijn er rug aan rug. Wanneer ge voor ons bidt , dan kan  iedereen een beetje het gezicht zien van de ander”  Verstoken zijn van deze roeping tot communio betekent een aantasting van het goddelijk beeld dat diep in onszelf is ingeschreven.             Indien, volgens de Kerkvaders, het beeld een wezenlijk  en onveranderlijke eigenschap is,  de gelijkenis van haar kant , kan verdwijnen of zich ontwikkelen. Het beeld is bewaard gebleven zelfs na de zondeval; de gelijkenis is, wat haar betreft, de oorspronkelijke glorie en haar ultieme hoop. De Heilige Ireneüs van Lyon bevestigt dat de volmaakte mens het beeld en de gelijkenis met God bezit, terwijl de onvolmaakte mens slechts het beeld heeft, maar niet de gelijkenis. Trouw aan de tekst van de Septuagint, introduceert Ireneüs hier een onderscheid tussen “beeld” en “gelijkenis”, en laat verstaan dat er een groei is, waar het beeld het vertrekpunt is en de gelijkenis het punt van aankomst. “De volmaaktheid is in de vooruitgang”, zegt Gregorius van Nyssa in zijn ‘Vie de Moïse’ . Hij verwijst ons hier naar het concept van déificatie (<Theôsis>) zoals het door gans de griekse patristiek is ontwikkeld : iedere keer dat de mens tot God nadert, ontdekt hij zijn kleinheid, zijn slaafsheid en zijn verwijdering van God, maar door zijn geschapen zijn “naar het beeld en de gelijkenis” met God, is hij geroepen om deel te hebben aan de goddelijke natuur. 

De  vrijheid

             Vrijheid is een eigenschap dat God ons geeft. Daar God vrij is, schept hij een wezen naar Zijn beeld, dat op zijn beurt vrij is. De vrijheid die geankerd is in het beeld, ontwikkelt zich tot gelijkenis. Vanaf dat moment is de vrijheid een  noodzakelijkheid in het heil van de mens. Zoals God de mens niet zou kunnen behoeden voor de zonde zonder zijn vrijheid in twijfel te trekken, zo zou God ook de mens tegen zijn wil niet kunnen redden, maar alleen in synergie, met de medewerking van de mens. Het is zo dat wij in de ogen van Sint Paulus.medewerkers van God zijn (1Kor.3-9).             Men vraagt dikwijls aan christenen : “zijt gij gered ?”. In een orthodox perspectief is de mens gered, Door aan zijn heil te werken wordt hij gered. De Kerkvaders, in het spoor van  Origines en de Heilige Johannes Cassianus, geven ons het voorbeeld van de landbouwer. Indien deze laatste zijn land niet bewerkt, alhoewel het klimaat mild is, zal hij ook niet oogsten, want  het onkruid zal de planten en het zaad doen stikken. Omgekeerd, als hij wél dag en nacht  zijn land bewerkt, maar als de klimatologische condities niet favorabel zijn, dan zal de oogst ook maar heel weinig zijn. Een goede oogst  is dus afhankelijk van het werk van de landbouwer en een goed seizoen. Zo gaat het ook met het heil, zeggen de Vaders, het is het resultaat van de synergie van de mens en God : de wil van de mens in samenwerking met Gods genade.             In zijn brieven brengt  de Apostel  Paulus ons in contact met de twee Testamenten. Hij spreekt van twee Adam’s, de ene  aards, de andere hemels, en hij stelt hen tegenover mekaar : daar waar de ene mislukt is door de zonde, slaagt de tweede in zijn heilswerk. De Heilige apostel Paulus zegt ons : “De eerste mens, Adam, werd een levend wezen. (Gen.2,7); de laatste Adam werd een levendmakende Geest. Maar het geestelijke komt niet het eerst; het natuurlijke gaat vooraf, daarna komt het geestelijke. De eerste mens, uit de aarde genomen, is aards, de tweede is uit de hemel. Zoals die eerste mens van aarde zijn alle aardse mensen, zoals de hemelse mens zullen alle hemelsen zijn. En gelijk wij het beeld van de aarde hebben gedragen, zo zullen wij ook het beeld dragen van de hemelse mens” (1 Kor,15,45-49).             Ergens anders schrijft de Apostel Paulus : “Door één mens is de zonde in de wereld gekomen en met de zonde de dood en zo is de dood over alle mensen gekomen, aangezien allen gezondigd hebben. Er was immers reeds zonde in de wereld, vóór de wet er was; maar zonde wordt niet aangerekend waar geen wet is. Toch heeft de dood als koning geheerst in de tijd van Adam tot Mozes, dus ook over hen die zich niet op de wijze van Adam schuldig hadden gemaakt aan de overtreding van een gebod.Adam nu is het beeld van de Mens die komen moest. Maar de genade van God laat zich niet afmeten naar de misstap van Adam. De fout van één mens bracht alleen de dood, maar allen schonk Gods genade rijke vergoeding door de grote gave van zijn genade, de ene mens Jezus Christus. Zijn gave is sterker dan die ene zonde. Het oordeel dat volgde op de ene misstap liep uit op een veroordeling, maar de gratie die na zoveel overtredingen verleend werd betekende volledige kwijtschelding. Door toe
doen van één mens begon de dood te heersen, als gevolg van de val van die mens. Zoveel heerlijker zullen zij die de overvloed der genade en de gave der gerechtigheid ontvangen, leven en heersen, dank zij de ene mens Jezus Christus.
Dit betekent : één fout leidde tot veroordeling van allen, maar één goede daad leidde tot de vrijspraak en leven voor allen. En zoals door de ongehoorzaamheid van één mens allen zondaars werden, zo zullen door de gehoorzaamheid van Een  allen worden gerechtvaardigd” (Rom, 5,12-19). Door het hoofd te bieden aan de gnostiekers die in hun dualisme de goede God van het Nieuwe testament stelden boven de slechte god van het Oude Testament, gaat Ireneüs van lyon de eenheid van het Oude en het Nieuwe Testament verdedigen. Daarom gaat hij Christus voorstellen als diegene die de schepping komt voltooien. Voor Ireneüs is de schepping van de mens slechts een voorbereiding op Zijn komst.  Het is op die manier dat Christus aan het lichaam van de mensheid haar waarachtig hoofd geeft – Ireneüs in het spoor van  Sint Paulus zal spreken van  “zich opnieuw onderwerpen”, ’t is te zeggen : verzamelen, “het ganse universum verenigen”, “onder één hoofd, Christus” (Ef,1,10). 

De ware Adam

             Voor Ireneüs verschaft  Adam aan de mens zijn prototype. Christus is datgene wat de mens wordt. De eerste Adam is slechts een ruwe schets, de tweede is het waarachtige beeld. Het zijn dus de gnostische stellingen, die goed en kwaad tegenover mekaar stellen, die ertoe geleid hebben dat Ireneüs het beeld van de gelijkenis ging onderscheiden. Voor  Ireneüs is Christus de ware Adam. Voor hem is het niet Adam die Christus verklaart en conditioneert, maar Christus die  het eerste ontwerp van Genesis vervult. Als het beeld van de onzichtbare God, is Christus het prototype van de mens, geschapen naar het beeld van God.  Wat Ireneüs ons zegt, opent voor ons een ongelooflijk perspectief. In zijn ogen is de menswording van de Zoon van God niet bepaald door de val van de mens maar is het van eeuwigheid een deel van Gods plan. Christus openbaart ons niet enkel het beeld van God, maar ook de waarachtige gelijkenis met God.             Het doel van het menselijk leven is niet eenvoudigweg de bevrijding uit de zonde : het is de deelneming aan het goddelijk leven (2 Petr.1,4). Het heil heeft  slechts één negatief aspect – de vlucht voor de zonde, de verzaking aan de zonde, maar het houdt ook een positief aspect in : de vereniging met en de participatie aan het goddelijk leven. Vanaf dat moment is het duidelijk dat het heil van de mens een persoonlijke dimensie heeft, verbonden met de vrijheid van de mens. Het heeft ook een kerkelijke dimensie, omdat het zich realiseert binnen de Kerk – Lichaam van Christus. Maar het heeft ook een kosmische dimensie : de mens is gered met de wereld en niet buiten de wereld. Het beeld van God :

Een bijdrage aan de post-moderne gedachte

             De opvatting van de mens als beeld van God geeft ons een goed perspectief met betrekking tot de de post-moderne gedachte, die zo getekend is door de secularisatie. De secularisatie heeft een wereld voor ogen zonder God. Welnu, zoals we gezegd hebben : God ontkennen is de mens ontkennen.  Het is dus niet verwonderlijk ,dat de maatschappij,  door God te verwerpen, en  als gevolg hiervan het beeld van God in de mens te ontkennen, datgene wat het diepste en grootste is in de mens, verwerpt, en ze wegzinkt  in angst en schrik, isolement en eenzaamheid, individualisme en het afgesneden-zijn van de wereld. Wij begrijpen beter waarom de geseculariseerde maatschappijen veel kwetsbaarder zijn voor conflicten,haat, depressies,zelfmoord,dronkenschap,drugs en andere afhankelijkheden.             Wij begrijpen tezelfdertijd waarom deze maatschappijen te maken hebben met een crisis van het milieu, als gevolg van de technische revolutie, die de schepping geweld aandoet. De secularisatie, die een nihilistische manier van leven voorstaat, zonder enige relatie met God, promoot een egoïstische en hedonistische wijze van bestaan zonder enige verwijzing naar de oorsprong en de doelgerichtheid van de wereld, ze ziet de relatie met de wereld slechts vanuit het standpunt van het ongebreidelde consumeren, waardoor een hebzuchtige maatschappij ontstaat.             Het beeld van God in de mens herkennen – is het herkennen van de menselijke vrijheid alsmede van de waarachtige roeping van de mens om in communio te treden met God en Zijn schepping. Het is dus een antwoord voor de hedendaagse crisis van de leefwereld, voor de problemen van de vervuiling en de armoede, alsook voor de negatieve gevolgen van de mondialisering die de wereld wil reduceren tot een supermarkt in een materialistische en totalitaire context . Welnu, “Wat is God ?” – bevragen we ons dus over wat de mens is. Uit SOP 320Vrij vertaald : Kris B             &nbsp
;

Goddelijke liturgie van de heilige Joh.Chrysostomos in het KERKSLAVISCH

OCR: Библиотека святоотеческой литературы http://orthlib.ru

Б9eственнаz слyжба во сhхь nтцA нaшегw їwaнна златоyстагw начинaетсz си1це: Діaконъ: Бlгослови2, вLко. Їерeй: Бlгословeно цrтво, nц7A, и3 сн7а, и3 сaгw дƒа, нhнэ и 3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Діaконъ: Ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ свhшнэмъ ми1рэ, и3 спасeніи дyшъ нaшихъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ ми1рэ всегw2 мjра, бlгостоsніи сhхъ б9іихъ цRквeй, и 3 соединeніи всёхъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ сёмъ хрaмэ сeмъ, и3 съ вёрою, бlгоговёніемъ и3 стрaхомъ б9іимъ входsщихъ в0нь, гDу пом0лимсz.

Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ сёйшемъ прави1тельствующемъ сmн0дэ, [и3 њ митрополjтэ нaшемъ, и 4м>къ, є3гHже џбласть,] честнёмъ пресвЂтерствэ, во хrтЁ діaконствэ, њ всeмъ при1чтэ и3 лю1дехъ. гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ бlгочести1вэйшемъ, самодержaвнэйшемъ, вели1комъ гDрэ нaшемъ їмперaторэ ніколaэ ґлеxaндровичэ всеS рwссjи: њ супрyгэ є3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ, їмператрjцэ ґлеxaндрэ fе0дwровнэ, њ мaтери є 3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ їмператрjцэ марjи fе0дwровнэ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ наслёдникэ є3гw2, бlговёрномъ гDрэ, цесарeвичэ и3 вели1комъ кн7зэ геHргіи ґлеxaндровичэ, и3 њ всeмъ цaрствующемъ д0мэ: њ всeй палaтэ и3 в0инствэ и 4хъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ пособи1ти и3 покори1ти под8 н0зэ и 4хъ всsкаго врагA и 3 супостaта, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ грaдэ сeмъ, [ѓще въ монастырЁ: Њ сёй nби1тели сeй,] всsкомъ грaдэ, странЁ, и3 вёрою живyщихъ въ ни1хъ, гDу пом0лимсz.

Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ бlгорастворeніи воздyхwвъ, њ и 3з8oби1ліи плодHвъ земнhхъ, и 3 врeменэхъ ми1рныхъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ плaвающихъ, путешeствующихъ, недyгующихъ, стрaждущихъ, плэнeнныхъ, и3 њ спасeніи и 4хъ. гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ и 3збaвитисz нaмъ t всsкіz ск0рби, гнёва и3 нyжды, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Заступи2, спаси2, поми1луй, и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю благодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Пресyю, пречcтую, пребlгословeнную, слaвную вLчцу нaшу бц dу и 3 приснодв7у мRjю со всёми сhми помzнyвше, сaми себE, и 3 другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ. Ли1къ: ТебЁ гDи. Возглашeніе: Ћкw подобaетъ тебЁ всsкаz слaва, чeсть и3 поклонeніе, nц7Y, и 3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ.

Ли1къ: Ґми1нь. И# поeтсz пeрвый ґнтіфHнъ t пэвцє1въ. Свzщeнникъ же глаг0летъ моли1тву ґнтіфHна. Діaконъ же поклони1всz ўступaетъ t мёста своегw2, и3 tшeдъ стои1тъ пред8 їкHною хrт0вою, держS и3 nрaрь треми2 пeрсты деснhz руки2. Моли1тва пeрвагw ґнтіфHна: ГDи б9е нaшъ, є3гHже держaва не сказaнна, и3 слaва непостижи1ма, є3гHже ми1лость безмёрна и3 человэколю1біе неизречeнно: сaмъ, вLко, по бlгоутр0бію твоемY, при1зри на ны2 и3 на сhй хрaмъ сeй, и3 сотвори2 съ нaми, и3 молsщимисz съ нaми, богтыz ми1лwсти тво и3 щедрHты тво. По и 3сполнeніи же ґнтіфHна, пришeдъ діaконъ и3 стaвъ на nбhчномъ мёстэ и3 поклони1всz, глаг0летъ: Пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю бlгодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Пресyю, пречcтую, пребlгословeнную, слaвную вLчцу нaшу бц dу и 3 приснодв7у мRjю со всёми сhми помzнyвше, сaми себE, и 3 другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ.

Ли1къ: ТебЁ гDи. Возглашeніе: Ћкw твоS держaва, и3 твоE є4сть цrтво и3 си1ла и3 слaва, nцA7, и 3 сн7а, и3 сaгw дƒа, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. И# поeтсz под0бнэ t пэвцє1въ вторhй ґнтіфHнъ: діaконъ же под0бнэ твори1тъ, ћкоже и3 въ пeрвой моли1твэ. Моли1тва вторaгw ґнтіфHна: ГDи б9е нaшъ, спаси2 лю1ди тво и3 бlгослови2 достоsніе твоE, и 3сполнeніе цeркве твоеS сохрани2, њсвzти2 лю1бzщыz благолёпіе д0му твоегw2: ты2 тёхъ воспрослaви б9eственною твоeю си1лою, и 3 не њстaви нaсъ ўповaющихъ на тS. Діaконъ: Пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю благодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Пресyю, пречcтую, пребlгословeнную, слaвную вLчцу нaшу бц dу и 3 приснодв7у мRjю со всёми сhми помzнyвше, сaми себE, и 3 другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ. Ли1къ: ТебЁ гDи.

Возглашeніе: Ћкw бlгъ и3 человэколю1бецъ бGъ є3си2, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Моли1тва трeтіzгw ґнтіфHна: И $ же џбщыz сі, и3 соглсныz даровaвый нaмъ моли6твы, и 4же и 3 двэмA и 3ли2 трє1мъ согласyющымсz њ и 4мени твоeмъ прошє1ніz подaти њбэщaвый, сaмъ и3 нhнэ рбъ твои1хъ прошє1ніz къ полeзному и 3сп0лни, подаS нaмъ и3 въ настоsщемъ вёцэ познaніе твоеS и 4стины, и3 въ бyдущемъ жив0тъ вёчный дaруz. ЗдЁ tверзaютсz двє1ри на мaлый вх0дъ. Пэвaему же трeтіему ґнтіфHну t пэвцє1въ, и 3ли2 бlжeннамъ, ѓще є4сть недёлz, є3гдA пріи1дутъ на Слaва: свzщeнникъ и3 діaконъ, стaвше пред8 с0ю трапeзою, творsтъ покл0ны три2. Тaже пріeмъ свzщeнникъ с0е є3ђліе, даeтъ діaкону, и3 и 4дутъ t деснhz страны2 созади2 прест0ла, и3 тaкw и 3зшeдше сёверною стран0ю, пред8идyщымъ и 5мъ лампaдамъ, творsтъ мaлый вх0дъ, и3 стaвше на nбhчномъ мёстэ, приклонsютъ џба главы6, и3 діaкону рeкшу: ГDу пом0лимсz. глаг0летъ сщ7eнникъ моли1тву вх0да тaйнw. Моли1тва вх0да: ВLко гDи б9е нaшъ, ўстaвивый небесёхъ чи1ны и3 вHинства ѓгGлъ и3 ґрхгGлъ въ служeніе твоеS слaвы, сотвори2 со вх0домъ

нaшимъ вх0ду сhхъ ѓгGлwвъ бhти, сослужaщихъ нaмъ, и 3 сославосл0вzщихъ твою2 бlгость. Ћкw подобaетъ тебЁ всsкаz слaва, чeсть и3 поклонeніе, nц7Y, и 3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Моли1твэ же скончaвшейсz, глаг0летъ діaконъ ко свzщeннику, показyzй къ вост0ку десни1цею, держS вкyпэ и3 nрaрь треми 2 пeрсты: Бlгослови,2 вLко, сhй вх0дъ. И# сщ7eнникъ, блг cвлsz, глаг0летъ: Бlгословeнъ вх0дъ сhхъ твои1хъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Посeмъ tх0дитъ ко свzти1телю, и 3ли2 и 3гyмену, діaконъ, и 3 цэлyетъ є3ђліе, ѓще предстои1тъ: ѓще же ни2, цэлyетъ сіE свzщeнникъ. И # сп0лньшусz же конeчному тропарю2, вх0дитъ діaконъ посредЁ, и 3 стaвъ пред8 їерeемъ возвышaетъ мaлw рyцэ, и3 показyzй с0е є3ђліе, глаг0летъ велеглaснw: Премyдрость, пр0сти. Тaже поклони1всz, сaмъ же и3 свzщeнникъ созади2 є3гw2, вх0дитъ во сhй nлтaрь: и3 діaконъ ќбw полагaетъ с0е є3ђліе на сёй трапeзэ.

Пэвцh же пою1тъ: Пріиди1те, поклони1мсz и3 припадeмъ ко хrтY. спаси1 ны сн7е б9ій, во сhхъ ди1венъ сhй, пою1щыz ти2, ґллилyіа. [є3ди1ножды.] Ѓще же недёлz: Воскресhй и 3з8 мeртвыхъ, пою1щыz ти2, ґллилyіа. [є3ди1ножды.] Тaже, nбы 6чныz тропари2: и3 є3гдA пріи1дутъ въ послёдній тропaрь, гlетъ діaконъ ко їерeю, приклонS вкyпэ главY, и3 nрaрь въ руцЁ держS треми2 пeрсты: Бlгослови,2 вLко, врeмz трисaгw. Їерeй же, знaменуz є3го,2 глаг0летъ: Ћкw съ є3си2 б9е нaшъ, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw. Скончaвшусz же тропарю2, прих0дитъ діaконъ бли1зъ свzтhхъ дверeй, и3 показyzй nрарeмъ, пeрвэе ќбw ко їкHнэ хrт0вэ глаг0летъ: ГDи, спаси2 бlгочести 6выz, и3 ўслhши ны2. Тaже нав0дитъ, глаг0лz ко внЁ стоsщымъ велеглaснw: И# во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Пэвaему же трис0му, глаг0летъ їерeй моли1тву сію2.

Моли1тва трисaгw пёніz: Б9е сhй, и 4же во сhхъ почивazй, трисhмъ глaсомъ t серафjмwвъ воспэвaемый и3 t херувjмwвъ славосл0вимый, и3 t всsкіz нбcныz си1лы покланsемый, и 4же t небытіS во є4же бhти приведhй всsчєскаz, создaвый человёка по џбразу твоемY и3 по под0бію, и3 всsкимъ твои1мъ даровaніемъ ўкраси1вый, даsй просsщему премyдрость и3 рaзумъ, и3 не презирazй согрэшaющагw, но полагazй на спасeніе покаsніе, спод0бивый нaсъ, смирeнныхъ и3 недост0йныхъ рбъ твои1хъ, и3 въ чaсъ сeй стaти пред8 слaвою сaгw твоегw2 жeртвенника, и3 д0лжное тебЁ поклонeніе и3 славосл0віе приноси1ти: сaмъ, вLко, пріими2 и3 t ќстъ нaсъ грёшныхъ трисyю пёснь, и3 посэти1 ны бlгостію твоeю, прости2 нaмъ всsкое согрэшeніе в0льное же и 3 нев0льное, њсвzти2 нaшz дyшы и3 тэлесA, и3 дaждь нaмъ въ препод0біи служи1ти тебЁ вс дни6 животA нaшегw, моли1твами сhz бцdы, и3 всёхъ свzтhхъ, t вёка тебЁ бlгоугоди1вшихъ. Ћкw съ є3си2 б9е нaшъ, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Сeй же скончaвшейсz, глаг0лютъ и3 сaми, їерeй же и3 діaконъ, трис0е: творsще вкyпэ и3 покл0ны три2 пред8 с0ю трапeзою. Тaже глаг0летъ діaконъ ко їерeю: Повели2, вLко.

И# tх0дита къ г0рнему мёсту: и3 свzщeнникъ tходS глаг0летъ: Бlгословeнъ грzдhй во и 4мz гDне. Діaконъ: Бlгослови2, вLко, г0рній пrт0лъ. Їерeй же: Бlгословeнъ є3си2 на пrт0лэ слaвы цrтвіz твоегw2, сэдsй на херувjмэхъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. [зри2] [Вёдательно, ћкw свzщeннику не подобaетъ на г0рнее мёсто восходи1ти, нижE сэдёти на нeмъ: но сэдёти во странЁ г0рнzгw пrт0ла, и 3з8 ю4жныz страны2.] И# по и 3сполнeніи трисaгw, діaконъ, пришeдъ пред8 сы6z двє1ри, глаг0летъ: В0нмемъ. Їерeй же возглашaетъ: Ми1ръ всBмъ. И# чтeцъ глаг0летъ: И# дƒови твоемY. И# діaконъ пaки: Премyдрость. И# чтeцъ, прокjменъ, pал0мъ дв7довъ. Посeмъ діaконъ: Премyдрость. И# чтeцъ надписaніе ґп cла: Къ ри1млzнwмъ, [и 3ли2, Къ корjнfzнwмъ, и 3ли2, Къ галaтwмъ] послaніz сaгw ґп cла пavла чтeніе. И# пaки діaконъ: В0нмемъ. Ґпcлу же и 3сп0лньшусz, глаг0летъ свzщeнникъ: Ми1ръ ти2. И# Чтeцъ: И # дƒови твоемY. Діaконъ: Премyдрость. И# чтeцъ: Ґллилyіа. Ґллилyіа же пэвaему, и3 пріeмъ діaконъ кади1льницу и3 fmміaмъ, прих0дитъ къ свzщeннику, и3 пріeмъ благословeніе t негw2, кади1тъ сyю трапeзу џкрестъ, и3 nлтaрь вeсь, и3 свzщeнника. Свzщeнникъ же глаг0летъ моли1тву сію2. Моли1тва прeжде є3ђліа:

Возсіsй въ сердцaхъ нaшихъ. чlвэколю1бче вLко, твоегw2 бGоразyміz нетлённый свётъ, и3 мhслєнныz нaши tвeрзи џчи, во є3ђльскихъ твои1хъ проповёданій разумёніе: вложи2 въ нaсъ и 3 стрaхъ блажeнныхъ твои1хъ зaповэдей, да плотскz п0хwти вс попрaвше, дух0вное жи1тельство пр0йдемъ, вс, ћже ко бlгоугождeнію твоемY, и3 мyдрствующе и3 дёюще. тh бо є3си 2 просвэщeніе дyшъ и3 тэлeсъ нaшихъ, хrтE б9е: и3 тебЁ слaву возсылaемъ, со безначaльнымъ твои1мъ nц7eмъ, и3 пресhмъ и 3 бlги1мъ и3 животворsщимъ твои1мъ дƒомъ, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ, ґми1нь. Діaконъ же, кади1льницу tложи1въ на nбhчное мёсто, прих0дитъ къ сщ7eннику, и3 подклони1въ є3мY главY свою2, держS и3 nрaрь со сhмъ є3ђліемъ крaйними пeрсты, си1рэчь, во џномъ мёстэ сhz трапeзы, глаг0летъ: Бlгослови,2 вLко, бlговэсти1телz сaгw ґп cла и3 є3ђлjста, и 4м>къ. Сщe7нникъ, знaменуz є3го2, глаг0летъ: БGъ, мlтвами сaгw, слaвнагw, всехвaльнагw ґп cла и3 є3ђлjста, и 4м>къ, да дaстъ тебЁ глаг0лъ бlговэствyющему си1лою мн0гою, во и 3сполнeніе є3ђліа возлю1бленнагw сн 7а своегw2, гDа нaшегw ї}са хrтA. Діaконъ же рeкъ: Ґми1нь, и3 поклони1всz с0му є3ђлію, в0зметъ є,5 и3 и 3зшeдъ сhми двeрьми, предходsщымъ є3мY лампaдамъ, прих0дитъ и3 стои1тъ на ґмвHнэ, и 3ли2 на ўчинeнномъ мёстэ.

Їерeй же, стоS пред8 с0ю трапeзою и3 зрS къ зaпаду, возглашaетъ: Премyдрость, прости2, ўслhшимъ сaгw є3ђліа. Тaже: Ми1ръ всBмъ. Лю1діе: И# дƒови твоемY. Діaконъ: T и4м>къ сaгw є3ђліа чтeніе. Ли1къ: Слaва тебЁ гDи, слaва тебЁ. Сщe7нникъ: В0нмемъ. Ѓще же сyть двA дікона, то є3ди1нъ да глаг0летъ: Премyдрость, пр0сти. Тaже, и3: В0нмемъ. И # сп0лнившусz є3ђлію, глаг0летъ сщ7eнникъ: Ми1ръ ти 2 бlговэствyющему. Ли1къ: Слaва тебЁ гDи, слaва тебЁ. И# tшeдъ діaконъ дaже до сhхъ дверeй, tдаeтъ с0е є3ђліе свzщeннику, и3 затворsютсz пaки свzты6z двє1ри. Діaконъ, стaвъ на nбhчномъ мёстэ, начинaетъ си1це: Рцeмъ вси2 t всеS души2, и3 t всегw2 помышлeніz нaшегw рцeмъ. Ли1къ: ГDи поми1луй. ГDи вседержи1телю, б9е nц7ъ нaшихъ, м0лимъ ти сz, ўслhши и 3 поми1луй. Ли1къ: ГDи поми1луй. Поми1луй нaсъ б9е, по вели1цэй ми1лости твоeй, м0лимъ ти сz,

ўслhши и3 поми1луй. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ бlгочести1вэйшемъ, самодержaвнэйшемъ, вели1комъ гDрэ нaшемъ їмперaторэ ніколaэ ґлеxaндровичэ всеS рwссjи: њ держaвэ, побёдэ, пребывaніи, ми1рэ, здрaвіи, спасeніи є3гw2, и3 гDу бGу нaшему наипaче поспэши1ти и3 пособи1ти є3мY во всёхъ, и3 покори1ти под8 н0зэ є3гw2 всsкаго врагA и3 супостaта. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Мlтва прилёжнагw молeніz: ГDи б9е нaшъ, прилёжное сіE молeніе пріими2 t твои1хъ рбъ, и 3 поми1луй нaсъ по мн0жеству ми1лости твоеS, и3 щедрHты тво низпосли2 на ны2, и3 на вс лю1ди тво, чaющыz t тебE богaтыz ми1лости. Е#щE м0лимсz њ супрyгэ є3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ їмператрjцэ ґлеxaндрэ fе0дwровнэ: њ мaтери є3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ їмператрjцэ марjи fе0дwровнэ: њ наслёдникэ є3гw2, бlговёрномъ гDрэ цесарeвичэ и3 вели1комъ кн7зэ геHргіи ґлеxaндровичэ, и3 њ всeмъ цaрствующемъ д0мэ. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ сёйшемъ прави1тельствующемъ сmн0дэ [ѓще под8 митрополjтомъ, приглаг0летъ: и3 њ митрополjтэ нaшемъ,

є3гHже џбласть,] и3 всeй во хrтЁ брaтіи нaшей. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ всeмъ и 4хъ хrтолюби1вомъ в0инствэ. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ брaтіzхъ нaшихъ, сщ7eнницэхъ, сщ7енномонaсэхъ, и3 всeмъ во хrтЁ брaтствэ нaшемъ. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ бlжeнныхъ и3 приснопaмzтныхъ, сёйшихъ патріaрсэхъ правослaвныхъ, и3 бlгочести1выхъ цRёхъ, и 3 благовёрныхъ цRи1цахъ, и3 создaтелехъ сhz nби1тели сеS, и3 њ всёхъ преждепочи1вшихъ nц7ёхъ и3 брaтіzхъ, здЁ лежaщихъ, и 3 повсю1ду правослaвныхъ. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ плодоносsщихъ и3 добродёющихъ во сёмъ и 3 всечестнёмъ хрaмэ сeмъ, труждaющихсz, пою1щихъ и 3 предстоsщихъ лю1дехъ, њжидaющихъ t тебE вели1кіz и3 богaтыz млcти. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Возглашeніе: Ћкw ми1лостивъ и3 чlвэколю1бецъ бGъ є3си,2 и3 тебЁ слaву

возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Ѓще ли бyдетъ њ ўс0пшихъ приношeніе, діaконъ и 3ли2 свzщeнникъ глаг0летъ є3ктенію2 сію2: Поми1луй нaсъ б9е, по вели1цэй млcти твоeй, м0лимъ ти сz, ўслhши и3 поми1луй. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Е#щE м0лимсz њ ўпокоeніи дyшъ ўс0пшихъ рабHвъ б9іихъ, и 4м>къ, и3 њ є4же прости1тисz и 5мъ всsкому прегрэшeнію, в0льному же и3 нев0льному. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Ћкw да гDь бGъ ўчини1тъ дyшы и4хъ, и 3дёже прaведніи ўпокоsютсz. Ли1къ: ГDи поми1луй, три1жды. Ми1лости б9іz, цrтва нбcнагw, и3 њставлeніz грэхHвъ и 4хъ, ў хrтA безсмeртнагw цRS и3 бGа нaшегw пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Діaконъ: ГDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй.

Сщe7нникъ: Б9е духHвъ, и3 всsкіz пл0ти, смeрть попрaвый и3 діaвола ўпраздни1вый, и3 жив0тъ мjру твоемY даровaвый: сaмъ, гDи, пок0й дyшы ўс0пшихъ рбъ твои1хъ, и 4м>къ, въ мёстэ свётлэ, въ мёстэ ѕлaчнэ, въ мёстэ пок0йнэ, tню1дуже tбэжE болёзнь, печaль и3 воздыхaніе. всsкое согрэшeніе, содёzнное и 4ми сл0вомъ, и 3ли2 дёломъ, и 3ли2 помышлeніемъ, ћкw бlгjй чlвэколю1бецъ бGъ, прости2: ћкw нёсть человёкъ, и 4же жи1въ бyдетъ, и3 не согрэши1тъ: тh бо є3ди1нъ кромЁ грэхA, прaвда твоS прaвда во вёки, и3 сл0во твоE и 4стина. Возглaсъ: Ћкw ты2 є3си2 воскресeніе и3 жив0тъ и3 пок0й ўс0пшихъ рбъ твои1хъ, и 4м>къ, хrтE б9е нaшъ, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, со безначaльнымъ твои1мъ nц7eмъ, и3 пресhмъ и3 бlги1мъ и 3 животворsщимъ твои1мъ дƒомъ, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Діaконъ: Помоли1тесz, њглашeнніи гDви. Ли1къ: ГDи поми1луй. Вёрніи, њ њглашeнныхъ пом0лимсz, да гDь поми1луетъ и 5хъ. Ли1къ: ГDи поми1луй.

Њгласи1тъ и 5хъ сл0вомъ и 4стины. Ли1къ: ГDи поми1луй. Tкрhетъ и 5мъ є3ђліе прaвды. Ли1къ: ГDи поми1луй. Соедини1тъ и 5хъ сёй своeй соб0рнэй и3 ґп cльстэй цeркви. Ли1къ: ГDи поми1луй. Спаси2, поми1луй, заступи2 и3 сохрани2 и 5 хъ, б9е, твоeю бlгодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њглашeнніи, главы6 вaшz гDви приклони1те. Ли1къ: ТебЁ гDи. Мlтва њ њглашeнныхъ, прeжде сaгw возношeніz: ГDи б9е нaшъ, и 4же на выс0кихъ живhй и3 на смирє1нныz призирazй, и 4же спасeніе р0ду чlвёческому низпослaвый, є3динор0днаго сн7а твоего2 и3 бGа, гDа нaшего ї}са хrтA: при1зри на рабы6 тво њглашє1нныz, подкл0ншыz тебЁ сво вы6z, и 3 спод0би | во врeмz бlгополyчное бaни пакибытіS, њставлeніz грэхHвъ и3 nдeжди нетлёніz, соедини2 и 5хъ сёй твоeй соб0рнэй и3 ґп c льстэй цeркви, и3 сопричти2 и 5хъ и 3збрaнному твоемY стaду. Возглашeніе: Да и3 тjи съ нaми слaвzтъ пречестн0е и 3 великолёпое и4мz твоE, nц7A, и3 сн7а, и3 сaгw дƒа, нhнэ и 3

при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. И# простирaетъ ґнтіми1нсъ свzщeнникъ. Діaконъ глаг0летъ: Е#ли1цы њглашeнніи, и 3зыди1те. Ѓще ли є4сть вторhй діaконъ, возглашaетъ и3 т0й: Њглашeнніи, и 3зыди1те. Тaже пaки пeрвый: Е#ли1цы њглашeнніи, и 3зыди1те. Да ни кто2 t њглашeнныхъ: є3ли1цы вёрніи, пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Ѓще ли же є3ди1нъ т0чію їерeй, тогдA глаг0летъ си1це: Е#ли1цы њглашeнніи, и 3зыди1те, њглашeнніи и 3зыди1те, є3ли1цы њглашeнніи и 3зыди1те: да ни кто2 t њглашeнныхъ, є3ли1цы вёрніи, пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Мlтва вёрныхъ, пeрваz, по є4же распрострeти ґнтіми1нсъ: Бlгодари1мъ тS гDи б9е си1лъ, спод0бившаго нaсъ предстaти и 3 нhнэ с0му твоемY жeртвеннику, и3 припaсти ко щедр0тамъ

твои 6мъ њ нaшихъ грэсёхъ, и3 њ людски1хъ невёдэніихъ. пріими2 б9е молeніе нaше, сотвори1 ны дост0йны бhти, є4же приноси1ти тебЁ молє1ніz и3 мольбы6, и3 жє1ртвы безкрHвныz њ всёхъ лю1дехъ твои1хъ: и3 ўдовли2 нaсъ, и 5хже положи1лъ є3си2 въ слyжбу твою2 сію,2 си1лою дƒа твоегw2 сaгw, неwсуждeннw и 3 непреткновeннw въ чи1стэмъ свидётельствэ с0вэсти нaшеz, призывaти тS на всsкое врeмz и3 мёсто: да послyшаz нaсъ, ми1лостивъ нaмъ бyдеши, во мн0жествэ твоеS бlгости. Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю благодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Премyдрость. Возглашeніе: Ћкw подобaетъ тебЁ всsкаz слaва, чeсть и3 поклонeніе, nц7Y, и 3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Діaконъ: Пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Е#гдA сщ7eнникъ є3ди1нъ слyжитъ, сі не глаг0летъ: Њ свhшнэмъ ми1рэ, и3 спасeніи дyшъ нaшихъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй.

Њ ми1рэ всегw2 мjра, бlгостоsніи сhхъ б9іихъ цRквeй и3 соединeніи всёхъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ сёмъ хрaмэ сeмъ, и3 съ вёрою, бlгоговёніемъ и3 стрaхомъ б9іимъ входsщихъ в0нь, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ и 3збaвитисz нaмъ t всsкіz ск0рби, гнёва и3 нyжды, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Мlтва вёрныхъ, вторaz: Пaки, и3 мн0гажды тебЁ припaдаемъ, тебЁ м0лимсz, благjй и 3 человэколю1бче, ћкw да призрёвъ на молeніе нaше, њчи1стиши нaшz дyшы и3 тэлесA t всsкіz сквeрны пл0ти и3 дyха, и3 дaси нaмъ непови1нное и3 неwсуждeнное предстоsніе сaгw твоегw2 жeртвенника. дaруй же б9е, и3 молsщымсz съ нaми преспёzніе житіS и3 вёры и3 рaзума дух0внагw: дaждь и5мъ всегдA со стрaхомъ и3 люб0вію служaщымъ тебЁ, непови1ннw и 3 неwсуждeннw причасти1тисz сhхъ твои1хъ тинъ, и3 небeснагw твоегw2 цrтвіz спод0битисz. Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю благодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй.

Діaконъ: Премyдрость. Вх0дитъ діaконъ сёверными двeрьми. Возглашeніе: Ћкw да под8 держaвою твоeю всегдA храни1ми, тебЁ слaву возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Мlтва ю 4же твори1тъ свzщeнникъ въ себЁ, херувjмской пёсни пэвaемэй: Никт0же дост0инъ t свzзaвшихсz плотски1ми похотьми2 и 3 сластьми2 приходи1ти, и 3ли2 прибли1житисz, и 3ли2 служи1ти тебЁ, цRю2 слaвы: є4же бо служи1ти тебЁ, вели1ко и3 стрaшно и3 самёмъ нбcнымъ си1ламъ. но nбaче неизречeннагw рaди и3 безмёрнагw твоегw2 человэколю1біz, непрел0жнw и3 неизмённw бhлъ є3си 2 человёкъ, и3 ґрхіерeй нaмъ бhлъ є3си2: и3 служeбныz сеS и3 безкр0вныz жeртвы свzщеннодёйствіе прeдалъ є3си2 нaмъ, ћкw вLка всёхъ. тh бо є3ди1нъ, гDи б9е нaшъ, владhчествуеши нбcными и3 земнhми, и 4же на пrт0лэ херувjмстэ носи1мый, и 4же серафjмwвъ гDь, и3 цRь ї}левъ, и 4же є3ди1нъ съ, и3 во сhхъ почивazй. тS u5бо молю2 є3ди1наго благaго и3 благопослушли1ваго: при1зри на мS грёшнаго и3 непотрeбнаго рабA твоего2, и3 њчи1сти мою2 дyшу и3 сeрдце t с0вэсти лукaвыz, и3 ўдовли1 мz, си1лою

сaгw твоегw2 дƒа, њблечeна благодaтію свzщeнства, предстaти сёй твоeй сeй трапeзэ, и3 свzщеннодёйствовати с0е и3 пречcтое твоE тёло, и3 честнyю кр0вь. къ тебё бо прихождY прикл0нь мою2 вhю, и3 молю1 ти сz, да не tврати1ши лицA твоегw2 t менE, нижE tри1неши менE t џтрwкъ твои1хъ: но спод0би принесє1ннымъ тебЁ бhти, мн0ю грёшнымъ и3 недост0йнымъ раб0мъ твои1мъ, дарHмъ си 6мъ. тh бо є3си2 приносsй и 3 приноси1мый, и3 пріeмлzй и3 раздавaемый хrтE б9е нaшъ, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, со безначaльнымъ твои1мъ nц7eмъ, и 3 пресhмъ, и3 благи1мъ, и3 животворsщимъ твои1мъ дƒомъ, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. И # сп0лнившейсz же мlтвэ, глаг0лютъ и3 тjи херувjмскую пёснь, три1жды: по к0емждо же скончaніи, покланsютсz по є3ди1нощи. И % же херувjмы тaйнw њбразyюще, и3 животворsщей трbцэ трисyю пёснь припэвaюще, всsкое нhнэ житeйское tложи1мъ попечeніе. Ћкw да цRS всёхъ под8и1мемъ, ѓгGльскими неви1димw дорmноси1ма чи1нми. Ґллилyіа, ґллилyіа, ґллилyіа. Пaки tверзaютсz сы6z двє1ри. Тaже пріeмъ діaконъ кади1льницу, и3 fmміaмъ вложи1въ, прих0дитъ ко свzщeннику, и3 пріeмъ благословeніе t негw2, кади1тъ сyю трапeзу џкрестъ и3 nлтaрь вeсь, и3 свzщeнника: глаг0летъ же и3 н7-й pал0мъ, и3 тропари 2 ўмили1тєльныz, є3ли 6ка и 3зв0литъ вкyпэ со свzщeнникомъ. и 3

tх0дита въ предложeніе, предходsщу діaкону, и3 кади1тъ сz, въ себЁ молsсz: Б9е, њчи1сти мS грёшнаго. три1жды. Глаг0летъ ко свzщeннику: Возми2 вLко. И# свzщeнникъ, взeмъ воздyхъ, возлагaетъ на лёвое рaмо є3гw2, глаг0лz: Возми1те рyки вaшz во сz, и3 блг cви1те гDа. Тaже сhй дjскосъ пріeмъ, возлагaетъ на главY діaкона, со всsкимъ внимaніемъ и3 бlгоговёніемъ, и 3мёzй вкyпэ діaконъ и 3 кади1льницу на є3ди1номъ t пeрстwвъ, сaмъ же сhй поти1рь въ рyцэ пріeмъ: и 3сх0дzтъ же сёверною стран0ю, предходsщымъ и 5мъ лампaдамъ, и3 њбх0дzтъ хрaмъ, молsщесz. Діaконъ глаг0летъ: Бlгочести1вэйшаго, самодержaвнэйшаго, вели1каго гDрz нaшего їмперaтора ніколaz ґлеxaндровича всеS рwссjи, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и 3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Тaже сщ7eнникъ: Супрyгу є3гw2, бlгочести1вэйшую гDрню, їмператрjцу ґлеxaндру fе0дwровну: мaтерь є3гw2, бlгочестив1эйшую гDрню, їмператрjцу марjю fе0дwровну, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Наслёдника є3гw2, бlговёрнаго гDрz, цесарeвича и3 вели1каго кн7зz геHргіz ґлеxaндровича, и3 вeсь цaрствующій д0мъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ.

Діaконъ гlетъ: Сёйшій прави1тельствующій сmн0дъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и 3 во вёки вэкHвъ. Тaже сщ7eнникъ: Всёхъ вaсъ, правослaвныхъ хrтіaнъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Си1це да глаг0летъ ѓще є3ди1нъ є4сть сщ7eнникъ служaй, и3 кромЁ діaкона. Ѓще же служaщіи сщ7eнницы мн0зи, си1це да гlютъ: Діaконъ: Бlгочести1вэйшаго, самодержaвнэйшаго, вели1каго гDрz нaшего їмперaтора ніколaz ґлеxaндровича всеS рwссjи, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и 3 во вёки вэкHвъ. Пeрвый сщ7eнникъ: Супрyгу є3гw2, бlгочести1вэйшую гDрню, їмператрjцу ґлеxaндру fе0дwровну, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Вторhй: Мaтерь є3гw2, бlгочести1вэйшую гDрню, їмператрjцу марjю fе0дwровну, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ.

Трeтій: Наслёдника є3гw2, бlговёрнаго гDрz цесарeвича и3 вели1каго кн7зz геHргіz ґлеxaндровича, и3 вeсь цaрствующій д0мъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Четвeртый сщ7eнникъ, ѓще же ни2, діaконъ: Сёйшій прави1тельствующій сmн0дъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Пsтый сщ7eнникъ, ѓще же ни2, пaки пeрвый: Всёхъ вaсъ, правослaвныхъ хrтіaнъ, да помzнeтъ гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Вшeдъ же діaконъ внyтрь сhхъ двeрей, стои1тъ њдеснyю, и3 хотsщу сщ7eннику вни1ти, глаг0летъ къ немY діaконъ: Да помzнeтъ гDь бGъ сщ7eнство твоE во цrтвіи своeмъ. И# свzщeнникъ къ немY: Да помzнeтъ гDь бGъ свzщеннодіaконство твоE во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и 3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. И# свzщeнникъ ќбw поставлsетъ сhй поти1рь на сyю трапeзу: сhй же дjскосъ взeмъ со главы2 діaкона, поставлsетъ и3 т0й на сyю трапeзу, глаг0лz: Благоoбрaзный їHсифъ, со дрeва снeмъ пречcтое твоE тёло,

плащани1цею чи1стою њбви1въ, и3 благоухaньми во гр0бэ н0вэ закрhвъ, положи2. Во гр0бэ пл0тски, во ѓдэ же съ дш7eю ћкw бGъ, въ раи1 же съ разб0йникомъ, и3 на пrт0лэ бhлъ є3си2 хrтE, со nц7eмъ и3 дƒомъ, вс и 3сполнszй неwпи1санный. Ћкw живон0сецъ, ћкw раS краснёйшій вои1стинну, и3 всsкагw черт0га цaрскагw kви1сz свэтлёйшій хrтE гр0бъ тв0й, и3ст0чникъ нaшегw воскресeніz. Тaже покр0вцы ќбw взeмъ t свzщeннагw дjскоса, и3 сaгw потирS, полагaетъ на є3ди1ной странЁ свzтhz трапeзы: воздyхъ же t діaконz рaма взeмъ, и3 покади1въ покрывaетъ и 4мъ сz, глаг0лz: Благоoбрaзный їHсифъ, со дрeва снeмъ пречcтое твоE тёло, плащани1цею чи1стою њбви1въ, и3 благоухaньми во гр0бэ н0вэ закрhвъ, положи2. И# пріeмъ кади1льницу t діaконовы руки2, кади1тъ сz три1жды, глаг0лz: Ўблажи2 гDи, бlговолeніемъ твои1мъ сіHна, и3 да сози1ждутсz стёны їерусали 6мскіz: тогдA благоволи1ши жeртву прaвды, возношeніе и3 всесожегaємаz, тогдA возложaтъ на nлтaрь тв0й тельцы2. И# tдaвъ кади1льницу, и3 њпусти1въ фелHнь, приклони1въ же главY,

глаг0летъ діaкону: Помzни1 мz, брaте и3 сослужи1телю. И# діaконъ къ немY: Да помzнeтъ гDь бGъ свzщeнство твоE во цrтвіи своeмъ. Тaже и3 діaконъ, поклони1въ и3 сaмъ главY, держS вкyпэ и3 nрaрь треми2 пeрсты десни1цы, гlетъ ко свzщeннику: Помоли1сz њ мнЁ, вLко сhй. И# свzщeнникъ: Дƒъ сhй нaйдетъ на тS, и3 си1ла вhшнzгw њсэни1тъ тS. И# діaконъ: Т0йже дƒъ содёйствуетъ нaмъ вс дни6 животA нaшегw. И# пaки т0йжде: Помzни1 мz, вLко сhй. И# свzщeнникъ: Да помzнeтъ тS гDь бGъ во цaрствіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. И# діaконъ, рeкъ: Ґми1нь. и3 цэловaвъ десни1цу сщ7eнника, и3сх0дитъ сёверными двeрьми, и3 стaвъ на nбhчномъ мёстэ, глаг0летъ: И # сп0лнимъ моли1тву нaшу гDви. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ предложeнныхъ честнhхъ дарёхъ, гDу пом0лимсz.

Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ сёмъ хрaмэ сeмъ, и3 съ вёрою, бlгоговёніемъ и3 стрaхомъ б9іимъ входsщихъ в0нь, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ и 3збaвитисz нaмъ t всsкіz ск0рби, гнёва и3 нyжды, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Мlтва проскомjдіи, по поставлeніи б9eственныхъ дарHвъ на сёй трапeзэ. ГDи б9е вседержи1телю, є3ди1не се, пріeмлzй жeртву хвалeніz t призывaющихъ тS всёмъ сeрдцемъ. пріими2 и3 нaсъ грёшныхъ молє1ніz и3 принеси2 ко с0му твоемY жeртвеннику, и3 ўдовли 2 нaсъ приноси1ти тебЁ дaры же и3 жє1ртвы дƒHвныz њ нaшихъ грэсёхъ и3 њ людски1хъ невёдэніихъ, и3 спод0би нaсъ њбрэсти 2 благодaть пред8 тоб0ю, є4же бhти тебЁ благопріsтнэй жeртвэ нaшей, и3 всели1тисz дƒу благодaти твоеS бlг0му въ нaсъ, и3 на предлежaщихъ дарёхъ си1хъ, и3 на всёхъ лю1дехъ твои1хъ. Діaконъ: Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е твоeю бlгодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. ДнE всегw2 совершeнна, свsта, ми1рна и3 безгрёшна, ў гDа

пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. ЃгGла ми1рна, вёрна настaвника, храни1телz дyшъ и3 тэлeсъ нaшихъ, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Прощeніz и3 њставлeніz грэхHвъ и3 прегрэшeній нaшихъ, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Д0брыхъ и3 полeзныхъ душaмъ нaшымъ, и3 ми1ра мjрови, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Пр0чее врeмz животA нaшегw въ ми1рэ и3 покаsніи скончaти, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Хrтіaнскіz кончи1ны животA нaшегw, безболёзненны, непостhдны, ми1рны и3 д0брагw tвёта на стрaшнэмъ суди1щи хrт0вэ пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Пресyю, пречcтую, пребlгословeнную, слaвную вLчцу нaшу бц dу, и 3 приснодв7у мRjю со всёми сhми помzнyвше, сaми себE, и 3

другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ. Ли1къ: ТебЁ гDи. Возглашeніе: Щедр0тами є3динор0днагw сн7а твоегw2, съ ни1мже бlгословeнъ є3си2, со пресhмъ и3 бlги1мъ и3 животворsщимъ твои1мъ дƒомъ, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Їерeй: Ми1ръ всBмъ. Ли1къ: И# дƒови твоемY. Діaконъ: Возлю1бимъ другъдрyга, да є3диномhсліемъ и 3сповёмы. Ли1къ: Nц7A, и3 сн7а, и3 сaго дƒа, трbцу є 3диносyщную, и 3 нераздёльную. И# сщ7eнникъ покланsетсz три1жды, гlz тaйнw: Возлюблю2 тS гDи, крёпосте моS, гDь ўтверждeніе моE, и 3 прибёжище моE. три1жды. И# цэлyетъ сz си1це, ћкоже сyть покровeны, пeрвэе верхY сaгw дjскоса: тaже верхY сaгw потирS, и3 крaй сhz трапeзы пред8 соб0ю. Ѓще ли бyдутъ свzщeнникwвъ двA, и 3ли2 мн0жае, то и3 nни 2 цэлyютъ сz вси2, и3 другъдрyга въ рaмена. Настоsтель же

глаг0летъ: хrт0съ посредЁ нaсъ. И# tвэщaетъ цэловaвый: И # є4сть, и3 бyдетъ. Тaкожде и3 діaкони, ѓще бyдутъ двA и 3ли2 три2, цэлyютъ кjйждо nрaрь св0й и 3дёже кrтA џбразъ, и3 другъдрyга въ рaмена, т0жде глаг0люще, є4же и3 свzщeнницы. Под0бнэ же и3 діaконъ спокланsетсz, на нeмже стои1тъ мёстэ, и3 цэлyетъ nрaрь св0й, и 3дёже є4сть кrтA џбразъ, и3 тaкw возглашaетъ: Двє1ри, двє1ри премyдростію в0нмемъ. Сщe7нникъ же воздвизaетъ воздyхъ, и3 держи1тъ над8 сhми дарми2. Ѓще же и 3нjи бyдутъ сщ7eнницы служaщіи, тaкожде воздвизaютъ сhй воздyхъ, и3 держaтъ над8 сhми дарми2, потрzсaюще, и3 глаг0люще къ себЁ, ћкоже и3 лю1діе, и 3сповёданіе вёры: Вёрую во є3ди1наго бGа nц7A вседержи1телz, творцA нб7у и3 земли2, ви 6 димымъ же всBмъ и3 неви 6 димымъ. И# во є3ди1наго гDа ї}са хrтA, сн7а б9іz, є3динор0днаго, и 4же t nц7A рождeннаго прeжде всёхъ вBкъ. Свёта t свёта, бGа и 4стинна t бGа и 4стинна, рождeнна, не сотворeнна, є 3диносyщна nц7Y, и 4мже вс бhша. Нaсъ рaди человBкъ, и3 нaшегw рaди спасeніz, сшeдшаго съ нб7съ, и 3 воплоти1вшагосz t дƒа са и3 мRjи дв7ы, и3 вочеловёчшасz. Распsтаго же за ны2 при понтjйстэмъ пілaтэ, и3 страдaвша, и 3 погребeнна, и3 воскrшаго въ трeтій дeнь по писaніємъ. И # возшeдшаго на нб7сA, и3 сэдsща њдеснyю nц7A. И# пaки грzдyщаго

со слaвою, суди1ти живы 6мъ и3 мє1ртвымъ, є3гHже цrтвію не бyдетъ концA. И# въ дƒа сaго, гDа, животворsщаго, и 4же t nц7A и 3сходsщаго, и 4же со nц7eмъ и3 сн7омъ спокланsема и3 сслaвима, глаг0лавшаго прbр0ки. Во є3ди1ну сyю соб0рную и3 ґп cльскую цRковь. И #сповёдую є3ди1но кRщeніе, во њставлeніе грэхHвъ. Чaю воскrніz мeртвыхъ: И# жи1зни бyдущагw вёка. Ґми1нь. Діaконъ: Стaнемъ д0брэ, стaнемъ со стрaхомъ, в0нмемъ, с0е возношeніе въ ми1рэ приноси1ти. Ли1къ: Ми1лость ми1ра, жeртву хвалeніz. И# сщ7eнникъ ќбw взeмъ воздyхъ t сhхъ, и3 цэловaвъ и5, полагaетъ на є3ди1но мёсто, глаг0лz: Бlгодaть гDа: Діaконъ же поклони1всz, вх0дитъ во сhй nлтaрь. И# пріи1мъ ріпjду, вёетъ сz бlгоговёйнw. Возглашeніе: Бlгодaть гDа нaшегw ї}са хrтA, и3 любы2 бGа и3 nц7A, и3 причaстіе сaгw дƒа, бyди со всёми вaми. Ли1къ: И# со дƒомъ твои1мъ. Сщe7нникъ: ГорЁ и 3мёимъ сердцA. Ли1къ: И $мамы ко гDу. Сщe7нникъ: Бlгодари1мъ гDа.

Ли1къ: Дост0йно и3 прaведно є4сть, покланsтисz nц7Y, и3 сн7у, и 3 с0му дƒу, трbцэ є3диносyщнэй и3 нераздёльнэй. Сщe7нникъ же м0литсz: Дост0йно и3 прaведно тS пёти, тS бlгослови1ти, тS хвали1ти, тS бlгодари1ти, тебЁ покланsтисz на всsкомъ мёстэ вLчествіz твоегw2: тh бо є3си2 бGъ неизречeненъ, недовёдомь, неви1димь, непостижи1мь, при1снw сhй, тaкожде сhй, ты2 и 3 є3динор0дный тв0й сн7ъ, и3 дƒъ тв0й сhй. ты2 t небытіS въ бытіE нaсъ привeлъ є3си2, и3 tпaдшыz возстaвилъ є3си2 пaки, и3 не tступи1лъ є3си2 вс творS, д0ндеже нaсъ на нб7о возвeлъ є3си,2 и 3 цrтво твоE даровaлъ є3си2 бyдущее. њ си1хъ всёхъ благодари1мъ тS, и3 є3динор0днаго твоего2 сн7а, и3 дƒа твоего2 сaго, њ всёхъ, и 4хже вёмы, и3 и 5 хже не вёмы, kвлeнныхъ и3 неsвленныхъ бlгодэsніихъ бhвшихъ на нaсъ. бlгодари1мъ тS и3 њ слyжбэ сeй, ю4же t рyкъ нaшихъ пріsти и 3зв0лилъ є3си.2 ѓще и3 предстоsтъ тебЁ тhсzщы ґрхaгGлwвъ, и3 тмы6 ѓгGлwвъ, херувjми, и3 серафjми шестокрилaтіи, многоoчи1тіи возвышaщіисz пернaтіи. Возглашeніе: Побёдную пёснь пою1ще, вопію1ще, взывaюще и 3 глаг0люще. Ли1къ: Съ, съ, съ гDь саваHfъ, и 3сп0лнь нб7о и3 землS слaвы твоеS, њсaнна въ вhшнихъ, бlгословeнъ грzдhй во и 4мz гDне, њсaнна въ вhшнихъ. И# здЁ пaки діaконъ, пріи1мъ сyю ѕвэзди1цу t сaгw дjскоса,

твори1тъ кrтA џбразъ верхY є3гw2, и3 цэловaвъ ю5 полагaетъ. Тaже прих0дитъ, и3 стaнетъ на деснёй странЁ: и3 взeмъ ріпjду въ рyцэ, њмaхиваетъ ти1хw со всsкимъ внимaніемъ и3 стрaхомъ, верхY сhхъ дарHвъ, ћкw не сёсти мyхамъ, ни и 3н0му чесомY таков0му. Ѓще же нёсть ріпjды, твори1тъ сіE со є3ди1нэмъ покр0вцемъ. Сщe7нникъ м0литсz: Съ си1ми и3 мы2 блажeнными си1лами, вLко человэколю1бче, вопіeмъ и3 глаг0лемъ: съ є3си2 и3 пресъ, ты2 и3 є3динор0дный тв0й сн7ъ, и3 дƒъ тв0й сhй. съ є3си2 и3 пресъ, и3 великолёпна слaва твоS, и 4же мjръ тв0й тaкw возлюби1лъ є3си2, ћкоже сн7а твоего 2 є3динор0днаго дaти: да всsкъ вёруzй въ него2 не поги1бнетъ, но и 4мать жив0тъ вёчный, и 4же пришeдъ, и3 всE є4же њ нaсъ смотрeніе и 3сп0лнивъ, въ н0щь въ ню1же предаsшесz, пaче же сaмъ себE предаsше, за мірскjй жив0тъ, пріeмъ хлёбъ во сы6z сво и 3 пречи 6стыz и3 непоро6чныz рyки, бlгодари1въ и3 бlгослови1въ, њсвzти1въ, преломи1въ, дадE сы 6мъ свои 6мъ ў§нкHмъ и3 ґп cлwмъ, рeкъ: Возглашeніе: Пріими1те, kди1те, сіE є4сть тёло моE є4же за вы2 ломи1мое во њставлeніе грэхHвъ. Ли1къ: Ґми1нь.

Семy же глаг0лемому, показyетъ свzщeннику діaконъ сhй дjскосъ, держS и3 nрaрь треми2 пeрсты десни1цы. Под0бнэ, и3 є3гдA глаг0летъ свzщeнникъ: Пjйте t неS вси2: споказyетъ и3 сaмъ сhй поти1рь. Сщe7нникъ тaйнw: Под0бнэ и3 чaшу по вeчери, глаг0лz: Возглашeніе: Пjйте t неS вси2, сіS є4сть кр0вь моS н0вагw завёта, ћже за вы2 и3 за мнHгіz и 3зливaемаz, во њставлeніе грэхHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Свzщeнникъ м0литсz: Поминaюще ќбw спаси1тельную сію2 зaповэдь, и3 вс же њ нaсъ бы 6вшаz: кrтъ, гр0бъ, триднeвное воскресeніе, на нб7сA восхождeніе, њдеснyю сэдёніе, втор0е и3 слaвное пaки пришeствіе. Возглашeніе: Тво t твои1хъ тебЁ приносsще, њ всёхъ и3 за вс. Семy же глаг0лему, діaконъ tлагaетъ ріпjду, и3 прел0жъ рyцэ кrтоoбрaзнэ, и3 под8eмъ сhй дjскосъ, и3 сhй поти1рь, и 3 поклони1тсz ўмилeннэ. Ли1къ: ТебE поeмъ, тебE бlгослови1мъ, тебЁ бlгодари1мъ гDи, и 3 м0лимъ ти сz, б9е нaшъ.

Свzщeнникъ же м0литсz: Е#щE прин0симъ ти2 словeсную сію2 и3 безкр0вную слyжбу, и 3 пр0симъ, и3 м0лимъ, и3 ми1ли сz дёемъ, низпосли2 дƒа твоего 2 сaго на ны2, и3 на предлежaщыz дaры сі. И# діaконъ ќбw tлагaетъ ріпjду, и3 прих0дитъ бли1зъ ко їерeю, и 3 покланsютсz џба три1жды пред8 с0ю трапeзою, молsщасz въ себЁ и3 глаг0люща: ГDи, и 4же пресaго твоего2 дƒа въ трeтій чaсъ ґп cлwмъ твои 6мъ низпослaвый, того2 благjй не tими2 t нaсъ: но њбнови2 нaсъ молsщихъ ти сz. Стjхъ: Сeрдце чи1сто сози1жди во мнЁ б9е, и3 дyхъ прaвъ њбнови 2 во ўтр0бэ моeй. Пaки: ГDи, и 4же пресaго твоего2 дƒа: Стjхъ: Не tвeржи менE t лицA твоегw2, и3 дƒа твоегw2 сaгw не tими2 t менE. И# пaки: ГDи, и4же пресaго твоего2 дƒа: Тaже главY подклони1въ діaконъ, и3 показyz со nрарeмъ сhй хлёбъ, глаг0летъ тaйнw: Бlгослови2 вLко, сhй хлёбъ. Сщe7нникъ же востaвъ, знaменуетъ три1жды сы6z дaры, глаг0лz:

И# сотвори2 ќбw хлёбъ сeй честн0е тёло хrтA твоегw2. Діaконъ: Ґми1нь. И# пaки діaконъ: Бlгослови2 вLко, сyю чaшу. И# свzщeнникъ благословлsz глаг0летъ: Ґ є4же въ чaши сeй, чcтнyю кр0вь хrтA твоегw2. Діaконъ: Ґми1нь. И# пaки діaконъ, показyz и3 nбо сz, гlетъ: Бlгослови2 вLко, nбо. Свzщeнникъ же, бlгословлsz nбо сz, гlетъ: Преложи1въ дƒомъ твои1мъ сhмъ. Діaконъ: Ґми1нь, ґми1нь, ґми1нь. И# главY подклони1въ діaконъ свzщeннику, и3 рeкъ: Помzни1 мz, сhй вLко. Свzщeнникъ же глаг0летъ: Помzнeтъ тS гDь бGъ во цrтвіи своeмъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Діaконъ же рeкъ: Ґми1нь. прех0дитъ, на нeмже пeрвэе стоsше мёстэ, и3 взeмъ ріпjду, њмaхиваетъ сz ћкw и3 прeжде.

Свzщeнникъ же м0литсz: Ћкоже бhти причащaющымсz во трезвёніе души2, во њставлeніе грэхHвъ, въ пріwбщeніе сaгw твоегw2 дƒа, во и 3сполнeніе цrтвіz нбcнагw, въ дерзновeніе є4же къ тебЁ, не въ сyдъ, и 3ли2 во њсуждeніе. Е#щE прин0симъ ти2 словeсную сію2 слyжбу, њ и 5же въ вёрэ почи1вшихъ, прaoц7эхъ, nц7ёхъ, патріaрсэхъ, прbр0цэхъ, ґп cлэхъ, проповёдницэхъ, є3ђлjстэхъ, мyченицэхъ, и 3сповёдницэхъ, воздeржницэхъ, и3 њ всsкомъ дyсэ прaведнэмъ въ вёрэ скончaвшемсz. Діaконъ же кади1тъ сyю трапeзу џкрестъ, и3 поминaетъ же х0щетъ живы6z и3 мє1ртвыz. Свzщeнникъ же возглашaетъ: И # зрsднw њ пресёй, пречcтэй, пребlгословeннэй, слaвнэй вLчцэ нaшей бцdэ и3 приснодв7э мRjи. Ли1къ поeтъ: Дост0йно є4сть ћкw вои1стинну, блажи1ти тS бцdу, приснобlжeнную, и3 пренепор0чную, и3 мрь бGа нaшегw. Ч Cтнёйшую херувмъ, и3 слaвнэйшую без8 сравнeніz серафмъ, без8 и 3стлёніz бGа сл0ва р0ждшую, сyщую бцdу тS величaемъ. Діaконъ поминaетъ дjптmха, си1рэчь помsнникъ ўс0пшихъ.

Свzщeнникъ же м0литсz: Сaгw їwaнна прор0ка, предтeчи и3 крести1телz, сhхъ слaвныхъ и 3 всехвaльныхъ ґп cлъ, сaгw, и 4м>къ, є3гHже и3 пaмzть совершaемъ, и3 всёхъ сhхъ твои1хъ: и 4хже моли1твами посэти2 нaсъ б9е, и 3 помzни2 всёхъ ўс0пшихъ њ надeжди воскrніz животA вёчнагw, и3 ўпок0й и 5хъ, и3дёже присэщaетъ свётъ лицA твоегw2. Е#щE м0лимъ тS, помzни2 гDи всsкое є3п cкпство правослaвныхъ, прaвw прaвzщихъ сл0во твоеS и 4стины, всsкое пресвЂтерство, во хrтЁ діaконство, и3 всsкій свzщeнническій чи1нъ. Е#щE прин0симъ ти2 словeсную сію2 слyжбу њ вселeннэй, њ сёй соб0рнэй и3 ґп cльстэй цRкви, њ и 5же въ чистотЁ и3 честнёмъ жи1тельствэ пребывaющихъ: њ бlгочести1вэйшемъ, самодержaвнэйшемъ, вели1комъ гDрэ нaшемъ їмперaторэ ніколaэ ґлеxaндровичэ всеS рwссjи: њ супрyгэ є3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ, їмператрjцэ ґлеxaндрэ fе0дwровнэ: њ мaтери є3гw2, бlгочести1вэйшей гDрнэ, їмператрjцэ марjи fе0дwровнэ: њ наслёдникэ є3гw2, бlговёрномъ гDрэ, цесарeвичэ и3 вели1комъ кн7зэ геHргіи ґлеxaндровичэ, и3 њ всeмъ цaрствующемъ д0мэ: њ всeй палaтэ, и3 в0инствэ и 4хъ. Дaждь и 5мъ гDи ми1рное цrтво, да и3 мы2 въ тишинЁ и 4хъ ти1хое и3 безм0лвное житіE поживeмъ, во всsкомъ бlгочeстіи и3 чистотЁ. И# по пёніи стіхA, свzщeнникъ возглашaетъ: Въ пeрвыхъ помzни2 гDи, сёйшій прави1тельствующій сmн0дъ,

и 5хже дaруй сы 6мъ твои 6мъ цRквамъ, въ ми1рэ цёлыхъ, чcтнhхъ, здрaвыхъ, долгодeнствующихъ, прaвw прaвzщихъ сл0во твоеS и 4стины. И# пэвцы2 пою1тъ: И# всёхъ, и3 вс. Діaконъ поминaетъ помsнникъ живhхъ. Свzщeнникъ же м0литсz: Помzни2 гDи грaдъ сeй, въ нeмже живeмъ, и3 всsкій грaдъ и 3 странY, и3 вёрою живyщихъ въ ни1хъ. Помzни2 гDи плaвающихъ, путешeствующихъ, недyгующихъ, стрaждущихъ, плэнeнныхъ, и 3 спасeніе и 4хъ. Помzни2 гDи плодоносsщихъ, и3 добротворsщихъ во сhхъ твои1хъ цRквахъ, и3 поминaющихъ ўбHгіz, и3 на вс ны 2 ми1лwсти тво низпосли2. Возглашeніе: И# дaждь нaмъ є3ди1нэми ўсты2 и3 є3ди1нэмъ сeрдцемъ слaвити и 3 воспэвaти пречcтн0е и3 великолёпое и 4мz твоE, nц7A, и3 сн7а, и 3 сaгw дƒа, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Возглашeніе: И# да бyдутъ ми1лwсти вели1кагw бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA со всёми вaми.

Ли1къ: И# со дƒомъ твои 6мъ. Діaконъ, пріeмъ врeмz t свzщeнника, и3 и 3 зшeдъ, стaвъ на nбhчномъ мёстэ, глаг0летъ: Вс сы6z помzнyвше, пaки и3 пaки ми1ромъ гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ принесeнныхъ и3 њсвzщeнныхъ честнhхъ дарёхъ, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Ћкw да чlвэколю1бецъ бGъ нaшъ пріeмъ | во сhй и3 пренбcный и3 мhсленный св0й жeртвенникъ, въ воню2 бlгоухaніz дух0внагw, вознисп0слетъ нaмъ б9eственную бlгодaть и3 дaръ сaгw дƒа, пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Њ и 3збaвитисz нaмъ t всsкіz ск0рби, гнёва и3 нyжды, гDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Свzщeнникъ же м0литсz: ТебЁ предлагaемъ жив0тъ нaшъ вeсь и3 надeжду, вLко человэколю1бче, и3 пр0симъ, и3 м0лимъ, и3 ми1ли сz дёемъ, спод0би нaсъ причасти1тисz нбcныхъ твои1хъ и3 стрaшныхъ тинъ, сеS

свzщeнныz и3 дух0вныz трапeзы, съ чи1стою с0вэстію, во њставлeніе грэхHвъ, въ прощeніе согрэшeній, во nбщeніе дƒа сaгw, въ наслёдіе цrтвіz нбcнагw, въ дерзновeніе є4же къ тебЁ, не въ сyдъ и 3ли2 во њсуждeніе. Діaконъ: Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е, твоeю благодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. ДнE всегw2 совершeнна, свsта, ми1рна и3 безгрёшна, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. ЃгGла ми1рна, вёрна настaвника, храни1телz дyшъ и3 тэлeсъ нaшихъ, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Прощeніz и3 њставлeніz грэхHвъ и3 прегрэшeній нaшихъ, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Д0брыхъ и3 полeзныхъ душaмъ нaшымъ, и3 ми1ра мjрови, ў гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Пр0чее врeмz животA нaшегw въ ми1рэ и3 покаsніи скончaти, ў

гDа пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Хrтіaнскіz кончи1ны животA нaшегw, безболёзнены, непостhдны, ми1рны и3 д0брагw tвёта на стрaшнэмъ суди1щи хrт0вэ пр0симъ. Ли1къ: Подaй гDи. Соединeніе вёры, и3 причaстіе сaгw дƒа и 3спроси1вше, сaми себE, и 3 другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ. Ли1къ: ТебЁ гDи. Свzщeнникъ возглашaетъ: И# спод0би нaсъ, вLко, со дерзновeніемъ, неwсуждeннw смёти призывaти тебE нбcнаго бGа nцA7, и3 глаг0лати. Лю1діе: Џ§е нaшъ, и4же є3си2 на нб7сёхъ, да си1тсz и 4мz твоE, да пріи1детъ цaрствіе твоE: да бyдетъ в0лz твоS, ћкw на нб7си2, и 3 на земли.2 хлёбъ нaшъ насyщный дaждь нaмъ днeсь, и3 њстaви нaмъ д0лги нaшz, ћкоже и3 мы2 њставлsемъ должникHмъ нaшымъ: и3 не введи2 нaсъ во и 3скушeніе, но и 3збaви нaсъ t лукaвагw. Свzщeнникъ: Ћкw твоE є4сть цrтво, и3 си1ла, и3 слaва, nц7A, и3 сн7а, и3 сaгw

дƒа, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Тaже: Ми1ръ всBмъ. Ли1къ: И# дƒови твоемY. Діaконъ: Главы6 вaшz гDви приклони1те. Ли1къ: ТебЁ гDи. Сщe7нникъ м0литсz: Бlгодари1мъ тS, цRю2 неви1димый, и 4же неисчeтною твоeю си1лою вс содётельствовалъ є3си2, и3 мн0жествомъ ми1лости твоеS t небытіS въ бытіE вс привeлъ є3си2: сaмъ вLко, съ нб7сE при1зри на подкл0ншыz тебЁ главы6 сво, не бо2 подклони1ша пл0ти и 3 кр0ви, но тебЁ стрaшному бGу. ты2 u5бо вLко, предлежщаz всBмъ нaмъ во благ0е и 3зравнsй, по коегHже своeй потрeбэ: плaвающымъ сплaвай, путешeствующымъ спутешeствуй, недyгующыz и 3сцэли2, врачY дyшъ и3 тэлeсъ. Возглашeніе: Бlгодaтію, и3 щедр0тами, и3 человэколю1біемъ є3динор0днагw сн7а твоегw2, съ ни1мже бlгословeнъ є3си,2 со пресhмъ и3 бlги1мъ и 3 животворsщимъ твои1мъ дƒомъ, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ.

Ли1къ: Ґми1нь. Сщe7нникъ же м0литсz: Вонми2, гDи ї}се хrтE б9е нaшъ, t сaгw жили1ща твоегw2, и3 t прест0ла слaвы цaрствіz твоегw2, и3 пріиди2 во є4же њсвzти1ти нaсъ, и4же горЁ со nц7eмъ сэдsй, и3 здЁ нaмъ неви1димw спребывazй: и3 спод0би держaвною твоeю рук0ю преподaти нaмъ пречи1стое тёло твоE и3 честнyю кр0вь, и3 нaми всBмъ лю1демъ. Сeй моли1твэ глаг0лемэй, діaконъ стоsй пред8 сhми двeрьми, њпоzсyетсz nрарeмъ кrтови1днw. Тaже покланsетсz свzщeнникъ, под0бнэ и3 діaконъ, на нeмже стои1тъ мёстэ, гlюща тaйнw, три1жды: Б9е, њчи1сти мS грёшнаго, и3 поми1луй мS. Е#гдa же ви1дитъ діaконъ сщ7eнника простирaюща рyцэ, и 3 прикасaющасz с0му хлёбу, во є4же сотвори1ти свzт0е возношeніе, возглашaетъ: В0нмемъ. Сщe7нникъ же, возносS сhй хлёбъ, возглашaетъ: Сz сы6мъ. Ли1къ: Е#ди1нъ съ, є3ди1нъ гDь, ї}съ хrт0съ, во слaву бGа nц7A, ґми1нь. И# пою1тъ ли1цы кінwнjкъ днE, и 3ли2 сaгw. Діaконъ же вх0дитъ во сhй nлтaрь, и3 стaвъ њдеснyю свzщeнника держaщагw сhй хлёбъ, глаг0летъ: Раздроби2, вLко, сhй хлёбъ.

Сщe7нникъ же раздроблsz и5 на четhре чсти со внимaніемъ и 3 благоговёніемъ, глаг0летъ: Раздроблsетсz раздэлsетсz ѓгнецъ б9іи, раздроблsемый и3 нераздэлsемый, всегдA kд0мый и 3 никогдaже и3ждивaемый, но причащaющыzсz њсвzщazй. Њ раздроблeніи сaгw ѓгнца. Подобaетъ тебЁ вёдати, q їерeе, ћкw раздроблsz сhй ѓгнецъ, полагaй чсти крeстнымъ знaменіемъ д0лу ко с0му дjскосу, заклaніемъ же горЁ ћкоже прeжде є3гдA закалaшесz. ЇИ & С, ќбw полагaй на вhшнэй странЁ сaгw дjскоса, же є4сть на вост0цэ: Х&С же, t д0лу є4же є4сть на зaпадэ: ґ є4же, НІ, t сёверныz страны2: КА же, съ полyденныz страны2, ћкоже здЁ и 3з8wбрази1сz.

* ЇИ & С, ќбw чaсть взeмъ, и 3сполнsй сyю чaшу. Х&С же, чaсть, раздроблsй свzщeнникwмъ и3 діaконwмъ. Ты6z же двЁ чсти сы6z, є4же НІ, и3 є4же, КА, причaстникwмъ да раздроблsеши на чсти млыz, є3ли1кw бyдетъ дов0льно по разсмотрeнію твоемY. Ґ t чaсти пресы6z бцdы, и3ли2 девzти1хъ чинHвъ сhхъ, и 3ли 2 и 3нhхъ є3ли1кw во сёмъ дjскосэ сyть, никaкоже кого2 да причасти1ши: т0чію t двою2 чстію, њстaвшею сaгw ѓгнца, да причащaеши.

*р.2, с. п 7а

Къ томyже тебЁ вёдомо бyдетъ и3 њ сeмъ, ћкw є3гдA растворsеши сhмъ ўкр0пцемъ б9eственную кр0вь вLчню, тогдA да вливaеши съ разсмотрeніемъ, є3ли1кw бhти дов0льно всBмъ хотsщымъ причасти1тисz. Тaкожде и3 t вінA и3 воды2, є3гдA прободaеши сhй ѓгнецъ, тогдA да вливaеши толи1кw, є3ли1кw бhти дов0льно всBмъ: послэди1 же никaкоже что2 да вливaеши, но т0чію t растворeніz є3ди1ною, є4же на сz сы 6мъ, и3 тaкw причащaй всёхъ t си1хъ. Діaконъ же, показyz nрарeмъ сhй поти1рь, глаг0летъ: И # сп0лни вLко, сhй поти1рь. Сщe7нникъ же взeмъ горЁ лежaщую чaстицу, ћже, ЇИ &С, твори1тъ съ нeю кrтъ верхY сaгw потирS, глаг0лz: И #сполнeніе дƒа сaгw. И# тaкw влагaетъ во сhй поти1рь. Діaконъ: Ґми1нь. И# пріeмлz теплотY, глаг0летъ къ сщ7eннику: Бlгослови2 вLко теплотY. Сщe7нникъ же бlгословлsетъ, глаг0лz: Бlгословeнна теплотA сhхъ твои1хъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и 3 во вёки вэкHвъ, ґми1нь. И# діaконъ вливaетъ, є3ли1кw дов0льно, кrтоoбрaзнw внyтрь сaгw потирS, глаг0лz: ТеплотA вёры, и 3сп0лнь дƒа сaгw, ґми1нь.

И# tстaвивъ теплотY, стои1тъ мaлw подaлэ. Сщe7нникъ же глаг0летъ: Діaконе, приступи2. И# пришeдъ діaконъ твори1тъ покл0нъ благоговёйнw, просS прощeніz. Сщ7eнникъ же держS сhй хлёбъ, даeтъ діaкону: и3 цэловaвъ діaконъ подаю1щую є3мY рyку, пріeмлетъ сhй хлёбъ, глаг0лz: Преподaждь мнЁ вLко, чcтн0е и3 с0е тёло гDа и3 бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA. Сщe7нникъ же глаг0летъ: И $ м>къ, свzщеннодіaкону преподаeтсz чcтн0е и3 с0е и3 пречcтое тёло гDа и3 бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA, во њставлeніе грэхHвъ є3гw2, и3 въ жи1знь вёчную. И# tх0дитъ созади2 сhz трапeзы, приклони1въ главY, и3 м0литсz ћкw и3 свzщeнникъ. Под0бнэ взeмъ и3 свzщeнникъ є3ди1ну чaстицу сaгw хлёба, глаг0летъ: Ч Cтн0е и3 прес0е тёло гDа и3 бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA преподаeтсz мнЁ, и4м>къ, свzщeннику, во њставлeніе грэхHвъ мои1хъ, и3 въ жи1знь вёчную. И# приклони1въ главY м0литсz, глаг0лz:

Вёрую, гDи, и3 и 3 сповёдую, ћкw ты2 є3си2 вои1стинну хrт0съ, сн7ъ бGа живaгw, пришeдый въ мjръ грBшныz спасти2, t ни1хже пeрвый є4смь ѓзъ: є3щE вёрую, ћкw сіE сaмое є4сть пречи1стое тёло твоE, и3 сіS є4сть сaмаz честнaz кр0вь твоS. молю1сz u5бо тебЁ: поми1луй мS, и3 прости1 ми прегрэшє1ніz мо вHльнаz и3 невHльнаz, же сл0вомъ, же дёломъ, же вёдэніемъ и 3 невёдэніемъ: и3 спод0би мS неwсуждeннw причасти1тисz пречи1стыхъ твои1хъ тaинствъ, во њставлeніе грэхHвъ и3 въ жи1знь вёчную. Тaже: Вeчери твоеS тaйныz, днeсь сн7е б9ій, причaстника мS пріими2: не бо2 врагHмъ твои 6мъ тaйну повёмъ, ни лобзaніz ти2 дaмъ ћкw їyда, но ћкw разб0йникъ и3сповёдаю тS: помzни1 мz гDи, во цrтвіи твоeмъ. Да не въ сyдъ и 3ли2 во њсуждeніе бyдетъ мнЁ причащeніе сhхъ твои1хъ тинъ гDи, но во и 3сцэлeніе души2 и3 тёла. И# тaкw причащaютсz въ рукaхъ держи1магw со стрaхомъ и 3 всsцэмъ ўтвержeніемъ. Тaже востaвъ, пріeмлетъ nбёма рукaма съ покр0вцемъ сhй поти1рь, и3 причащaетсz три1жды и 3з8 негw2, глаг0лz: Ч Cтнhz и3 сhz кр0ве гDа бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA, причащaюсz ѓзъ рaбъ б9ій, сщ7eнникъ и4м>къ, во њставлeніе грэхHвъ мои1хъ, и3 въ жи1знь вёчную, ґми1нь.

И# тaкw свои2 ўстнЁ, и3 сщ7eннагw потирS въ рукY держи1мымъ покр0вцемъ њтeръ, и3 глаг0летъ: СE прикоснyсz ўстнaмъ мои 6мъ, и3 tи1метъ беззакHніz мо, и 3 грэхи2 мо њчи1ститъ. Призывaетъ діaкона, глаг0лz: Діaконе, приступи2. И# діaконъ прих0дитъ и3 покланsетсz є3ди1ною, глаг0лz: СE прихождY къ безсмeртному цRю2: и3, Вёрую гDи, и3 и 3 сповёдую: всE. И# глаг0летъ сщ7eнникъ: Причащaетсz рaбъ б9ій діaконъ, и 4м>къ, чcтнhz и3 сhz кр0ве гDа и3 бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA, во њставлeніе грэхHвъ свои1хъ, и 3 въ жи1знь вёчную. Причасти1вшусz же діaкону, гlетъ сщ7eнникъ: СE прикоснyсz ўстнaмъ твои 6мъ, и3 tи1метъ беззакHніz тво, и 3 грэхи2 тво њчи1ститъ. [зри2] Подобaетъ вёдати, ћкw ѓще сyть хотsщіи причащaтисz сhхъ тинъ, раздроблsетъ сщ7eнникъ. двЁ чсти сaгw ѓгнца њстaвшыz, є4же, НІ, и3 є 4 же КА, на млыz чстицы, ћкw бhти всBмъ причaстникwмъ дов0льно, и3 тaкw вложи1въ и 5хъ во сyю чaшу, причащaетъ по nбhчаю t тёла и3 кр0ве гDни, со всsкимъ nпaсствомъ.

Причащaетъ же и 5хъ, повнегдA рещи2 діaкону: Со стрaхомъ б9іимъ и3 вёрою приступи1те. Тaже приступaютъ хотsщіи причащaтисz: и3 тaкw и 4дутъ є3ди1нъ по є3ди1ному, и3 покланsютсz со всsцэмъ ўмилeніемъ и 3 стрaхомъ, согбeннэ рyцэ къ пeрсемъ и3мyще: тaже пріeмлетъ б9eствєнныz тйны. Сщe7нникъ же причащaz є 3го2 глаг0летъ: Причащaетсz рaбъ б9ій, и 4м>къ, чcтнaгw и3 сaгw тёла и3 кр0ве гDа и3 бGа и3 сп 7са нaшегw ї}са хrтA, во њставлeніе грэхHвъ и3 въ жи1знь вёчную. И# тaкw њтирaетъ є3мY ўстнЁ сhмъ покр0вцемъ, и3 цэлyетъ сyю чaшу, и3 поклони1всz tх0дитъ. ТогдA пріeмъ діaконъ сhй дjскосъ верхY сaгw потирS, и 3 глаг0лz воскре6сныz пBсни сі: Воскресeніе хrт0во ви1дэвше, поклони1мсz с0му гDу ї}су, є3ди1ному безгрёшному. кrтY твоемY покланsемсz хrтE, и3 с0е воскrніе твоE поeмъ и3 слaвимъ: тh бо є3си2 бGъ нaшъ, рaзвэ тебE и 3 н0го не знaемъ, и 4мz твоE и 3менyемъ. Пріиди1те вси2 вёрніи, поклони1мсz с0му хrт0ву воскrнію: сe бо пріи1де кrт0мъ рaдость всемY мjру. всегдA благословsще гDа, поeмъ воскrніе є3гw2: распsтіе бо претерпёвъ, смeртію смeрть разруши2.

Свэти1сz, свэти1сz, н0вый їерусали1ме, слaва бо гDнz на тебЁ возсіS. ликyй нhнэ, и3 весели1сz сіHне: тh же чcтаz красyйсz бцdе, њ востaніи рж cтвA твоегw2. Q пaсха вeліz, и3 свzщeннэйшаz хrтE! q мyдросте, и3 сл0ве б9ій и3 си1ло! подавaй нaмъ и 4стэе тебE причащaтисz, въ невечeрнэмъ дни2 цaрствіz твоегw2. Њтирaетъ с0ю гyбою ѕэлw2 д0брэ, со внимaніемъ и3 бlгоговёніемъ, глаг0лz словесA сі: Tмhй гDи, грэхи2 поминaвшихсz здЁ кр0вію твоeю честн0ю, мlтвами сhхъ твои1хъ. И# покрывaетъ сhй поти1рь покр0вцемъ, под0бнэ и3 на сhй дjскосъ возлагaетъ ѕвэзди1цу и3 покр0вцы. Тaже приглаг0летъ мlтву благодaрственную сщ7eнникъ: Бlгодари1мъ тS, вLко чlвэколю1бче, бlгодётелю дyшъ нaшихъ: ћкw и3 въ настоsщій дeнь спод0билъ є3си2 нaсъ нбcныхъ твои1хъ и 3 безсмeртныхъ тaинствъ. и 3спрaви нaшъ пyть, ўтверди1 ны во стрaсэ твоeмъ вс, соблюди2 нaшъ жив0тъ, ўтверди2 нaшz стwпы2, моли1твами и3 молeньми слaвныz бцdы и3 приснодв7ы мRjи, и3 всёхъ сhхъ твои1хъ. И# тaкw tверзaютъ двє1ри сaгw nлтарS, и3 діaконъ поклони1всz є3ди1ною, пріeмлетъ поти1рь со благоговёніемъ, и3 прих0дитъ во двє1ри, и3 возносS сhй поти1рь, показyетъ и5 лю1демъ, глаг0лz:

Со стрaхомъ б9іимъ и3 вёрою приступи1те. Ли1къ: Бlгословeнъ грzдhй во и 4мz гDне, бGъ гDь, и3 kви1сz нaмъ. Сщe7нникъ же благословлsетъ лю1ди, приглаг0лz возглaснw: Спаси2 б9е лю1ди тво, и3 благослови2 достоsніе твоE. И# њбращaютсz діaконъ же и3 сщ7eнникъ къ сёй трапeзэ, и 3 кади1тъ сщ7eнникъ три1жды, глаг0лz въ себЁ: Вознеси1сz на нб7сA б9е, и3 по всeй земли2 слaва твоS. Ли1къ же поeтъ: Ви1дэхомъ свётъ и 4стинный, пріsхомъ дƒа нбcнаго, њбрэт0хомъ вёру и 4 стинную, нераздёльнэй трbцэ покланsемсz: тa бо нaсъ спаслA є4сть. Тaже взeмъ сщ7eнникъ сhй дjскосъ, возлагaетъ на главY діaкона, и3 діaконъ пріeмъ и3 со благоговёніемъ, зрS внЁ къ двeремъ, ничт0же глаг0лz, tх0дитъ въ предложeніе, и 3 поставлsетъ и5. Сщ7eнникъ же поклони1всz, и3 пріeмъ сhй поти1рь, и3 њбрaщсz къ двeремъ, зрS на лю1ди, глаг0летъ тaйнw: Благословeнъ бGъ нaшъ: И# возглaснw: ВсегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь.

Да и 3сп0лнzтсz ўстA нaшz хвалeніz твоегw2 гDи, ћкw да поeмъ слaву твою,2 ћкw спод0билъ є3си2 нaсъ причасти1тисz сы 6мъ твои 6мъ, б9eствєннымъ, безсмє1ртнымъ и3 животворsщымъ тaйнамъ, соблюди2 нaсъ во твоeй сhни вeсь дeнь поучaтисz прaвдэ твоeй. ґллилyіа, ґллилyіа, ґллилyіа. И# и 3зшeдъ діaконъ сёверною двeрію, и3 стaвъ на nбhчномъ мёстэ, глаг0летъ: Пр0сти пріи1мше б9eственныхъ, сhхъ, пречcтыхъ, безсмeртныхъ, небeсныхъ и3 животворsщихъ, стрaшныхъ хrт0выхъ тинъ, дост0йнw благодари1мъ гDа. Ли1къ: ГDи поми1луй. Заступи2, спаси2, поми1луй и3 сохрани2 нaсъ б9е твоeю бlгодaтію. Ли1къ: ГDи поми1луй. Дeнь вeсь совершeнъ, съ, ми1ренъ и3 безгрёшенъ и 3спроси1вше, сaми себE и3 другъдрyга, и3 вeсь жив0тъ нaшъ хrтY бGу предади1мъ. Ли1къ: ТебЁ гDи. Їерeй же прsмw держS є3ђліе, согнyвъ ґнтіми1нсъ, твори1тъ над 8 ни1мъ кrтъ. Возглашaетъ: Ћкw ты2 є3си2 њсвzщeніе нaше, и3 тебЁ слaву возсылaемъ, nц7Y,

и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Їерeй: Съ ми1ромъ и 3зhдемъ. Ли1къ: Њ и 4мени гDни. Діaконъ: ГDу пом0лимсz. Ли1къ: ГDи поми1луй. Мlтва заамвHннаz возглaснw: Бlгословлszй бlгословsщыz тS гDи, и3 њсвzщazй на тS ўповaющыz, спаси2 лю1ди тво, и3 благослови2 достоsніе твоE, и 3сполнeніе цRкве твоеS сохрани2, њсвzти2 лю1бzщыz благолёпіе д0му твоегw2: ты2 тёхъ воспрослaви б9eственною твоeю си1лою, и 3 не њстaви нaсъ ўповaющихъ на тS. ми1ръ мjрови твоемY дaруй, цeрквамъ твои 6мъ, свzщeнникwмъ, бlгочести1вэйшему, самодержaвнэйшему, вели1кому гDрю нaшему їмперaтору ніколaю ґлеxaндровичу всеS рwссjи, в0инству, и3 всBмъ лю1демъ твои 6мъ: ћкw всsкое даsніе бlго, и3 всsкъ дaръ совершeнъ свhше є4сть, сходsй t тебE nц7A свётwвъ: и3 тебЁ слaву, и3 бlгодарeніе, и 3 поклонeніе возсылaемъ, nц7Y, и3 сн7у, и3 с0му дƒу, нhнэ и 3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Тaже: Бyди и 4мz гDне: три1жды.

И# pал0мъ lг: Благословлю2 гDа: Моли1твэ же глаг0лемэй, діaконъ стои1тъ на деснёй странЁ пред8 џбразомъ вLки хrтA, держS nрaрь св0й, главY прикл0нь, до совершeніz мlтвы: сeй же скончaвшейсz, сщ7eнникъ ќбw вх0дитъ сhми двeрьми, и3 tшeдъ въ предложeніе, глаг0летъ настоsщую мlтву: Мlтва, глаг0лемаz внегдA потреби1ти сz: И # сполнeніе зак0на и3 прор0кwвъ сaмъ сhй хrтE б9е нaшъ, и 3сп0лнивый всE n§еское смотрeніе, и 3сп0лни рaдости и3 весeліz сердцA нaшz, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Діaконъ же вшeдъ и3 сaмъ сёверною стран0ю, потреблsетъ сz со стрaхомъ, и3 со всsкимъ ўтверждeніемъ. [зри2] Сщ7eнникъ же и 3зшeдъ, даeтъ лю1демъ ґнтjдwръ. По скончaніи же pалмA, и3 раздаsніи ґнтjдwра, глаг0летъ: Благословeніе гDне на вaсъ, тогw2 бlгодaтію и3 чlвэколю1біемъ, всегдA, нhнэ и3 при1снw, и3 во вёки вэкHвъ. Ли1къ: Ґми1нь. Свzщeнникъ: Слaва тебЁ хrтE б9е, ўповaніе нaше, слaва тебЁ. Ли1къ: Слaва, и3 нhнэ: ГDи поми1луй, три1жды. Благослови2. Сщe7нникъ: Хrт0съ и 4стинный бGъ нaшъ, мlтвами пречcтыz своеS

мре [и3 прHчаz], и4же во сhхъ nц7A нaшегw ґрхіеп cкпа кwнстантjнz грaда їwaнна златоyстагw: и3 сaгw, и 4 м>къ, є3гHже є4сть дeнь, и3 всёхъ сhхъ, поми1луетъ и3 спасeтъ нaсъ, ћкw бlгъ и3 чlвэколю1бецъ. Ли1къ же многолётствуетъ їмперaтора. И# свzщeнникъ, вшeдъ во сhй nлтaрь, совлачи1тсz свzщeнныz nдeжды, глаг0лz: Нhнэ tпущaеши: Трис0е. И# по Џ§е нaшъ: Tпусти1тельный тропaрь, глaсъ }: Ќстъ твои1хъ ћкоже свётлость nгнS возсіsвши бlгодaть, вселeнную просвэти2: не сребролю1біz мjрови сокрHвища снискA, высотY нaмъ смиреномyдріz показA. но твои1ми словесы 2 наказyz, џ§е їwaнне златоyсте. моли2 сл0ва хrтA бGа, спасти1сz душaмъ нaшымъ. Слaва: Кондaкъ, глaсъ ѕ7. Под0бенъ: Е$же њ нaсъ: T нб7съ пріsлъ є3си2 б9eственную бlгодaть, и3 твои1ма ўстнaма вс ўчи1ши, покланsтисz въ трbцэ є3ди1ному бGу, їwaнне златоyсте, всебlжeнне прпdбне, дост0йнw хвaлимъ тS: є3си1 бо настaвникъ, ћкw б9eствєннаz kвлsz. И# нhнэ, бGор0диченъ:

Предстaтельство хрістіaнъ непостhдное, ходaтайство ко творцY непрел0жное, не прeзри грёшныхъ молeній глaсы: но предвари2, ћкw благaz, на п0мощь нaсъ вёрнw зовyщихъ ти2: ўскори2 на моли1тву, и3 потщи1сz на ўмолeніе, предстaтельствующи при1снw бцdе, чтyщихъ тS. И # ли2 ѓще х0щеши, рцы2 и3 дню2 тропaрь. ГDи поми1луй, вi7. Честнёйшую: Слaва, и3 нhнэ: и3 твори1тъ tпyстъ. Потреби1вшу же діaкону сz со всsкимъ nпасeніемъ, ћкw ничемY t ѕэлw2 др0бнэйшихъ пaсти крупи1цъ, и 3ли2 њстaтисz, наліsвъ во сyю чaшу t вінA и3 воды2, и3 потреби1въ, и3 сопрsтавъ гyбою всю2 мокротY. Тaже слагaетъ сы6z сосyды вкyпэ, и 3 њбвzзaвъ и 4хъ, полагaетъ на nбhчномъ мёстэ, глаг0лz: Нhнэ tпущaеши: и3 пр0чаz, ћкоже и3 сщ7eнникъ. И# њмывaетъ рyки на nбhчномъ мёстэ, и3 поклони1всz вкyпэ со сщ7eнникомъ, творsтъ tпyстъ, и3 бlгодарsще бGа њ всёхъ и 3сх0дzтъ. Конeцъ б9eственныz літургjи сaгw їwaнна златоyстагw.

Bezinning van de week

Bezinning van de week :

 

“De innerlijke mens begint slechts vruchten voort te brengen wanneer hij tranen stort. Wanneer je het stadium van de tranen bereikt hebt, dan weet je dat je geest bevrijd is uit de gevangenis van deze wereld en een voet gezet heeft op het pad dat naar de Nieuwe Tijd leidt. Op dat ogenblik ademt je geest de wondere icxc
lucht die zich daar bevindt en hij begint tranen te storten. Het ogenblik van de geboorte van het geestelijk kind is nakend en de barensweeën worden intenser. De genade, ons aller moeder, haast zich het mystieke leven te schenken aan de ziel, het beeld van God, en zij leidt haar naar het licht van de Tijd die komt. En wanneer de tijd voor de geboorte gekomen is, begint het verstand iets te vermoeden van wat zich in die andere wereld afspeelt, als een zwakke geur of als een levensadem die een pasgeboren kind in zijn lichaam ontvangt. Maar zoiets zijn wij niet gewend en omdat wij het moeilijk kunnen verwerken, worden wij ineens overstelpt door tranen,gemengd met vreugde”
(H. Isaak de Syriër)